Moussaoui, un "coupable idéal" (nouevl Obs)

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Selon la défense, le condamné est le bouc-émissaire qui masque l'échec à juger les véritables responsables du 11-Septembre.

Zacarias Moussaoui, condamné jeudi 4 mai à la prison à vie pour son rôle dans les attentats du 11-Septembre aux Etats-Unis, est devenu le "coupable idéal", alors que trois responsables d'Al-Qaïda n'ont toujours pas été jugés, a estimé jeudi l'un de ses avocats.
Incarcéré depuis quatre semaines au moment des attentats, le Français n'a "aucun crime de sang sur les mains", a déclaré jeudi Me Patrick Baudouin, l'un de ses avocats français.
Les témoignages écrits de trois responsables d'Al-Qaïda, dont Khaled Cheikh Mohammed, considéré comme le chef d'orchestre présumé du 11-Septembre, lus à l'audience, ont minimisé le rôle du Français.
Khaled Cheikh Mohammed, considéré comme le numéro 3 du groupe terroriste, arrêté au Pakistan en mars 2003 et actuellement détenu par les Américains dans un endroit tenu secret, a indiqué que Zacarias Moussaoui aurait dû servir dans une "deuxième vague" d'attaques. Ces témoignages "tendaient à exonérer Zacarias Moussaoui de sa participation aux attentats du 11-Septembre", souligne l'avocat.

Le système fonctionne

Le son de cloche est similaire aux Etats-Unis.
Pour Tim Roemer, membre démocrate de la commission d'enquête sur le 11-Septembre, Khaled Cheikh Mohammed "est le responsable de la mort de 3.000 personnes". Reste que le verdict d'Alexandria prouve, selon lui, que "nous avons un système qui fonctionne. C'est ce qui nous sépare vraiment des terroristes".
Un sentiment exprimé aux Etats-Unis tant par ceux qui étaient pour la peine de mort, comme le maire de New York à l'époque des attentats, Rudolph Giuliani, qui a marqué son "considérable respect pour notre système juridique", que par ceux qui sont soulagés par le verdict.
L'affaire Moussaoui vient surtout rappeler, si besoin était, que le plus dur reste à faire, qu'Oussama ben Laden court toujours. Et que Washington ne peut ou ne veut pour l'instant juger d'autres responsables, qu'il s'agisse des personnes détenues à Guantanamo ou ailleurs dans des lieux secrets...

"Second couteau"

Seuls dix des prisonniers de la base américaine à Cuba ont commencé à être jugés, et si Washington dit avoir condamné plus de 200 terroristes dans le cadre du Patriot Act aux Etats-Unis depuis le 11-Septembre, ses détracteurs soulignent que ce sont des cas mineurs.
Du coup, pour Ira Robbins, professeur de droit américain, le gouvernement Bush a voulu faire de Moussaoui une "métaphore" du 11-Septembre. "Ceux que le gouvernement voulait vraiment juger étaient les 19 pirates de l'air et Oussama ben Laden".
Un procès pour l'opinion publique américaine? Me Baudouin, lui, n'est pas loin de le penser. "On a servi un second couteau d'Al-Qaïda qui n'était pas directement impliqué dans les attentats. Il est plus facile de faire de Zacarias Moussaoui l'exutoire de la douleur, légitime, des familles de victimes", réagit l'avocat.
"On a vu en le lui coupable idéal. L'administration américaine tenait son bouc-émissaire", considère Me Baudouin. "Il a été jugé plus pour ses propos, son comportement, souvent odieux, que pour ses actes", a-t-il poursuivi rappelant que son client a souvent été "le meilleur allié de l'accusation".

Perpétuité inexistante

Selon lui, le procès a mis en évidence les carences du FBI qui détenait des informations sur la préparation des attentats. "Il y a des négligences que l'on a essayé d'éluder".
"Il n'en demeure pas moins que ce procès s'inscrit dans le cadre d'une guerre affichée contre le terrorisme qui permet tout et n'importe quoi. Comme "une peine disproportionnée par rapport aux actes reprochés".
En vertu de la convention d'entraide judiciaire signée entre la France et les Etats-Unis, Zacarias Moussaoui peut demander à purger sa peine en France. Cette demande sera alors examinée par les autorités judiciaires américaines et françaises. Seul problème, celui de la concordance des peines. En France, la perpétuité réelle n'existe pas.
Ses avocats ont laissé entendre qu'ils poursuivraient leur combat pour que Zacarias Moussaoui ne finisse pas ses jours dans une prison américaine. (Avec AP)

 

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