La condamnation de Zacarias Moussaoui (revue de presse)

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Les éditoriaux de la presse française commentent, vendredi 5 mai, la condamnation à perpétuité de Zacarias Moussaoui aux Etats-Unis.

LE MONDE

" (...) Le refus du jury d'infliger au seul inculpé traduit devant la justice, à ce jour, pour sa complicité dans les attentats du 11 septembre 2001, révèle non seulement les faiblesses de l'accusation, mais aussi l'ampleur du doute qui traverse la société américaine au sujet de la peine de mort. (...) Le déroulement et l'issue du procès d'Alexandrie, en dépit ou à cause des provacations de Moussaoui et des efforts du procureur pour susciter un désir de vengeance au nom des trois mille victimes, sont exemplaires. Sous l'autorité de la juge Léonie Brinkema, la justice américaine a fait la démonstration qu'elle est capable de juger honnêtement l'accusé le plus odieux. (...) "

LA CROIX
Dominique Quinio

"Amérique, tu as perdu ", a crié Zacarias Moussaoui, en entendant mercredi soir le verdict des jurés du tribunal fédéral d'Alexandria (Virginie) qui lui épargnait une condamnation à mort.
(...) Son procès était tellement exceptionnel qu'il est difficile d'en tirer une conclusion sur l'évolution du débat autour de la peine de mort aux États-Unis. Le choix philosophique de l'abolition n'est pas majoritaire dans le pays, mais les adversaires de la peine capitale mènent leur stratégie sur plusieurs fronts, pour rétrécir au maximum son champ d'application : en démontrant le nombre important d'erreurs judiciaires, en dénonçant l'inhumanité de certaines méthodes utilisées pour exécuter la sentence, en obtenant qu'elle ne soit pas prononcée pour des accusés mineurs ou malades mentaux? Dans les faits, la peine de mort recule. Moussaoui trouvera-t-il dans les longues années d'enfermement qui l'attendent l'occasion de remettre en question ses certitudes mortifères ? Les familles des victimes et le pays tout entier, quant à eux, peuvent se dire, et dire au monde, qu'au terme d'un procès respectueux des droits de chacun, la justice est passée."

LA REPUBLIQUE DU CENTRE
Jacques Camus

" (...) Le grand mérite des jurés d'Alexandria aura été de résister à la tentation de la vengeance et de condamner Zacarias Moussaoui pour ce qu'il était (un "petit télégraphiste haineux") et non pour ce qu'il aurait voulu être (un "grand général"). Ils auront su résister à la charge émotionnelle d'un procès émaillé de témoignages bouleversants. Ils auront su également résister à la pression de l'administration Bush qui voulait, à travers ce procès de l'unique inculpé, à ce jour, après les attentats du 11 septembre 2001, faire un exemple et exorciser la douleur d'un peuple. A cet égard, on ne soulignera jamais assez la dignité de nombreuses familles des victimes pour qui "justice a été faite". Et bien faite. La France, hostile à la peine de mort, a tout lieu de se féliciter d'un épilogue qui nous évite un débat épineux avec l'Amérique. Mais qui ne nous dispense pas de nous interroger sur le pourquoi de l'itinéraire démoniaque d'un Français qui voulait simplement... devenir quelqu'un! "

L'ALSACE
François Bécet

" (...) Sans entrer dans un débat sur la justice américaine et les peines qu'elle inflige, un sentiment de malaise reste perceptible : Moussaoui n'est sans doute qu'un comparse que l'équipe de George Bush a présenté comme un grand terroriste. Sa peine semble disproportionnée et il serait souhaitable qu'il puisse la purger en France, dans des conditions moins inhumaines.
Le malaise augmente quand on constate que le " cerveau " présumé des attentats, Khaled Cheikh Mohamed, et leur " coordonnateur ", Ramzi Ben Al Shaiba, n'ont pas été sortis des prisons secrètes de la CIA où ils croupissent. Ils auraient pu dire le rôle exact de Moussaoui et " leur " vérité sur le 11 septembre. Beaucoup estiment qu'ils ne seront jamais jugés. Ce fut un procès pour calmer les victimes, pour montrer que le gouvernement reste déterminé dans sa lutte contre le terrorisme. Mais pas un procès pour la vérité. Le droit a peut-être gagné en ce sens que la peine de mort souhaitée par la Maison Blanche n'a pas été prononcée, mais cette justice est incomplète."

LES DERNIERES NOUVELLES D'ALSACE
Jean-Claude Kiefer

"Personne ne dira le contraire : Zacarias Moussaoui a bénéficié d'un "procès équitable", parfaitement conforme aux standards des conventions internationales. Le jugement a été rendu en toute sérénité, sans esprit de vengeance, avec un sens des responsabilités qui honore les jurés américains. Pourtant, que d'émotions lorsqu'ont été racontés les derniers instants des innocentes victimes du 11 septembre 2001 ! (...) Même si Moussaoui n'a pas tué, il était dans les rouages de l'assassinat collectif. Même s'il a la nationalité française, il " appartient " désormais aux Etats-Unis et à une terrible histoire. Le rapatrier en France, pour qu'il purge une peine de vingt ou trente ans suivie d'une libération pour "bonne conduite", confinerait à l'irresponsabilité. Veut-on vraiment "fabriquer" un "martyr" sur notre sol pour l'exposer aux revendications des mouvements islamistes ? Pour autoriser d'odieux chantages ? Que Zacarias Moussaoui aille dans sa prison du Colorado où sont déjà enfermés les auteurs de l'attentat d'Oklahoma City ou le tristement célèbre "Unabomber". Personne ne s'apitoie sur leur sort."

LA CHARENTE LIBRE
Jacques Guyon

"Il en est de certains cris de victoire comme de certaines indignations: ils sont pour les uns pathétiques, pour les autres disproportionnées mais disqualifient également leurs auteurs. C'est ainsi que le verdict condamnant Moussaoui à la prison à vie a été accueilli par une ultime fanfaronnade de celui qui venait d'échapper à la peine capitale. (...) Si on peut excuser les excès verbaux d'une mère submergée par le chagrin, on est stupéfait par la sympathie suspecte qui se manifeste pour cet homme qui, tout au long du procès, n'a cessé de revendiquer sa culpabilité, de crier sa haine de l'Amérique, d'insulter les 3 000 victimes du 11 septembre, de cracher sa détestation de tous les "infidèles". Il est à craindre que cette compassion pour cet homme ne cache bien mal une détestation pour l'Amérique. Alors qu'il conviendrait plutôt de rendre hommage à la rigueur de ce tribunal américain, à ces douze jurés pointilleux et à la dignité des familles des victimes après le verdict."

L'INDEPENDANT DU MIDI
Bernard Revel

"Car Moussaoui en rajoutait jusqu'à la caricature. La peine capitale qu'il risquait, il la voulait lui même autant que ses accusateurs. Lui, pour devenir un martyr. Eux, pour que l'épilogue judiciaire soit à la hauteur de la tragédie du 11 septembre. Les jurés en ont décidé autrement. Ni martyr ni coupable idéal, Moussaoui devra néanmoins purger une peine beaucoup trop lourde pour lui. En France, estime l'un de ses avocats, il aurait été condamné "au maximum à 10 ans de réclusion". Il n'en reste pas moins que par ce verdict, et contrairement à ce qu'on pouvait craindre, la justice américaine a évité l'écueil de la vengeance aveugle. C'est un revers pour Bush qui, d'opérations guerrières en détentions arbitraires à Guantanamo, s'est placé au-dessus des lois internationales et des droits de l'homme au nom de sa lutte contre le terrorisme. Loin de la rumeur du monde désormais, Moussaoui va se retrouver, pour de longues années, seul face à lui même. Comprendra-t-on un jour comment un garçon élevé à Narbonne et ayant fait ses études universitaires à Perpignan, a pu en arriver là ?"

LA DEPECHE DU MIDI
Jean-Christophe Giesbert

"La mort qui a frôlé Zacarias Moussaoui durant son long procès l'aura finalement épargné. Le Français finira sa vie en prison. Aux Etats-Unis, ou en France, si celle-ci obtient qu'il puisse y purger sa peine. Il faut saluer cette décision juste, sage et courageuse du tribunal d'Alexandria. Elle honore la justice américaine mise à rude épreuve tout au long de ce procès marathon par le prévenu le plus imprévisible et insupportable des annales judiciaires américaines. Au point qu'on voyait mal, en dépit de l'inconsistance de bien des éléments avancés par l'accusation, comment Zacarias Moussaoui pouvait échapper à la peine de mort qu'il réclamait à cors et à cris afin de mourir en héros. (...) Belle leçon de justice que ce procès Moussaoui. Elle contraste avec les brutalités commises en Irak et les traitements indignes d'une démocratie infligés aux prisonniers de Guantanamo. Elle nous fait oublier, un temps seulement, son goût immodéré pour la peine de mort que vient de dénoncer l'atroce agonie du malheureux Joseph Clarke. Ainsi va l'Amérique: le meilleur y cotoîe toujours le pire..."

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