Zacarias Moussaoui: le pire châtiment (Le Journal de Montréal)

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La justice américaine a eu raison de ne pas envoyer Zacarias Moussaoui à la mort. Et pas seulement parce qu'il existe encore dans ce pays, comme ailleurs, des citoyens farouchement opposés à la peine capitale, pas seulement parce qu'exécuter Moussaoui n'aurait fait qu'ajouter un mort de plus à la liste déjà fort longue des victimes du 11 septembre.

Il y a le principe, bien sûr, celui qui nous pousse à manifester notre opposition à l'exécution de condamnés. Il y a quelques jours encore, après avoir passé des années dans le couloir de la mort, un criminel américain a été tué par injection létale. Comme prévu, l'homme aurait dû mourir en quelques minutes, or, à cause de mystérieux problèmes de «veines», l'agonie du malheureux a duré plus d'une heure trente. Voilà qui est près non seulement de l'acharnement, mais de la torture.

Cela dit, ce n'est pas seulement parce qu'on est contre la peine capitale qu'il faut saluer la décision des neuf hommes et trois femmes qui délibéraient depuis le 24 avril. D'abord, l'unanimité était requise et il n'y en a pas eu. Certains prétextant l'implication mineure de Moussaoui, d'autres faisant valoir qu'il savait très peu de choses des plans d'attaque du 11 septembre.

Ce qu'il faut saluer, c'est que l'Amérique, même celle de George W. Bush, a ainsi résisté à l'instinct de vengeance presque naturel dans pareille situation. Après tout, c'eût été facile d'envoyer à la potence un des présumés responsables de la mort de plus de 3000 personnes.

Moussaoui est peut-être atteint de troubles psychologiques, son rôle n'a peut-être jamais été déterminé avec certitude, mais il s'est quand même ouvertement déclaré coupable de complicité dans les événements, affirmant qu'il est un fondamentaliste musulman ouvertement hostile aux Juifs et aux États-Unis, jurant aussi publiquement, pendant son procès, fidélité à Oussama ben Laden et clamant sa joie d'avoir contribué à tuer des citoyens américains innocents.

Ajoutons à cela que son discours anti-occidental était connu depuis longtemps, qu'il était soupçonné d'avoir établi des liens avec le Djihad islamique, qu'il avait sévi en Tchétchénie, qu'il avait séjourné dans les camps d'entraînement d'Al-Quaïda en Afghanistan, etc.

Les États-Unis, comme le souhaitaient ardemment leur président et l'ex-maire de New York, Rudy Giuliani, auraient pu assouvir leur vengeance par un premier geste irréversible contre un des auteurs complices des attentats. Ça ne s'est pas produit et pas seulement, j'en suis convaincu, à cause des divisions autour de la peine de mort.

Seul véritable acteur détenu et jugé jusqu'à maintenant pour conspiration dans les événements qui ont secoué les États-Unis et le monde en 2001, même si son implication reste trouble, Zacarias Moussaoui est devenu un symbole. L'envoyer au bûcher, à la chaise électrique, à la chambre à gaz ou le tuer par injection aurait fait de lui, comme l'ont affirmé certains, le martyr qu'il souhaitait devenir.

Et pas pour aller retrouver les vierges promises au paradis, mais plutôt pour continuer à justifier et à alimenter la haine des fondamentalistes et de certains groupes terroristes contre cette Amérique infidèle.

C'est pour ça que les jurés ont bien fait d'opter pour la réclusion à perpétuité. Cette sentence est pour Zacarias Moussaoui un bien pire châtiment que la mort qu'il réclamait.

Et c'est pour ça enfin que ce cri, «Amérique, tu as perdu, j'ai gagné!» qu'il a lancé en français en quittant la salle d'audience d'Alexandria où se déroulait le procès depuis le début février n'a plus, ni pour lui, ni pour ses complices, ni pour nous, aucun sens réel.

En étant condamné à vivre, Zacarias Moussaoui a tout perdu.

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