Moussaoui payait ses cours de pilotage en liquide (Le Figaro)

Publié le par Guillemette Faure, notre envoyée spéciale à Alexandria

L'interrogatoire de Harry Samit, l'agent fédéral qui a arrêté Moussaoui, démontre les erreurs du FBI.

TOUS LES MATINS, il est là à 7 h 20. C'est le dentiste à la retraite du bout de la rue qui arrive deux heures avant l'audience pour être sûr d'avoir une place au procès de Zacarias Moussaoui. Arnold Ostrolenk vient là parce que les attaques du 11 Septembre, que Moussaoui est accusé d'avoir facilitées, marquent «la deuxième attaque contre mon pays» et parce que «ce procès vaut toutes les séries télé». A la fin de la première semaine, il est confus. «Jusque-là, je trouvais que le gouvernement n'avait rien présenté d'incriminant. Aujourd'hui, j'ai entendu des choses qui rapprochent Moussaoui du 11 Septembre

Jeudi, le procureur a fait témoigner Clarence Prevost, l'instructeur de l'école de pilotage du Minnesota où Moussaoui s'était inscrit pour prendre des cours sur un simulateur de Boeing 747. A son arrivée, le 13 août 2001, il s'étonne que quelqu'un de si peu qualifié veuille apprendre à piloter un Boeing, puis apprend que Moussaoui a payé sa formation en billets de 100 dollars. Son élève se braque à une question sur sa religion. Clarence Prevost insiste pour que l'école appelle le FBI. 

Lors du contre-interrogatoire, la défense laisse entendre que, si un homme pas spécialement initié aux questions terroristes a eu des soupçons à l'encontre de son client, cela prouve bien que Moussaoui n'aurait jamais pu mener son projet à exécution. 

Harry Samit est ensuite appelé à la barre. Il s'agit de l'agent du FBI qui, le 16 août, arrête Moussaoui parce que ses papiers d'immigration ne sont pas en règle. Le Français lui dit travailler dans l'import-export, apprendre le pilotage «pour le plaisir». Samit est convaincu qu'il «est impliqué dans un projet de détournement d'avion de ligne». 

L'agent tente désespérément d'obtenir un mandat de perquisition. Il décroche le 10 septembre au soir l'autorisation de transférer Moussaoui en France, où ses affaires pourront être fouillées. «Ce procès, c'est aussi celui du gouvernement», s'indigne le dentiste à la retraite. Le jour des attaques, le FBI trouvera dans les affaires de Moussaoui des manuels de Boeing 747, des couteaux et des jumelles qui, selon Samit, «peuvent être utilisées par un pilote en reconnaissance de cible». 

Appartenance à al-Qaida

Le procureur demande à l'agent si la suite des événements aurait changé si Moussaoui l'avait appelé pendant sa détention pour lui révéler ses projets et son appartenance à al-Qaida. La question fait bondir la défense. Les jurés sortis, l'avocat Edward McMahon demande l'annulation du procès. Un expert de son équipe rappelle que la Constitution autorise à ne pas s'auto-incriminer à ce stade de sa détention et que la question de l'accusation laisse entendre aux jurés que Moussaoui avait l'obligation d'appeler. La juge rejette leur demande : elle indiquera aux jurés les questions dont ils devront ne pas tenir compte, puis elle ajoute : «Je ne connais pas une seule affaire dans laquelle quelqu'un a été condamné à mort pour ne pas avoir agi.» 

Guillemette Faure, notre envoyée spéciale à Alexandria

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