L'accusation tente d'impliquer Moussaoui dans les attaques du 11 Septembre (Le Figaro)

Publié le par Guillemette Faure

Pour que Moussaoui soit «éligible» à la peine de mort, le procureur doit prouver que les actes de l'accusé ont conduit aux morts des attentats de 2001.

LA QUALITÉ de la vidéo n'est pas très bonne mais la salle du tribunal est captivée. L'ancien trésorier d'une cellule du groupe islamique Jamaah Islamiya aujourd'hui en détention raconte avoir, en 2000, reçu en Malaisie la visite d'un «John» qui lui a demandé du matériel pour fabriquer des explosifs et de l'aide pour se payer une formation en pilotage. Surtout, l'homme lui a parlé de son rêve : écraser un avion sur la Maison-Blanche.

Curieusement, parce que la déposition a été enregistrée en novembre 2002, date à laquelle Zacarias Moussaoui débarrassé de ses avocats était encore autorisé à se défendre seul, c'est à lui qu'il incombait alors de questionner le témoin pour sa défense. «Ce John, à quoi ressemble-t-il ?» lui a-t-il demandé dans une téléconférence enregistrée. Le témoin Abu Bakar Bafana hésite un peu avant de répondre d'une petite voix. «Il vous ressemble très exactement.» Moussaoui réplique que beaucoup de gens lui ressemblent, qu'il avait dit que le John ne portait pas de barbe. En vain. Et lorsque, un peu plus tard, il l'interroge sur le rêve «de ce type, John», Bafana lui répond à la deuxième personne : «Tu m'avais dit qu'il fallait commencer par attaquer les Etats-Unis, qu'ensuite le reste du monde serait plus simple.»

Même si la défense a remis le témoignage dans son contexte – un homme en détention à Singapour interrogé par le gouvernement –, il a été utile à l'accusation qui cherche à associer Moussaoui aux attaques du 11 septembre 2001. Le Français était en prison à l'époque pour violation des termes de son visa. Depuis l'ouverture du procès, elle tente de démontrer que Moussaoui s'en est rendu complice en gardant ses informations pour lui lors de son interrogation par le FBI en août 2001. Pour qu'il soit éligible à la peine de mort, le procureur doit prouver que les actes de l'accusé ont conduit aux morts des attaques.

Complot contre la Maison-Blanche

L'équipe du procureur Rob Spencer a amorcé son attaque en offrant aux jurés un cours d'initiation à al-Qaida. Elle a ensuite demandé à James Fitzgerald, agent du FBI, de commenter un tableau récapitulatif des comportements des 19 pirates de l'air aux Etats-Unis : acquisition d'une boîte postale et d'une adresse électronique, renouvellement de passeport une fois arrivé sur le sol américain pour gommer toute trace de passage au Pakistan, cours d'arts martiaux, achat de couteaux... Autant de points qui collent aussi à la trajectoire de l'accusé. L'accusation a rappelé l'arrivée de Moussaoui à l'école de pilotage de Norman en Oklahoma en février 2001. Deux témoins se souviennent l'avoir entendu dire qu'il comptait piloter des jets.

«L'accusation doit prouver que Moussaoui en savait suffisamment sur les plans en cours», explique Andrew McCarthy, un ancien procureur fédéral qui, en 1995, a obtenu une peine de prison à vie pour Omar Abdel Rahman, un imam accusé de complots terroristes à New York. Selon lui, l'appartenance à al-Qaida rend le travail de l'accusation plus facile. «Ce réseau n'a pas de branche sociale comme d'autres groupes terroristes. En faire partie, c'est déjà presque s'engager dans un complot.» D'où la présentation par le procureur de vidéos de Ben Laden expliquant les objectifs de l'organisation. Autre argument que l'accusation pourra exploiter selon lui : Moussaoui, en plaidant coupable en avril, avait insisté s'être entraîné, non pas pour faire partie du complot du 11 Septembre, mais pour une possible future attaque contre la Maison-Blanche. «S'il parle de deuxième vague, il peut reconnaître avoir su qu'il y en avait une première en préparation.»

La défense, elle, tente de démontrer que le gouvernement américain avait suffisamment de clignotants allumés, un mois avant les attaques, pour que les mensonges ou omissions de Moussaoui n'aient pas eu de conséquence sur leur capacité à déjouer les plans du 11 Septembre. 

Guillemette Faure

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