Procès du 11-Septembre: Moussaoui, l'enfant ballotté aux nombreux amis (AFP)

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ALEXANDRIA (AFP) - La famille perturbée et les jeunes années de Zacarias Moussaoui, enfant ballotté apprécié pour son "sens de l'humour" mais qui risque aujourd'hui la peine de mort en lien avec le 11-Septembre, ont été longuement présentés lundi aux jurés.

Avant même de naître, Zacarias Moussaoui a connu la violence: sa mère Aïcha el-Wafi, dont il était le plus jeune enfant, "a été battue pendant sa grossesse", a raconté Jan Vogelsang, appelée par la défense pour présenter la jeunesse du Français.

L'auteur des coups, le père de Zacarias Moussaoui, a vécu un temps à la rue et séjourne aujourd'hui dans un hôpital psychiatrique en France, a déclaré Mme Vogelsang, experte qui a interrogé une cinquantaine de personnes en France et au Maroc pour reconstituer l'environnement du Français.

Pour tenter de lui épargner l'injection mortelle, les avocats de Moussaoui tentent de prouver aux jurés du tribunal fédéral d'Alexandria (Virginie, est) qu'il est atteint d'une schizophrénie, circonstance atténuante. Dans un témoignage vidéo diffusé à la cour, la soeur aînée de Zacarias, Djamila, a évoqué la violence de leur père: "Il nous a tous traumatisés (...), il m'a envoyée je ne sais plus combien de fois à l'hôpital pour des fractures, des trous à la tête". Djamila a aussi parlé de la schizophrénie dont elle souffre, diagnostiquée après une tentative de suicide et pour laquelle elle doit suivre un traitement. "Sinon, je suis dans une autre réalité", a-t-elle déclaré.

Le père et la seconde soeur de Zacarias, Nadia, souffrent comme Djamila de "troubles psychotiques", de "tendances schizophrènes" et de "symptômes de maladie mentale", a affirmé Mme Vogelsang. Zacarias Moussaoui a écouté avec intérêt ses explications, non sans faire connaître par des mimiques ironiques ou des signes de désapprobation son désaccord avec certaines affirmations. Entre 1968 et 1974, Zacarias, son frère et ses deux soeurs ont été ballottés d'orphelinats en foyers, d'abord dans le sud-ouest puis à Mulhouse (est). Et pourtant, Zacarias "était très joyeux, gentil, un beau petit bébé, toujours souriant", a décrit Djamila.

A l'école, c'était un "élève moyen, aux résultats moyens", a poursuivi Mme Vogelsang. Turbulent, bavard, mais pas violent, entêté mais respectueux de ses professeurs. Partout, "Zac" avait des amis. "Il était connu pour son sens de l'humour", a souligné Mme Vogelsang, suscitant un grand sourire de l'accusé. L'experte a aussi évoqué Karine. Elle avait 14 et "Zac" 16 quand ils se sont rencontrés. Ils sont devenus "très proches, de manière inhabituelle pour des jeunes". Leur histoire a duré six ans, au cours desquels ils ont même vécu ensemble. Mais le père de Karine n'a jamais accepté ce "sale arabe". A la fin de l'adolescence, Zacarias avait aussi un ami juif, Gilles Cohen, qui est venu témoigner lundi de leurs longues discussions sur le conflit israélo-palestinien. "A l'époque, nous avions du mal à comprendre pourquoi deux peuples de la même origine étaient à ce point ennemis alors que nous, un arabe et un juif, étions les meilleurs amis du monde", a expliqué M. Cohen.

Jeudi, Zacarias Moussaoui avait calmement expliqué qu'il souhaitait voir les musulmans détruire l'Amérique et Israël et exterminer tous les juifs. L'audience devait se poursuivre toute la journée. La défense entend encore faire déposer des médecins et présenter le témoignage de familles de victimes qui souhaitent voir Moussaoui condamné à la réclusion criminelle à perpétuité plutôt qu'à la mort. Les jurés pourraient commencer à délibérer dès la fin de la semaine.

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