Articles de presse

Mardi 18 septembre 2001

Elève sérieux, étudiant studieux à Montpellier et Perpignan où il a obtenu de nombreux diplômes, Zacarias Moussaoui est-il un des terroristes impliqués dans les terribles attentats de mardi dernier ?

Aurait-il même pu se trouver aux commandes d’un des Boeing détournés ? En France, la DST qui le fiche dès 1999 et diffuse son nom à toutes les polices et gendarmeries afin de tenter de suivre ses moindres faits et gestes n’exclurait pas l’hypothèse. Depuis cette époque, les services du contre-espionnage français soupçonnent en effet Moussaoui d’avoir effectué plusieurs séjours en Afghanistan, et d’avoir entretenu des liens avec le groupe terroriste du Djihad islamique qui avait revendiqué des attentats commis en 1995 dans le métro et le RER parisiens. Il a ici une forte réputation d’islamiste radical, fondamentaliste. Pour le FBI, le suspect semble d’autant plus sérieux que ses services l’ont justement démasqué fin août dernier. Zacarias Moussaoui, élève pilote d’avion à Boston, attire leur attention à cause notamment de son étrange entêtement à ne s’intéresser qu’au vol horizontal et au pilotage des Boeing 747 sur simulateur. Il se serait même souvent débrouillé pour sécher les cours de décollage et d’atterrissage.

Entré de surcroît aux Etats- Unis grâce à un faux passeport, Moussaoui est donc interpellé et incarcéré dans une prison de Minnesota. La France, qui le recherche, dépose aussitôt une demande d’extradition, mais la requête remonte à trois semaines à peine.... Vendredi dernier, le suspect a été transféré dans un pénitencier américain tenu secret. Natif de Saint-Jean de Luz, au pays basque, où il a vu le jour le 31 mai 1968, Zacarias Moussaoui était a priori arrivé aux USA au printemps, après avoir quitté Londres où il s’était précédemment installé. « Je voudrais acquérir l’anglais commercial pour pouvoir travailler dans des entreprises internationales. De plus, j’ai l’opportunité de me rendre en Angleterre », avait d’ailleurs écrit Moussaoui 1991 au moment de s’inscrire à l’université de Perpignan, en deuxième année de LEA. Non boursier, surveillant au lycée du Docteur-Lacroix à Narbonne, où il était domicilié chez ses parents, employés administratifs d’entreprise, l’étudiant ne fréquentera finalement jamais le campus catalan. Il ne vint même pas retirer sa carte universitaire. Unanimement dépeint jusque-là comme un jeune homme intelligent, cultivé, compétent, rigoureux et performant, Zacarias Moussaoui brise ainsi son autoportrait modèle et disparaît.

C’est la fin d’un parcours scolaire sans faute marqué par l’obtention de trois diplômes. Pion au collège Hugo de Narbonne dès 1986, il décroche un bac professionnel de maintenance des systèmes mécaniques automatisés à Montpellier en 1988. Puis il intègre le lycée Arago de Perpignan d’où il sort, en 1990, avec un BTS technico-commercial et des attestations de stage riches en superlatifs.
Partout où Moussaoui passe, il donne plus que satisfaction. Apparu sur les listes électorales de la ville de Narbonne en 87 d’où il ne se retire jamais, il retourne ensuite à Montpellier. Devenu maître d’internat, il empoche un Deug d’AES en un an à l’Université Paul-Valéry et obtient son permis de conduire.

Réformé du service militaire, il décide de conserver son statut d’étudiant à Perpignan. Il est alors âgé de 23 ans et ne cache pas ses intentions de rallier l’Angleterre, pour raisons professionnelles. Il atteste de son souhait d’accroître son sens des responsabilités dans ses lettres de motivation à l’écriture soignée et rectiligne. Zacarias Moussaoui est-il déjà ce "mercenaire afghan" que la DST pense avoir dévoilé huit ans plus tard ? Les investigations concernant son environnement et son itinéraire occulte ont, en tous les cas, continué hier en France et à l’étranger.

Par Corine Sabouraud
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Mercredi 12 décembre 2001

Zacarias Moussaoui a laissé peu de traces en France. C'est à Londres que sa vie a basculé. Né à Saint-Jean-de-Luz le 30 mai 1968, à la fin d'un mois de révolte estudiantine, il a une enfance et une adolescence normale. Moussaoui se lance ensuite dans des études à Perpignan et obtient son diplôme de technico-commercial en 1990. Mais Zacarias peine à trouver sa vocation. Surveillant dans un lycée de Narbonne, il décide d'aller à Londres en 1992 pour améliorer son anglais.

Voyages en Afghanistan


Avant même de partir, il donne déjà quelques signes annonciateurs du fanatisme religieux dans lequel il va plonger. Il avait par exemple offert à sa soeur Jamila des éditions en français de « l'Islam par le martyr » et « Jalons sur la route de l'islam », deux ouvrages de référence de l'islam fondamentaliste.

L'été 1997, Moussaoui revient dans le Sud de la France pour la dernière fois. Après cinq années passées à Londres, il porte la barbe, un pantalon pakistanais et a le crâne rasé. Durant son séjour, il a une violente dispute avec un imam de Narbonne. Celui-ci lui reprochait de vouloir endoctriner les gens « avec de mauvaises croyances ». Ces mêmes convictions fondamentalistes qu'on était en train de lui faire rentrer dans la tête à Londres. C'est en effet là-bas que Moussaoui a commencé à fréquenter les milieux intégristes.

Diplômé de l'université de South Bank en 1995, il subit là-bas l'endoctrinement de cheik Omar Abu Omar. Surnommé « Abu Koutada », ce fondamentaliste d'origine palestinienne multipliait alors les prêches à la mosquée de Baker Street, assidûment fréquentée par Moussaoui.
En 1999, la DST observe qu'il a accompli plusieurs voyages en Afghanistan et au Pakistan et alerte les autorités britanniques pour qu'elles accentuent leur surveillance. Il n'y aura pas de suite.

Son dossier était pourtant ouvert depuis 1994. A cette époque, la justice française soupçonnait un certain « Zacarias », établi à Londres, d'avoir participé au financement de groupes terroristes algériens. Moussaoui était en Angleterre depuis 1992, mais le juge d'instruction Roger Le Loire s'est vu refuser l'autorisation de l'interroger et de perquisitionner son appartement. Les autorités du pays estimaient qu'il n'y avait pas suffisamment d'éléments. L'itinéraire d'apprenti terroriste de Zacarias Moussaoui ne s'arrêtera que le 17 août 2001. Le Français d'origine marocaine était interpellé dans le Minnesota pour une simple violation aux lois sur l'immigration.

Par Julien Dumond
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Jeudi 13 décembre 2001

"Ne te trompe pas de combat». Sa mère se souvient du glissement de Zacarias vers l'islam.

«Ne t'inquiète pas, je n'ai rien fait et je le prouverai le temps venu, Inch' Allah.» Zacarias Moussaoui à sa mère

Mardi, en fin de journée, Aïcha croit «recevoir une décharge électrique» dans sa villa sur les hauteurs de Narbonne. Des journalistes américains viennent de lui apprendre que son fils Zacarias, interpellé le 17 août dans le Minnesota, est inculpé dans le cadre de l'enquête sur les attentats du 11 septembre. Elle relit alors une nouvelle fois la longue lettre que Zacarias lui a écrite du fond de sa cellule à New York : «Concernant l'histoire américaine, ne t'inquiète pas, je n'ai rien fait et je le prouverai le temps venu, Inch' Allah. Je n'ai pas accès aux informations, mais j'ai l'impression que je suis déjà condamné d'après ce que l'avocat qu'ils m'ont donné me dit.»

Pantalon pakistanais

Depuis ce jeudi 13 septembre où des policiers sont venus lui apprendre l'implication présumée de son fils dans les mouvements fondamentalistes, ses voyages en Afghanistan, au Pakistan, et son inscription sur les fiches de la DST dès 1999, Aïcha ne sait plus que croire. Une première fois, début 2000, les policiers viennent lui demander si elle sait où se trouve Zacarias, lui disent qu'ils cherchent à entrer en contact avec lui dans le cadre d'une enquête sur la mort d'un copain. Aïcha ne sait rien. La dernière fois qu'elle a vu son fils, c'était en 1997. Cet été-là, de passage à Narbonne avant de repartir à Londres où il vivait depuis 1992, Zacarias lui a demandé de lui coudre un pantalon pakistanais. Couturière, avant de devenir agent chez France Télécom, Aïcha lui avait taillé un sarouel et une longue chemise. Zacarias s'était présenté habillé ainsi à la mosquée de Narbonne. Là, il avait voulu expliquer aux jeunes ce qu'était l'islam.

Aïcha avait bien remarqué qu'il avait glissé vers la religion, mais avait surtout retenu que son fils, orienté vers un BEP à la fin de la troisième, avait décroché un master de commerce international de l'autre côté de la Manche. Il en était fier, et elle aussi. Car mariée à 14 ans, débarquée à Hendaye un an plus tard, mère de quatre enfants à 19 et divorcée à 24 d'un mari violent, Aïcha a éduqué ses enfants «à la française». Aïcha se souvient aussi que, cet été 1997, Zacarias lui avait demandé pardon à genoux pour «tout le mal qu'[il] lui [avait] fait». Elle avait fini par le relever, sans comprendre son insistance.

Lettre

Depuis le 11 septembre, elle s'est parfois dit qu'il lui avait peut-être demandé pardon pour le mal qu'il pourrait encore lui faire. Elle s'est alors souvenue d'un bref coup de fil reçu il y a plus d'un an. La communication était mauvaise, et Zacarias avait juste eu le temps de lui dire qu'il pensait à elle. Elle s'est souvenue de Xavier Djaffo, copain de «Zac» quand il préparait son BTS technico-commercial au lycée Louis-Arago, à Perpignan. Lui aussi est parti à Londres en 1993 pour apprendre l'anglais, s'est converti à l'islam en 1994 et est tombé sous les balles de l'armée russe en Tchétchénie en 2000.
Dans la lettre qu'elle a écrite à son fils le 12 novembre, Aïcha pense avoir tout dit de cette histoire: «Sache que tu es présent toutes les secondes dans mon cœur. Mon souhait le plus cher est de pouvoir te serrer contre moi.» Elle lui a aussi montré le chemin: «Je demande à Dieu que tu ne te trompes pas de combat. Le seul jihad qu'il nous demande sur terre est de nous battre contre le mal qui est en nous.».

Catherine Bernard

Par Catherine Bernard
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Mercredi 2 janvier 2002

C’est ce mardi que s’ouvre devant la cour fédérale de Virginie la lecture de l’acte d’accusation contre le Français Zacarias Moussaoui. Si le présumé terroriste d’al Qaeda accepte de collaborer avec la justice, il peut échapper à la peine capitale. Le gouvernement devra annoncer avant le 29 mars s’il souhaite réclamer la peine de mort contre le suspect.

De notre correspondante particulière à New York.

Selon le Journal Dallas Morning News, l’administration Bush est confrontée à un véritable dilemme s’agissant du type de poursuites judiciaires à requérir à l’encontre du Français Zacarias Moussaoui inculpé de conspiration dans les attentats du 11 septembre. Doit-elle requérir la peine de mort ou tenter de négocier avec Moussaoui et de lui laisser la vie sauve en échange d’informations sur al Qaeda en sachant que celles-ci pourraient éviter d’autres actes terroristes futurs et sauver des vies humaines ?

Moussaoui a été arrêté le 16 août dans le Minnesota pour infraction aux lois sur l’immigration après avoir attiré l’attention des autorités en cherchant à s’initier au pilotage d’avions gros porteurs dans une école d’aviation. Après les événements du 11 septembre, il a été maintenu en détention comme témoin et envoyé à New York pour y être interrogé. Six chefs d’inculpation (conspiration d’utilisation d’une arme de destruction massive, de terrorisme international, de détournement d’avion, de destruction d’avion, de meurtre d’employés fédéraux et de destruction de biens), dont quatre passibles de la peine de mort, ont été retenus contre Moussaoui dont la lecture de l’acte d’accusation est prévue le 2 janvier dans un tribunal fédéral de Virginie. Le gouvernement devra annoncer avant le 29 mars s’il souhaite réclamer la peine de mort contre le suspect.

Les responsables des services secrets et de la sécurité nationale ont demandé aux procureurs fédéraux de négocier avec Moussaoui si celui-ci acceptait d’identifier des terroristes d’al Qaeda fomentant d’autres actes terroristes. Selon eux, cette initiative est d’autant plus pertinente que les journaux américains ont récemment affirmé que Moussaoui avait fréquenté la même mosquée que le Britannique récemment accusé d’avoir tenté de faire sauter un avion, Richard Reid. En outre, le suspect accusé d’avoir tenté de bombarder l’aéroport international de Los Angeles, Ahmed Ressam, dit avoir rencontré Moussaoui dans un camp d’entraînement en Afghanistan en 1998. Arguant que la meilleure manière de lutter contre le terrorisme est de faire preuve de " fermeté " à l’encontre de Moussaoui et de le condamner à mort, les faucons du ministère de la Justice s’opposent à toutes négociations invoquant de surcroît le manque de coopération de la part du suspect. En effet, depuis son arrestation, Moussaoui refuse de coopérer et s’est muré dans le silence.

C’est donc le " tribunal de l’opinion publique " qui risque de faire toute la différence. Chauffée à blanc par des médias qui affichent ouvertement leur conviction de la culpabilité de Moussaoui, l’opinion publique est peu encline aux tractations. Et l’administration Bush - particulièrement démagogue en ces temps éprouvants - risque de suivre le mouvement. " Il s’agit de savoir si le gouvernement acceptera d’encourir les foudres du public sur le plan politique en échange d’informations ", a déclaré Eugène Wilkes, professeur de droit à l’université de Georgie. D’autant qu’un projet de loi permettant aux familles des victimes des attentats et aux survivants de visionner le procès de Moussaoui en circuit fermé (à l’instar du procès et de l’exécution du terroriste d’Oklahoma City, Timothy McVeigh) a d’ores et déjà été approuvé par le Sénat. Plus de 15 000 survivants et familles de victimes pourraient donc être habilités à visionner le procès. La majorité s’en félicite. " Ma femme, Patty, a été tuée au Pentagone et j’ai besoin de voir les auteurs des attentats traduits en justice. J’ai parlé à de nombreuses familles de victimes. Ils pensent la même chose que moi ", a déclaré Joe Mickley au Chicago Tribune. L’un des avocats de Timothy McVeigh critique vivement cette décision arguant qu’elle implique, pour les jurés, que cette affaire est différente, ce qui est à l’évidence préjudiciable pour l’accusé. En outre, forte de la décision du Sénat, la chaîne de télévision Court TV a demandé la permission de diffuser le procès à la télévision. La pression du public, qui brûle de traduire quelqu’un en justice pour les attentats du 11 septembre, crée à l’évidence un climat peu propice à la tenue d’un procès équitable. D’où, peut-être, le peu d’échos rencontrés par la mère du suspect, Aicha El Wafi, qui a accordé un entretien émouvant à CBS le 28 décembre et plaidé pour que son fils ne soit pas condamné à mort car " cela va à l’encontre de l’humanisme ". Montrant une photo de son fils âgé de vingt ans à la caméra devant un journaliste étonné, elle a déclaré : " Je tiens à montrer cette photo à tous les Américains car la photo que l’on voit dans les journaux me brise le cour. "

Pourtant, selon un éditorial publié dans le Los Angeles Times et rédigé par le professeur de droit à l’université de George-Washington, Jonathan Turley, l’acte d’accusation contre Moussaoui contient des lacunes importantes qui risquent de mettre à l’épreuve le concept de " preuve au-delà du doute bien fondé ". Selon lui, seuls deux des chefs d’inculpation reposent sur des preuves dignes de ce nom et présentent une justification réelle pour un châtiment. Selon Turley, malgré les déclarations des procureurs qui ont affirmé que l’affaire Moussaoui était un " jeu d’enfant ", les preuves à l’encontre du suspect sont principalement circonstancielles : Moussaoui, qui aurait perçu des dizaines de milliers de dollars de la part de Ramzi Binalshibh, lequel est accusé d’avoir des liens étroits avec l’un des pirates d’avion, a tenté de prendre des cours de pilotage d’avion pendant les mois qui ont précédé les attentats. Des actes suspects mais non criminels comprennent également l’achat de couteaux et des demandes d’informations sur les avions-pulvérisateurs. " En fait, la majorité des trente pages de l’acte d’accusation contre Moussaoui se concentrent sur d’autres personnes et sur des activités qui ne font pas référence au suspect. Moussaoui est accusé d’avoir eu des relations avec les dix-neuf pirates de l’air mais ces relations sont simplement inférées. Ainsi, alors que le gouvernement intente des poursuites fondées dans le cadre d’une conspiration terroriste et de détournement d’avion, la plus grande controverse du procès pourrait résider dans ses efforts à obtenir une accusation pour les attaques du 11 septembre ", a assuré Turley. De même, selon Turley, l’inaptitude de Moussaoui à piloter un avion sape les charges de destruction d’avion et de meurtre d’employés fédéraux. " Faute de preuves supplémentaires, Moussaoui apparaîtra plus comme un trophée que comme un terroriste. " C’est pour cette raison que, d’après Turley, le gouvernement a choisi le district est de la Virginie comme lieu du procès où se trouve " la cour d’appel la plus conservatrice du pays ".

Par Natasha Saulnier
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Samedi 5 janvier 2002

L'étrange affaire de Zacarias Moussaoui:
le FBI a refusé d'enquêter sur l'homme accusé dans les attentats du 11 septembre.

Le cas de Zacarias Moussaoui soulève beaucoup d'interrogations sur l'attitude du FBI et des autres services américains de renseignement au cours de la période qui a précédé le 11 septembre. C'est l'exemple le plus évident du refus quasiment inexplicable de la part de ces services de prendre toute mesure qui aurait pu empêcher les attentats terroristes les plus sanglants de toute l'histoire américaine.

Moussaoui a été inculpé le 3 janvier de six chefs d'accusation de complot pour commettre des meurtres et de terrorisme dans les attentats du 11 septembre. Moussaoui, qui est né en France et qui est d'origine marocaine, a refusé « au nom d'Allah » de plaider coupable ou non-coupable, et son avocat a plaidé non-coupable pour lui.

La séance de 30 minutes qui s'est tenue dans un tribunal fédéral d'Alexandria en Virginie s'est conclue par la décision de la juge fédérale Leonie M. Brinkema de fixer la date du procès en octobre prochain, malgré les objections de la défense que cette date impliquerait que la sélection du jury se fasse aux alentours du premier anniversaire des attentats du World Trade Center et du Pentagone.

Les avocats de la défense ont proposé de délocaliser la tenue du procès d'Alexandria, qui ne se trouve qu'à quelques kilomètres du Pentagone, où 189 personnes ont été tuées quand un avion d'American Airlines détourné s'est écrasé sur le bâtiment le 11 septembre. Brinkema a précisé qu'elle n'était pas en faveur d'une délocalisation en disant qu'on pouvait trouver un jury impartial en Virginie du Nord.

Quatre des six accusations contre Moussaoui sont passibles de la peine capitale, même s'il a été arrêté un mois avant les attentats du 11 septembre et pour cette raison n'a donc pu jouer aucun rôle actif dans le massacre. Le ministère public a jusqu'au 29 mars pour annoncer s'il va requérir la peine de mort. Moussaoui serait le premier citoyen français à risquer la peine de mort aux Etats-Unis depuis que la Cour Suprême des Etats Unis a rétabli la peine de mort en 1976.

Le refus d'agir du FBI

Moussaoui a été arrêté dans le Minnesota le 16 août après que des responsables d'une école de pilotage, la Pan Am International Flight Academy à Eagan, dans la banlieue de Minneapolis, ont averti le FBI qu'il cherchait à s'entraîner pour piloter un jumbo jet Boeing 747.

Son comportement a éveillé les soupçons: son attitude était agressive, il était très évasif quant à son environnement personnel, il a refusé de parler français avec en instructeur qui connaissait cette langue et il a payé les droits d'inscription de 6.300 dollars en liquide. Il a insisté pour s'entraîner à piloter un jumbo jet malgré son manque évident de capacité à piloter des avions même petits. Il paraît que l'étudiant éventuel ne voulait pas apprendre à décoller ou à atterrir, mais seulement à piloter l'avion quand celui ci était en vol.

L'instructeur et le vice-président de l'école de pilotage ont alerté deux représentants démocrates de Minneapolis au Congrès à propos de leurs efforts répétés pour intéresser le FBI au comportement de Moussaoui. Leurs comptes-rendus ont d'abord été publiés dans le Minneapolis Star-Tribune, puis dans le New York Times du 22 décembre.

Le vice-président de l'école de pilotage qui a alerté les deux membres du Congrès, James Oberstar et Martin Sabo, a affirmé qu'il avait fallu de quatre à six appels téléphoniques au FBI pour trouver un agent responsable. L'instructeur a été si frustré par le manque de réaction qu'il a averti de façon prémonitoire qu'un « 747 aux réservoirs pleins de carburant peut être utilisé comme bombe ».

L'enquête bloquée à Washington

Moussaoui a été détenu par les Services d'Immigration et de Naturalisation parce qu'il n'avait pas respecté les termes de son visa. Les enquêteurs locaux du FBI à Minneapolis ont immédiatement considéré Moussaoui comme un terroriste suspect et ont demandé l'autorisation d'obtenir un mandat spécial de contre-espionnage pour examiner le disque dur de l'ordinateur personnel de celui ci. Cette autorisation a été refusée par des officiels de haut niveau à Washington, qui ont prétendu que les preuves étaient insuffisantes pour offrir les garanties légales exigées pour un tel mandat.

Les agents du FBI ont suivi les allers et venues de Moussaoui à l'école de pilotage Airman à Norman, dans l'Oklahoma où il avait effectué 57 heures de vol plus tôt dans l'année 2001, mais où il n'avait jamais reçu la permission de piloter tout seul à cause de ses capacités insuffisantes. Ce seul élément aurait dû déclencher l'alarme, vu qu'un agent avoué d'Al-Qaida, Abdoul Hakim Mourad, s'était entraîné dans la même école, pour préparer un détournement suicide sur le quartier général de la CIA. Mourad a apporté son témoignage sur ces préparations lors du procès de Ramzi Ahmed Yusef, le principal organisateur des attentats à la voiture piégée de 1993 contre le World Trade Center.

Plusieurs des pirates du 11 septembre s'étaient inscrits ou avaient visité l'école de pilotage d'Oklahoma, comme l'a révélé une enquête plus poussée qui avait été menée aux lendemains des détournements suicides.

Les 26 août, le quartier général du FBI a été informé par les services de renseignement français que Moussaoui avait des liens avec l'organisation Al-Qaida et avec Oussama Ben Laden. Même ce rapport n'a déclenché aucune volonté d'agir de la part de l'agence. Une commission spéciale antiterroriste du FBI et de la CIA a pris connaissance des informations contre lui, mais elle en a tiré la conclusion que les preuves qu'il représentait un quelconque danger n'étaient pas suffisantes, malgré son refus de répondre aux questions et malgré les informations transmises par les français. Moussaoui ne fut transferré de la détention INS (Service d'Immigration et de Naturalisation) vers une prison du FBI qu'après le 11 septembre.

L'avertissement français est parvenu le lendemain du jour où les deux premiers kamikazes ont acheté leur billet aller simple de première classe pour des vols du 11 septembre. D'autres billets ont été achetés les 26, 27, 28 et 29 août alors que le FBI refusait toujours de mener une enquête plus approfondie sur Moussaoui ou d'analyser son ordinateur.

Le New York Times commentait le 22 décembre que le cas de Moussaoui « soulevait de nouvelles interrogations sur les raisons pour lesquelles le FBI et les autres agences n'avaient pas empêché les détournements ».

Des officiels du FBI ont indirectement répondu à ces critiques, en démentant catégoriquement la prise en compte de la mise en garde que le personnel de l'école de pilotage avait émis. Un officiel important à déclaré au Washington Post le 2 janvier: « L'idée de faire s'écraser un avion sur un bâtiment ou de l'utiliser comme une bombe ne nous était jamais venue à l'esprit. Ce qui nous inquiétait c'était un scénario de simple détournement ».

Ce point est d'une importance capitale et, à la différence du FBI, l'instructeur de l'école de pilotage n'a absolument aucune raison de mentir. Aux lendemains du 11 septembre, le directeur du FBI, Robert Mueller, a clairement déclaré que ses services n'avaient aucune indication que des terroristes cherchaient à utiliser des avions détournés comme bombes volantes. Ses dénégations ont été acceptées sans aucun esprit critique par la presse américaine. Le compte-rendu qu'a donné l'école de pilotage montre que ces dénégations n'étaient que des mensonges purs et simples.

La démission de la sécurité

L'affaire Moussaoui n'est qu'un exemple parmi de nombreuses indications que le gouvernement américain avait été amplement prévenu qu'une opération terroriste d'envergure était en préparation aux Etats-Unis et n'a cependant rien fait pour la prévenir ou pour empêcher.

* Les gouvernements d'au moins quatre pays - l'Allemagne, l'Egypte, Israël et la Russie - ont clairement averti Washington que des attentats terroristes allaient se produire aux Etats-Unis en utilisant des avions détournés comme armes, dans les mois qui ont précédé le 11 septembre.

* Le gouvernement américain lui-même avait des indications multiples du danger de détournements suicides, qui étaient basées sur ses propres renseignements concernant d'autres attentats terroristes attribués à Oussama Ben Laden et à son réseau A-Qaida.

* Le gouvernement américain surveillait les communications électroniques de Ben Laden et de ses associés pendant la période étendue de préparation ayant précédé les attentats du 11 septembre.

* Quelques-uns des pirates de l'air du 11 septembre, y compris Mohamed Atta, le supposé chef, étaient étroitement surveillés par les services de renseignement américains en tant que terroristes suspects en 2000 et en 2001. Ils ont été cependant autorisés à entrer et à sortir librement des Etats-Unis et à finalement mener leur projet à bien.

Les attentats du 11 septembre se sont déroulés au milieu d'une quasi-démission des forces de sécurité qui n'admet aucune explication innocente. Les circonstances des attentats terroristes méritent une enquête des plus sérieuses et des plus consciencieuses: aussi bien l'administration Bush que les Républicains et les Démocrates au Congrès ont rejeté toute enquête de cette sorte, en suggérant qu'il était antipatriotique de mettre en doute le rôle du FBI, de la CIA et d'autres agences de renseignement.

Mais les éléments qui sont connus pour l'instant, mènent à la conclusion que des officiels dans les plus hautes sphères du gouvernement américain étaient au courant de l'imminence d'une attaque terroriste d'envergure et ils n'ont fait aucun effort réel pour empêcher celle-ci. On peut en déduire le motif politique: ils ont laissé se produire un attentat - qu'ils aient ou non prévu toutes ses dimensions - pour trouver le prétexte nécessaire afin de mener un programme droitier d'intervention militaire à l'étranger et d'attaques des droits démocratiques sur le sol américain.

Par Partick Martin
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Mardi 19 mars 2002

Un collectif estime que la France n'a pas à aider une possible réquisition de la peine capitale

Il est absolument monstrueux de rencontrer celui qui va peut-être demander la peine de mort contre votre frère. » C'est par cette phrase qu'Abd Samad Moussaoui a résumé hier son sentiment après l'entretien de quinze minutes qu'il a eu dans les locaux de la Brigade de surveillance du territoire (BST) à Montpellier, avec un des procureurs du tribunal d'Alexandria, en Virginie. C'est devant ce tribunal que son frère, Zacarias, doit être jugé en octobre prochain sous l'accusation d'avoir aidé à la préparation des attentats du 11 septembre et c'est devant cette même juridiction que le procureur doit faire savoir le 29 mars s'il réclame ou non la peine de mort contre le Français d'origine marocaine. La démarche du parquet américain, relayée par les autorités françaises, suscite d'ailleurs un début de polémique dans les milieux judiciaires et dans les organisations de défense des droits de l'Homme. Un collectif composé notamment du Syndicat de la magistrature, de l'association Ensemble contre la peine de mort, de la Ligue des droits de l'Homme s'élève ainsi contre les convocations adressées aux proches de Moussaoui.

Comme le résume le Montpelliérain François Roux, avocat français du seul inculpé des attentats du 11 septembre : « Le procureur mène sa propre enquête pour contrer les éventuelles circonstances atténuantes soulevées par la défense et bâtir son réquisitoire de peine de mort. » Abd Sabad Moussaoui, enseignant en génie électrique, a hier beaucoup insisté sur ce point, après avoir rencontré, en présence de deux policiers français de la BST, le procureur Robert Spencer, une de ses assistantes et un agent du FBI. « Le procureur a commencé par me demander si je comptais me rendre aux Etats-Unis. Je lui ai répondu que, sachant que mes déclarations serviraient à étayer sa demande de peine de mort, je ne souhaitais répondre à aucune question. Il faut que tous les témoins qui sont convoqués comme moi le sachent : ils ne vont pas répondre à un juge d'instruction qui enquête à charge et à décharge comme en France. Ils vont donner des éléments à l'accusation pour qu'elle réclame la peine capitale. » Le procureur, « très courtoisement » selon Abd Samad Moussaoui, a pris note et a dit « qu'il comprenait ».

Parmi les prochains témoins convoqués, se trouvent la soeur et la mère de Zacarias Moussaoui qui doivent être entendues aujourd'hui à Narbonne. La première a déjà fait savoir qu'elle ne se rendrait pas à la convocation. La seconde n'avait pas fait hier connaître sa réponse. On ignore pour l'instant si d'autres personnes, amis de Zacarias Moussaoui notamment, ont été à ce jour contactés par les services de police français. Or c'est bien la forme de ces convocations qui pose problème. La demande de l'accusation américaine a en effet été acceptée par les autorités françaises dans le cadre de l'entraide judiciaire et elle est relayée par trois commissions rogatoires délivrées par le juge Jean-Louis Bruguière, depuis le pool des juges anti-terroristes à Paris. Mais, à aucun moment, il n'est précisé sur ces convocations qu'il s'agit d'une enquête de l'accusation.

Les témoins ne sont pas davantage avertis qu'ils peuvent ne pas répondre aux questions qui leur sont posées, comme les y autorise d'ailleurs la loi américaine.

Me Roux, qui a demandé la suspension de ces convocations, s'en indigne depuis qu'il a appris la venue des procureurs américains sur le territoire français : « Non seulement la France ne bouge pas pour éviter la peine de mort à Zacarias Moussaoui mais elle prête la main au procureur pour que celui-ci l'obtienne », dit-il. Saisie par le collectif – que le puissant barreau de Paris a rejoint hier – la Garde des Sceaux, Marylise Lebranchu a fait savoir la semaine dernière que la chancellerie allait demander aux autorités américaines que les éléments recueillis en France « ne puissent être utilisés à l'appui des chefs d'accusation susceptibles de conduire à la peine capitale, sauf pour les autorités américaines à s'engager à ne pas la requérir, la prononcer ou l'exécuter. » « On ne peut pas refuser notre aide aux Etats-Unis pour quelqu'un accusé d'avoir contribué à faire tuer 3 000 mille personnes, a poursuivi la ministre, mais il n'est pas question de donner des éléments pouvant faire condamner un de nos ressortissants à mort. » Gilles Sainati, secrétaire général adjoint du Syndicat de la magistrature, a estimé qu'il fallait obtenir cette garanti avant le 29 mars. « Après, ce sera de l'ordre de l'incantation », a-t-il dit.

J.V.

(Midi Libre, 19.03.02)


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Jeudi 28 mars 2002

La France a regretté cette décision. Le procès du Français accusé d'avoir participer aux attentats du 11 septembre devrait s'ouvrir dans six mois.

La France «regrette» la décision américaine de requérir la peine de mort contre le Français Zacarias Moussaoui. Ce dernier est accusé de participation «active» dans les attentats du 11 septembre 2001 – sur le World Trade Center de New York et sur le Pentagone à Washington – qui ont fait plus de 3.000 morts. «Cette décision que nous regrettons intervient au moment où des consultations avaient lieu conformément au traité franco-américain d'entraide pénale de 1998 pour déterminer les conditions dans lesquelles cette entraide, qui n'est pas remise en cause, serait mise en œuvre», a affirmé jeudi après-midi le ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine.

Un peu plus tôt dans la journée de jeudi, le département américain de la Justice avait annoncé son intention de requérir la peine de mort contre Zacarias Moussaoui, dont le procès doit s'ouvrir sous haute surveillance à la mi-octobre à Alexandria (Virginie), près de Washington. Six chefs d'accusation sont retenus contre lui, dont quatre passibles de la peine de mort. Moussaoui, 33 ans, né à Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques), avait été arrêté le 16 août 2001 aux Etats-Unis pour séjour irrégulier, et se trouvait en prison le jour des attaques. L'acte d'accusation relève toutefois que son parcours est étrangement similaire à celui des 19 pirates de l'air ayant perpétré les attentats.

Selon le texte de la requête écrite du procureur, Moussaoui «s'est engagé intentionnellement et spécifiquement dans un acte de violence, en sachant que cet acte créait un risque grave de tuer des personnes, à tel point que sa participation à cet acte constituait une indifférence imprudente pour la vie humaine et que, en conséquence directe de cet acte, des victimes sont mortes». Moussaoui est aussi accusé d'avoir appris à piloter aux Etats-Unis et d'avoir suivi un entraînement en Afghanistan, dans un camp d'Al-Qaeda, le réseau d'Oussama ben Laden, soupçonné par les Etats-Unis d'être le commanditaire des attentats. L'acte d'accusation note également que Moussaoui aurait perçu des milliers de dollars de Ramzi ben al-Chihb, qui faisait partie avec le chef présumé des pirates de l'air, Mohammed Atta, d'une cellule d'Al-Qaeda qui opérait à Hambourg (Allemagne).

Le 2 janvier dernier, Moussaoui avait refusé de se déclarer coupable lors d'une audience devant le tribunal de Virginie: «Au nom d'Allah, je n'ai rien à plaider. Je ne plaide rien», avait-il dit. La juge a alors estimé qu'il plaidait non coupable. L’avocat de Zacarias Moussaoui, François Roux, a déclaré à la suite de cette décision américaine, qu’il «se battra jusqu'au bout» pour éviter que le Français soit condamné à mort aux Etats-Unis.

Par GT avec agences
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Lundi 1 avril 2002

 

" Affaire Moussaoui ". Le Français inculpé dans les attentats du 11 septembre était en prison un mois avant les faits.

La France est confrontée à un véritable casse-tête diplomatico-judiciaire après l’annonce du département américain de la Justice de son intention de requérir la peine capitale contre Zacarias Moussaoui, inculpé dans l’enquête sur les attentats du 11 septembre. Paris a fait savoir qu’il ferait preuve de " vigilance " dans sa coopération avec les États-Unis. Un terme en l’occurrence quelque peu ambigu, signifiant que la France, qui a renoncé à la peine capitale en 1981, ne communiquerait sur l’inculpé que des pièces ne pouvant " pas être utilisées comme fondement d’une réquisition de peine de mort, d’un verdict ou d’une sentence en ce sens ", a indiqué le ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine. Pour soutenir cette position, les autorités se fondent sur l’une des dispositions du traité d’entraide judiciaire en matière pénale entre la France et les États-Unis de décembre 1998. Dans son article 6, le texte prévoit que " l’État requis peut refuser l’entraide judiciaire ", mais qu’avant d’en arriver à cette extrémité, l’État sollicité peut consulter l’État demandeur et voir avec lui s’il peut imposer " les conditions qu’(il) juge nécessaire ".

Pour le moment, Paris n’a transmis aucun document et la question sera donc examinée " pièce par pièce ", a indiqué la ministre de la Justice, Marylise Lebranchu. Une prise de position qui ne convainc pas les associations qui se sont mobilisées pour le Français détenu aux États-Unis (Amnesty International, Ligue des droits de l’homme notamment), qui estiment que " les autorités françaises (...) ont manifestement décidé de prendre le risque de l’exécution de Moussaoui pour ne pas s’exposer aux critiques du gouvernement américain ".

L’accusé aura peu de chances d’échapper à la peine capitale en raison du contexte politique et émotionnel qui prévaut aux États-Unis, estiment plusieurs juristes américains. Ils observent toutefois que la tâche ne sera pas nécessairement facile pour l’accusation, en grande partie parce que le Français se trouvait en prison depuis près d’un mois avant les faits. Pour Paul Robinson, professeur de droit à la Northwestern University, " tout ce qu’on a, c’est un mauvais gars qui n’est pas un meurtrier mais quelqu’un que l’on suspecte d’avoir voulu l’être ". Mais un autre juriste, le Pr Viano, prédit : " L’accusation va mettre le paquet sur Moussaoui parce qu’ils veulent en faire le symbole de la colère, on pourrait même dire de la vengeance, des États-Unis (...). S’il est reconnu coupable, ses chances d’échapper à la peine de mort sont minimales. Je dirais même qu’elles sont nulles, tout simplement parce qu’il est le seul que les Américains détiennent qui soit ainsi lié au 11 septembre. "

Jean Chatain

 

Par Jean Chatain
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Mercredi 1 mai 2002

(...)

Au prétexte de lutte contre le terrorisme, les règles du droit international, sont foulées au pied, comme à Guantanamo où les prisonniers afghans ne sont pas considérés comme des prisonniers de guerre, bien qu'ils relèvent à l'évidence des conventions de Genève. Devant la pression américaine, la France laisse les États-Unis requérir la peine de mort contre le français Z. Moussaoui au mépris des conventions judiciaires d'entraide bilatérale. Des milliers d'étrangers se trouvant sur le sol américain le 11 septembre, ont été maintenus en détention et interrogés par la police pour simple infraction supposée aux règles sur l'immigration.

Extrait du mensuel de la Confédération Paysanne (Campagnes solidaires)


Par Campagnes solidaires
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Jeudi 13 juin 2002
Les autorités américaines étaient-elles en mesure d'éviter les attentats du 11 septembre 2001, aux Etats-Unis, qui ont causé la mort de 3 056 personnes, selon le dernier bilan officiel? La question hante un pays traumatisé par l'ampleur des attaques terroristes contre le World Trade Center et le Pentagone.

Déjà fortement fragilisées, trois agences américaines, FBI (Federal Bureau of Investigation), CIA (Central Intelligence Agency) et NSA (National Security Agency), sont désormais ouvertement sous le feu des critiques. La presse américaine a révélé certaines informations alarmantes dont elles disposaient durant l'été 2001 et qu'elles n'ont pas exploitées. Ce qui soulève de graves questions: pourquoi, par exemple, deux des futurs terroristes ont-ils pu vivre pendant deux ans sur le sol américain sans attirer l'attention, alors qu'ils avaient été repérés, dès janvier 2000? Les réponses se trouvent aussi à Paris.

L'échec le plus retentissant du renseignement américain reste en effet l'enquête menée par le FBI sur le Français d'origine marocaine Zacarias Moussaoui, arrêté plus de trois semaines avant les attentats. Du coup, les informations fournies par les autorités françaises à l'agence, à la fin du mois d'août 2001, prennent un relief capital. L'Express est en mesure de révéler le contenu des notes que la DST a adressées aux services américains, sans qu'elles soient suivies d'effet. Ces documents essentiels sont d'ailleurs à l'origine de la polémique qui s'amplifie aux Etats-Unis.

Lorsque Zacarias Moussaoui est arrêté, le 16 août 2001, l'agente spéciale Coleen Rowley, vingt et un ans de FBI derrière elle, est en poste à Minneapolis. Elle hérite du dossier. Elle ne sait pas grand-chose de ce suspect atypique, qui s'exprime avec un fort accent. Officiellement, il s'agit d'une simple affaire de «séjour irrégulier et de travail illégal». Le jeune homme est entré aux Etats-Unis par l'aéroport de Chicago, le 23 février 2001, avec un passeport français n°AE 27016. Le document de voyage porte un visa pour les Etats-Unis délivré, apparemment, par l'ambassade américaine au Pakistan. Il n'était donc autorisé à rester outre-Atlantique que quatre-vingt-dix jours, soit jusqu'au 22 mai.

Moussaoui est arrêté dans sa chambre d'hôtel et placé en détention pour avoir enfreint les lois sur l'immigration. En réalité, le comportement du jeune homme, qui suivait des cours dans une école de pilotage, a attiré l'attention de l'un de ses instructeurs de la Pan Am Flight School à Minneapolis. Le Français a payé en liquide les 8 300 dollars de sa scolarité et semblait très intéressé par un entraînement sur un long-courrier, un Bœing 747-400, sans avoir lui-même de notions de pilotage. Il posait des questions étranges, comme le fait de savoir si les portes pouvaient s'ouvrir en vol. L'agence locale du FBI est immédiatement avisée. L'agente Rowley pense déjà à «une menace terroriste». D'autant que le Yéménite arrêté avec Moussaoui, un certain Hussein, le décrit comme un extrémiste, prêt au jihad.

Coleen Rowley n'arrivera pas à convaincre ses supérieurs à Washington, du moins avant la date fatidique du 11 septembre. Dès la fin du mois d'août, elle possède, pourtant, un atout majeur: les fiches adressées par les services de renseignement français à la demande de Washington: deux notes, datées du 29 août (deux pages) et du 30 août 2001 (1 feuillet de complément). Voici leur histoire.

Un jeune homme très surveillé
Paris, fin du mois d'août 2001. Le legat (legal attache), c'est-à-dire le correspondant du FBI à l'ambassade des Etats-Unis, se rend au siège de la Direction de la surveillance du territoire (DST), situé rue Nélaton, à deux pas de la tour Eiffel. Depuis son arrivée en poste dans la capitale, trois ans auparavant, Enrique Ghimenti entretient des relations polies, à défaut d'être franchement cordiales, avec les hommes du contre-espionnage français. S'il se rend à la DST, c'est que, le 21 août, Washington a officiellement demandé à la France des précisions sur ce Moussaoui qui intrigue tant le bureau de Minneapolis, et notamment l'agente Rowley
Les contacts de Ghimenti jouent apparemment franc jeu. Ils reconnaissent que l'homme est effectivement connu. La DST possède bien un «dossier Moussaoui», dont les éléments sont d'abord transmis oralement à l'attaché du FBI. En 1993, il a quitté la France pour Londres (66 Christchurch Road, puis 23A Lambert Road). Son nom a été cité, à plusieurs reprises, dans une enquête sur le recrutement de jeunes islamistes, partis s'entraîner en Afghanistan. Elle a été confiée, depuis octobre 1995, au juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière. Une «fiche d'attention» a même été émise à partir du «fichier Schengen», du nom de l'espace de sécurité européen, afin de suivre les déplacements de Moussaoui. La DST a ainsi été avisée de chacun de ses trajets aériens, du moins ceux effectués sous sa véritable identité. Le parcours du jeune homme est, dès cette époque, qualifié de «sensible», selon la formule d'un membre du renseignement français.

Washington traîne les pieds
L'ensemble des informations françaises sont officiellement consignées dans deux notes des 29 et 30 août, remises à Ghimenti. Moussaoui est avant tout présenté comme un «afghan», c'est-à-dire un activiste convaincu, formé au jihad dans les camps. Il a ainsi, lit-on, séjourné en Afghanistan en 1999, où il a suivi une formation terroriste. Il a d'ailleurs été repéré à la maison des Algériens de Djalalabad, un «centre d'aiguillage» des stagiaires européens arrivant du Pakistan voisin. Moussaoui est également un prosélyte, doté d'un certain charisme, remarquent les Français. Il a notamment fréquenté la mosquée de Baker Street, à Londres, lieu emblématique du salafisme. Enfin, le jeune homme est présenté comme le recruteur de l'un de ses amis de lycée, le Franco-Béninois, converti à l'islam, Xavier Tchilao Djaffo, alias Shaheed Masood al-Benin, 29 ans. Un jihadiste patenté, lui aussi: il a, dans un premier temps, mis ses compétences en informatique au profit du commandant Khattab, animant, notamment, le site islamiste Qoqaz.net. Djaffo est mort au combat en compagnie de deux volontaires, algérien et bosniaque, alors qu'ils tentaient de forcer un barrage russe dans le sud de la Tchétchénie, en avril 2000.

La coopération entre le FBI et la DST fonctionne parfaitement. Au début du mois de septembre, les autorités américaines se disent prêtes à expulser Moussaoui vers Paris. Il pourrait être placé en garde à vue, dans le cadre d'une procédure pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, confiée aux juges Bruguière et Ricard.

Mais, aux Etats-Unis, le cheminement des informations françaises, ou plutôt leur interprétation, se révèle plus que chaotique. L'agente Rowley est confortée dans ses soupçons par les informations du legat de Paris. Elle prend donc contact avec ses supérieurs à Washington. Elle veut obtenir la transmission à la justice d'une demande de mandat, dans le cadre du Foreign Intelligence Surveillance Act, ce qui lui permettrait de fouiller la mémoire de l'ordinateur portable de Moussaoui. Mais pour cela, elle doit préalablement prouver que le Français est un terroriste infiltré. Coleen Rowley est pourtant persuadée que les informations fournies par la DST sont suffisamment alarmantes. Mais le bureau central de Washington traîne les pieds, faisant valoir qu'il peut s'agir d'une homonymie.

Selon Rowley, les policiers de Minneapolis téléphonent alors à leur correspondant parisien. Ghimenti prouvera, par une simple recherche sur l'annuaire téléphonique, que le nom de «Zacarias Moussaoui» n'est guère répandu. Mais, au quartier général de Washington, on juge trop «vagues» les informations de la DST, qui ne font pas expressément référence à Al-Qaeda. Le mandat est donc refusé au bureau de Minneapolis. Coleen Rowley n'obtiendra le droit d'examiner les affaires de Moussaoui qu'après le 11 septembre. Dans son ordinateur, on trouvera des informations sur l'épandage d'insecticides par avion, ce qui entraînera un temps l'interdiction de vol de tous les appareils concernés aux Etats-Unis. Le Français est aujourd'hui le seul inculpé pour les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis et risque la peine de mort.

«Ceux qui me connaissent, concède Coleen Rowley, me décriront probablement comme [...] pas aussi discrète que je devrais l'être.» Elle a, en tout cas, décidé de vider son sac. Elle décrit très précisément dans un rapport de 13 pages les difficultés, humaines et procédurales, qu'elle a rencontrées pour mener à bien ses investigations. Un rapport en forme de réquisitoire, adressé à son directeur, Robert Mueller. Pour être sûre d'être entendue, elle en a aussi remis un exemplaire à deux membres du Sénat. Ce brûlot a été publié in extenso dans le magazine Time du 3 juin, sous le titre The bombshell memo (La note explosive). L'agente Rowley a été auditionnée dès le 6 juin par la commission des affaires judiciaires du Sénat. Le Congrès a en effet entamé une série d'auditions, certaines à huis clos, d'autres publiques, pour déterminer les causes de ces échecs à répétition. Elles se tiennent dans une chambre insonorisée, aménagée au quatrième étage du Capitole. L'enquête se poursuivra jusqu'à la fin de l'année. Une longue et douloureuse introspection.
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L'«esclave d'Allah» risque la mort

Zacarias Moussaoui se définit comme un «esclave d'Allah». D'ailleurs, en prison, cet homme de 34 ans prie pour les moudjahidine emprisonnés et pour la «destruction des Etats-Unis d'Amérique». Il l'a réaffirmé, en anglais, le 22 avril dernier, devant le juge chargé de son dossier, Leonie Brinkema, dont il a demandé la récusation. Il a aussi renvoyé ses trois avocats américains, commis d'office. Il ne leur accorde aucune confiance, d'autant que l'un d'entre eux est «juif», dit-il. Pour l'heure, Moussaoui n'est pas autorisé à se défendre seul. Il doit au préalable «se soumettre à une évaluation de ses capacités mentales», ce qu'il refuse. Son procès doit s'ouvrir à la mi-octobre devant le tribunal fédéral d'Alexandria (Virginie), près de Washington. Il est accusé de complicité dans les attentats du 11 septembre: Moussaoui, incarcéré dès le 16 août 2001, n'a pas directement participé aux attaques. Néanmoins, sur les six chefs d'accusation retenus, quatre relèvent de la peine de mort.
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Les «filières afghanes»

Entre 1989 et 2001, les «filières afghanes» ont nourri le terrorisme islamique international. Des centaines de volontaires étrangers, arabes mais aussi français, comme Zacarias Moussaoui, ou britanniques, comme Richard Reid, le kamikaze aux chaussures piégées du Paris-Miami, sont venus se former militairement dans des camps d'entraînement. En France, les premiers départs de jeunes de banlieue ont été constatés dès le milieu des années 1990; cependant, l'implantation du régime taliban et l'installation de Ben Laden ont encouragé les «vocations». En fait, la DST a été officiellement saisie d'une commission rogatoire sur le «recrutement de combattants volontaires dans la zone pakistano-afghane» dès le 23 octobre 1995. A partir de cette date, les services de renseignement français ont mis en place un système de surveillance qui allait par la suite se révéler très efficace pour connaître les réseaux. Des fiches d'attention ont été émises sur certains individus, afin de repérer leurs déplacements sans pour autant les interpeller. C'est ainsi qu'en 1997 Zacarias Moussaoui fut, semble-t-il, repéré pour la première fois
Par Jean-Marie Pontaut et Eric Pelletier
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Ils soutiennent

Elle joue double jeu...

- Hubert Védrine et Marylise Lebranchu se sont longtemps cachés derrière un refus de l'aide consulaire de Z. Moussaoui pour ne pas agir (lors de la demande, il n'était alors question que de visa expiré).

- Comme le gouvernement précédent, le suivant a accepté l'entraide judiciaire avec les Etats-Unis au mépris total des principes de la France sur la peine de mort. Procureurs américains et agents du FBI ont ainsi pu venir enquêter en France pour recueillir des témoignages à charge contre Moussaoui.

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