Ne te trompe pas de combat» (Libération)

Publié le par Catherine Bernard

"Ne te trompe pas de combat». Sa mère se souvient du glissement de Zacarias vers l'islam.

«Ne t'inquiète pas, je n'ai rien fait et je le prouverai le temps venu, Inch' Allah.» Zacarias Moussaoui à sa mère

Mardi, en fin de journée, Aïcha croit «recevoir une décharge électrique» dans sa villa sur les hauteurs de Narbonne. Des journalistes américains viennent de lui apprendre que son fils Zacarias, interpellé le 17 août dans le Minnesota, est inculpé dans le cadre de l'enquête sur les attentats du 11 septembre. Elle relit alors une nouvelle fois la longue lettre que Zacarias lui a écrite du fond de sa cellule à New York : «Concernant l'histoire américaine, ne t'inquiète pas, je n'ai rien fait et je le prouverai le temps venu, Inch' Allah. Je n'ai pas accès aux informations, mais j'ai l'impression que je suis déjà condamné d'après ce que l'avocat qu'ils m'ont donné me dit.»

Pantalon pakistanais

Depuis ce jeudi 13 septembre où des policiers sont venus lui apprendre l'implication présumée de son fils dans les mouvements fondamentalistes, ses voyages en Afghanistan, au Pakistan, et son inscription sur les fiches de la DST dès 1999, Aïcha ne sait plus que croire. Une première fois, début 2000, les policiers viennent lui demander si elle sait où se trouve Zacarias, lui disent qu'ils cherchent à entrer en contact avec lui dans le cadre d'une enquête sur la mort d'un copain. Aïcha ne sait rien. La dernière fois qu'elle a vu son fils, c'était en 1997. Cet été-là, de passage à Narbonne avant de repartir à Londres où il vivait depuis 1992, Zacarias lui a demandé de lui coudre un pantalon pakistanais. Couturière, avant de devenir agent chez France Télécom, Aïcha lui avait taillé un sarouel et une longue chemise. Zacarias s'était présenté habillé ainsi à la mosquée de Narbonne. Là, il avait voulu expliquer aux jeunes ce qu'était l'islam.

Aïcha avait bien remarqué qu'il avait glissé vers la religion, mais avait surtout retenu que son fils, orienté vers un BEP à la fin de la troisième, avait décroché un master de commerce international de l'autre côté de la Manche. Il en était fier, et elle aussi. Car mariée à 14 ans, débarquée à Hendaye un an plus tard, mère de quatre enfants à 19 et divorcée à 24 d'un mari violent, Aïcha a éduqué ses enfants «à la française». Aïcha se souvient aussi que, cet été 1997, Zacarias lui avait demandé pardon à genoux pour «tout le mal qu'[il] lui [avait] fait». Elle avait fini par le relever, sans comprendre son insistance.

Lettre

Depuis le 11 septembre, elle s'est parfois dit qu'il lui avait peut-être demandé pardon pour le mal qu'il pourrait encore lui faire. Elle s'est alors souvenue d'un bref coup de fil reçu il y a plus d'un an. La communication était mauvaise, et Zacarias avait juste eu le temps de lui dire qu'il pensait à elle. Elle s'est souvenue de Xavier Djaffo, copain de «Zac» quand il préparait son BTS technico-commercial au lycée Louis-Arago, à Perpignan. Lui aussi est parti à Londres en 1993 pour apprendre l'anglais, s'est converti à l'islam en 1994 et est tombé sous les balles de l'armée russe en Tchétchénie en 2000.
Dans la lettre qu'elle a écrite à son fils le 12 novembre, Aïcha pense avoir tout dit de cette histoire: «Sache que tu es présent toutes les secondes dans mon cœur. Mon souhait le plus cher est de pouvoir te serrer contre moi.» Elle lui a aussi montré le chemin: «Je demande à Dieu que tu ne te trompes pas de combat. Le seul jihad qu'il nous demande sur terre est de nous battre contre le mal qui est en nous.».

Catherine Bernard

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