Affaire Moussaoui : « Mon fils est abandonné aux mains des Américains » (Le Parisien)

Publié le par I.G.

Aïcha Al-Wafi, la mère de Zacarias Moussaoui, estime que la France a voulu faire « un plaisir aux Américains » en acceptant de collaborer avec Washington.

AICHA AL-WAFI, la mère de Zacarias Moussaoui, incarcéré aux Etats-Unis dans l'enquête sur les attentats du 11 septembre, s'est élevée hier (28 novembre 2002) contre la décision française de collaborer avec Washington : « Mon fils est né en France, il a la nationalité française, et il est maintenant abandonné aux mains des Américains. »
Le garde des Sceaux, Dominique Perben, avait annoncé mercredi (27 novembre 2002) que la France avait accepté de transmettre aux Etats-Unis des informations sur Moussaoui, après avoir reçu de Washington un « engagement écrit » que ces données ne seraient pas utilisées pour le condamner à mort. « Il n'y a aucune assurance. Comment peut-on savoir si les USA vont utiliser ces informations ou pas ? » s'est interrogée la mère de Moussaoui. « Je suis d'accord pour que la France lutte contre le terrorisme. Mais là, c'est un plaisir qu'ils ont fait aux Américains », a-t-elle conclu.
L'avocat français de Moussaoui, Me François Roux, s'est déclaré, « révolté » après la décision de Paris de répondre favorablement aux demandes d'entraide américaines sur son client, incarcéré aux Etats-Unis. « La France vient de rétablir la peine de mort par procuration. Cela ne sera pas la guillotine mais la chaise électrique », a-t-il lancé, lors d'une conférence de presse à Montpellier (Hérault).
Me Roux doit déposer une requête auprès de la Cour européenne des droits de l'homme pour « empêcher le gouvernement français de transmettre des informations sur Moussaoui ». « Il faut la garantie que la peine de mort ne sera pas réclamée, ni appliquée si elle était prononcée », a-t-il indiqué. Il poursuit : « Le procureur américain va s'emparer des informations sur le passé de Zacarias Moussaoui pour expliquer aux jurés qu'il n'a pas de circonstances atténuantes. Si ces informations n'étaient pas importantes pour eux, les Etats-Unis ne les auraient pas demandées avec tant d'insistance. »

Berlin imite Perben

De son côté, l'Allemagne a également accepté de livrer des informations aux Etats-Unis sur Moussaoui, a confirmé hier la ministre allemande de la Justice, Brigitte Zypries. « Avec cette aide juridique dans le cas Moussaoui, l'Allemagne apporte une contribution supplémentaire dans la lutte contre le terrorisme », a-t-elle annoncé depuis Berlin. Elle ajoute : « Un réseau agissant mondialement ne peut être efficacement combattu que si les Etats de la coalition contre le terrorisme international se soutiennent mutuellement. »

Hier après-midi, la Ligue des droits de l'homme a dénoncé le « revirement » du ministre de la Justice. « En acceptant de collaborer avec les Etats-Unis, explique l'association, les autorités françaises et allemandes prennent le risque d'être complices d'une condamnation à mort prononcée contre un ressortissant de l'Union européenne. »

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