L'avocate de Zacarias Moussaoui en appelle au gouvernement (Reuters)

Publié le par Nicolas Fichot (Reuters)

TOULOUSE (Reuters) - L'avocate de Zacarias Moussaoui demande au gouvernement de tout faire pour que son client soit jugé en France et non aux Etats-Unis, où il risque la peine de mort après son inculpation dans l'enquête sur les attentats du 11 septembre.


Dans un entretien accordé par téléphone à Reuters, Me Isabelle Coutant-Peyre, qui défend également le Vénézuélien Carlos, affirme craindre en effet les "manipulations de la justice américaine".
Elle estime que l'engagement de Washington à juger le suspect devant une cour civile de l'Etat de Virginie n'est pas un gage de garantie pour son client, qui risque, pour quatre des six chefs d'inculpation qui le visent, la peine de mort.
"Comme ils le montrent chaque jour en Afghanistan en organisant des chasses à l'homme, les Américains semblent prêts à tout depuis le 11 septembre. L'organisation d'un jugement par une cour civile et non pas militaire n'est pas un gage de sûreté puisque c'est la peine de mort qui semble être au programme dans tous les cas", explique-t-elle.
L'avocate rappelle que Moussaoui est français et encourt donc, dans son pays, une peine maximale de 10 ans de réclusion.
"Il doit donc être jugé en France. Et il revient au gouvernement français, qui milite à travers le monde contre la peine de mort, de prouver que son militantisme est sincère en se battant à mes côtés", avance-t-elle.
Me Coutant-Peyre précise qu'elle compte écrire dans ce but au gouvernement.
"De toute façon, l'argument qui consiste à dire que mon client a refusé soi-disant l'assistance judiciaire consulaire de la France ne tient pas", ajoute-t-elle.

L'avocate conteste les charges

Elle précise que ce refus présumé "émane seulement d'un courrier parti d'on ne sait où, et destiné à la mère de mon client, après avoir transité par on ne sait quels moyens. Ce refus est donc irrecevable".
Sur les faits reprochés au Français d'origine marocaine, l'avocate juge les éléments avancés par la justice américaine proprement "hallucinants".
"Il paraît qu'il a pris des cours de pilotage mais en refusant d'apprendre à décoller. Et encore, cette thèse a été depuis démentie, je crois. Quoi qu'il en soit, prendre des cours de pilotage n'est quand même pas un délit punissable de la peine de mort", dit-elle.
Elle rejette également l'élément de preuve, selon lequel son client a reçu des fonds de Hambourg.
"Là encore, que je sache, il ne s'agit pas d'un délit passible de la peine de mort", insiste Isabelle Coutant-Peyre.
Elle précise avoir contacté des avocats aux Etats-Unis pour qu'ils la secondent dans ce dossier, en attendant qu'elle puisse s'y rendre elle-même car elle redoute l'attitude d'éventuels avocats commis d'office.
"Parallèlement à cette action sur le terrain, j'ai bien l'intention aussi, s'il le faut, de mettre en place un comité de soutien pour mon client", poursuit-elle. "Dans ce comité, seront les bienvenus ceux qui militent contre la peine de mort et les manipulations judiciaires".
Les autorités françaises ont estimé, mercredi, que Zacarias Moussaoui ne devait pas être exécuté.
La ministre de la Justice, Marylise Lebranchu, a assuré qu'il bénéficierait de la protection consulaire française.
"Bien évidemment, aucune personne bénéficiant de la protection consulaire française ne doit être exécutée", a-t-elle déclaré sur RMC-Info.  

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