Le Français Zacarias Moussaoui, déclaré «coupable» (RFI)

Publié le par Dominique Raizon

C’est avec détermination et avec une totale mesure de la peine encourue que, vendredi 22 avril, devant le tribunal d’Alexandria (près de Washington, en Virginie), le détenu français d’origine marocaine, a plaidé coupable des six chefs d’inculpation retenus contre lui, dont quatre sont passibles de la peine de mort. Le détenu a plaidé coupable, le tribunal l'a déclaré «coupable». Il n’y aura donc pas de procès: c’est à un jury qu’il reviendra de définir la peine de Zacarias Moussaoui, seul détenu poursuivi aux Etats-Unis pour les attentats du 11 septembre 2001, qui ont causé la mort de quelque 3 000 personnes.

Sûr de lui, encadré de trois gardes et vêtu de la combinaison vert foncé des prisonniers, Zacarias Moussaoui a plaidé coupable devant le tribunal pour l’ensemble des six chefs d’inculpation retenus: complicité visant à commettre des actes de terrorisme, des actes de piraterie aérienne, des actes de destruction d’aéronefs, l’utilisation d’armes de destruction massive, meurtres d’employés fédéraux et destruction de biens. Les quatre premiers chefs d’inculpation sont passibles de la peine de mort aux Etats-Unis, les deux autres, de longue peine de prison.  

Zacarias Moussaoui a démenti son implication dans les frappes contre le World Trade Center à New York et contre le Pentagone à Washington. En revanche il a reconnu avoir prêté allégeance à Oussama ben Laden, faire partie du réseau Al-Qaïda, et devoir participer à un autre attentat -qui n'a pas eu lieu- : «Je suis venu aux Etats-Unis pour participer à un complot visant à utiliser un avion comme arme de destruction massive. J’ai été formé sur un 747… pour attaquer la Maison Blanche. Ce complot était différent de celui du 11 septembre 2001».

Vendredi, Moussaoui a fourni pour la première fois des détails sur ce que devait être sa mission au sein du réseau terroriste. Selon les documents judiciaires, Oussama ben Laden, lui rappelant: «Souviens-toi de ton rêve» l’aurait personnellement choisi pour participer à cette opération qui visait à précipiter des avions de ligne détournés dans des bâtiments américains. Moussaoui aurait choisi de frapper la Maison Blanche, et Oussama ben Laden aurait approuvé le choix. L’objectif de la mission était de libérer le cheikh Omar Abdel-Rahmane, emprisonné aux Etats-Unis pour des activités terroristes antérieures à celles du 11 septembre 2001. L’acte d’accusation affirme qu’il a reçu la même formation de pilotage aérien (en Oklahoma et dans le Minnesota) et la même préparation que les 19 membres des autres commandos suicides.

«Je comprends, oui, j’ai compris»

Dans le passé, loin de se montrer aussi catégorique et ferme dans ses prises de position, Moussaoui s'étaitsouvent montré incohérent et imprévisible, changeant plusieurs fois d'avis sur ce qu'il voulait plaider devant le tribunal. Ce comportement avait suscité de multiples interrogations sur sa santé mentale, et alourdit la procédure de nombreux contretemps, malgré la détermination du gouvernement d'agir vite. Le mois dernier, la Cour suprême des Etats-Unis avait rejeté un pourvoi déposé par ses avocats qui estimaient que Moussaoui ne pourrait prétendre à un procès équitable sans la possibilité de rencontrer des «qaedistes» en captivité.

Vendredi 22 avril, «Le tribunal accepte que vous plaidiez coupable des six chefs d’inculpation. Le tribunal vous déclare coupable», a affirmé la juge après s’être assurée que l’inculpé comprenait bien les lectures, la portée des déclarations, toute l’étendue des conséquences. «Je comprends, oui, j’ai compris», a-t-il assuré chaque fois avec une pointe d’exaspération, le ton vigoureux et la voix assurée, témoignant d’une parfaite maîtrise de la langue anglaise y compris du jargon juridique. Il a ajouté : «J’ai lu dix fois les accusations et j’ai soupesé chaque paragraphe attentivement, je les trouve factuels».

«C’est un homme extrêmement intelligent. Et il comprend davantage les rouages du système judiciaire américain que certains des avocats qui ont défilé dans cette salle», a déclaré la juge. A la question : «Voulez-vous consulter votre avocat ? », il a répondu : «Non, je crois qu’on s’est assez parlé». La juge, Leonie Brinbkema, a souligné enfin que l’accusé agissait en total désaccord avec ses avocats commis d’office. Moussaoui a estimé, quant à lui, qu’il avait été «mal conseillé», et dénoncé leur «assistance inefficace». Désignant l’avocat principal, Franck Dunham, et parlant de lui-même à la troisième personne, il s’est indigné: «Cet avocat (Franck Dunham) est allé trouvé la presse pour leur dire que Moussaoui n’était (mentalement) pas apte pour plaider coupable. Il prétend me défendre, mais il se comporte comme un Judas».

«Nous voulons la peine de mort dans cette affaire.»

Peu après les conclusions de la juge chargée de l’affaire, Alberto Gonzales, le ministre américain de la Justice, a clairement exprimé sa position : «Nous voulons la peine de mort dans cette affaire. Le fait que Moussaoui a participé au complot terroriste (2001) ne fait plus l’ombre d’un doute». Mais, faute de procès, la justice doit désormais fixer une date pour la procédure de définition de la peine par un jury populaire après d’éventuels témoignages, et les plaidoiries de l’accusation et la défense.

N’attendant «aucune indulgence» des Américains, Moussaoui a insisté sur le fait qu’il ne se présentait pas pour autant comme un «candidat à la mort», et qu’il se battrait «bec et ongles» contre la peine capitale encourue, insistant: «Tout le monde sait que je ne suis pas un martyr du 11 septembre». Détaillant les arguments qu’il entendait présenter au jury devant décider de la peine à appliquer, la juge a tenté de l’interrompre. Parlant de lui à nouveau à la troisième personne Zacarias Moussaoui a ajouté: «C’est la dernière opportunité pour Moussaoui de s’exprimer. Vous allez me faire taire et organiser votre spectacle».

Les réactions sont partagées. Pour William Doyle, dont le fils a été tué à New York, «l’exécution de Moussaoui pourrait le transformer en martyr». Plusieurs familles des victimes ont exprimé une satisfaction teintée de frustration. Ainsi, heureuse d’éviter un long procès, la soeur du pilote qui était dans l’avion d’American Air Lines (qui s’est écrasé sur le Pentagone) a déclaré : «c’est un grand jour pour la justice»; «Pour moi, il est très important qu’il se soit déclaré coupable. Je pense que quelle que soit la peine qu’il aura, il la mérite». En revanche, Colleen Kelly, dont le frère a été tué à New York a indiqué: «J’aurais aimé un procès public pour tout mettre sur la table».

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