Moussaoui condamné à l’isolement total (Le Figaro)

Publié le par Guillemette Faure

Lors de sa dernière apparition au tribunal hier, Moussaoui a salué Ben Laden et promis à l’Amérique que ses « frères » d’al-Qaida reviendraient.
 
L’avocat de la mère de Zacarias Moussaoui, Me Patrick Baudouin, a demandé hier aux autorités françaises « d’intervenir » pour demander le rapatriement en France du condamné. L’idée paraît cependant farfelue à une source proche du dossier, qui rappelle que la peine incompressible n’existe pas en France et que, avant d’aborder la question, il faudrait que Moussaoui ait épuisé tous ses recours.
 
 
APRES AVOIR ENTENDU mercredi le verdict lui épargnant la peine de mort, Zacarias Moussaoui avait quitté la pièce en claquant des doigts : « Amérique, tu as perdu ! J’ai gagné ! » Hier, la juge Leonie Brinkema a mis les choses au point : « Les gens qui sont dans cette salle seront libres tout à l’heure d’aller où ils veulent, de respirer l’air frais et de goûter le soleil. » Lui partira pour une prison de haute sécurité, a-t-elle expliqué en prononçant la sentence de prison à perpétuité.
 
En quatre ans et demi de procédure, c’était la première fois que la juge Brinkema faisait preuve de dureté vis-à-vis de Moussaoui. Alors que le gouvernement réclamait sa tête, l’accusant d’avoir permis le déroulement du 11 septembre en mentant au FBI, la juge n’avait jamais caché trouver la théorie trop hypothétique pour justifier une peine capitale. Elle a tenté d’empêcher le gouvernement de réclamer la peine de mort quand il a refusé à la défense d’interroger des témoins d’al-Qaida et elle a accordé à Moussaoui une semaine de réflexion quand il avait voulu plaider coupable, s’enfermant ainsi dans l’alternative peine de mort ou perpétuité.
 
« Croupissez dans une cellule ! »
 
Le 21 avril, dans une audience à huis clos, Leonie Brinkema a encore fait part de ses doutes sur les responsabilités de l’accusé. « Je ne crois toujours pas que Moussaoui ait dit la vérité lorsqu’il affirme avoir su ce qui allait se passer, contre quels bâtiments et quand. » Le procureur David Novak l’avait alors coupée : « Sauf votre respect, votre honneur, c’est aux jurés de décider. »
 
C’est ce qu’ils ont fait. Malgré les fanfaronnades de Moussaoui, trois des douze membres du jury ont estimé qu’il n’avait qu’une « connaissance limitée du 11 septembre », un facteur qu’ils ont rajouté à la liste des circonstances atténuantes. Aucun des jurés, en revanche, ne s’est dit convaincu par les circonstances atténuantes sur lesquelles avait misé la défense, notamment la schizophrénie.
 
Faute d’avoir réussi à convaincre le jury de voter la peine capitale à l’unanimité, le procureur Robert Spencer s’est déclaré « reconnaissant que les familles aient pu raconter leur histoire ». Certains ont encore pu s’exprimer hier au prononcé de la peine. « Pendant tout ce procès, je vous ai regardé vous tirer les poils de barbe et faire des grimaces » à l’évocation de la souffrance des victimes, s’est indignée Rosemary Dillard, dont le mari a été tué dans les attaques : « Croupissez dans une cellule pour le restant de vos jours ! »
 
Autorisé à prendre la parole, Moussaoui s’est fait interrompre par la juge quand il a voulu haranguer les victimes sur les responsabilités politiques de l’Amérique. Il a quitté le tribunal pour la dernière fois en promettant sa libération par Bush avant la fin de son mandat. « Dans tes rêves... », lui a crié la femme d’une victime du 11 septembre.
 
 
 

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