Zacarias Moussaoui condamné à la prison à vie (Reuters)

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ALEXANDRIA, Virginie (Reuters) - Les 12 membres du jury ont rendu leur verdict mercredi et condamné Zacarias Moussaoui à la prison à vie.
"Amérique, tu as perdu!", a lancé Moussaoui en quittant la salle d'audience après l'énoncé de la sentence. Il a frappé dans ses mains et crié: "J'ai gagné!" Pendant la lecture du verdict, il était resté calme, assis en prières.

Sa condamnation sera formellement annoncée jeudi.
Le Français d'origine marocaine, seul accusé poursuivi pour les attentats du 11 septembre 2001, avait plaidé coupable de six chefs d'accusation de complot en liaison avec ces attentats.
Les procureurs fédéraux avaient demandé au jury de condamner Moussaoui à la peine de mort, mais les jurés, qui ont passé environ 41 heures à délibérer avant de rendre leur verdict, ont été divisés avant de parvenir à s'entendre.

Le jury appelé à se prononcer sur Zacarias Moussaoui, âgé de 37 ans, avait le choix entre la condamnation à mort et la réclusion à perpétuité. Ce mois-ci, les neuf hommes et trois femmes membres de ce jury avaient estimé que le comportement de Moussaoui le rendait passible de la peine de mort.
Moussaoui avait affirmé qu'il était censé piloter un cinquième avion qui aurait eu pour cible la Maison blanche, le 11 septembre 2001. Il avait dit au cours du procès n'éprouver aucun remords pour les attentats, ajoutant qu'il aurait souhaité voir mourir davantage d'Américains. Les attentats du 11-Septembre ont fait environ 3.000 morts.
Pour l'expert juridique David Rossman, de l'université de droit de Boston, l'accusation a pâti des preuves des erreurs commises par le FBI dans la gestion du dossier.
"Il est très facile de dire que le gouvernement a perdu en termes de relations publiques (...)", argue-t-il.

"C'était une erreur de la part du gouvernement de faire de Moussaoui le symbole du complot du 11 Septembre", estime pour sa part Daniel Benjamin, analyste du terrorisme et ancien membre de l'administration Clinton.

LE "MAL" VAINCU

George Bush a salué la sentence, estimant que le "mal" avait été vaincu.
"La fin de ce procès représente la fin de cette affaire, mais pas la fin de la lutte contre le terrorisme", a dit Bush. "Et nous pouvons avoir confiance. Notre cause est juste, et l'issue est certaine: la justice sera rendue. Le mal n'aura pas le dernier mot".
Rudolf Guiliani, l'ancien maire de New York qui était en poste au moment des attentats et a témoigné durant le procès, a déclaré la chaîne de télévision MSNBC qu'il aurait préféré voir Moussaoui condamné à mort. "Mais je suis assez impressionné par la manière dont notre système juridique fonctionne et parvient à déboucher sur un résultat comme celui-ci", a-t-il déclaré.
Jim Cohen, professeur à l'université de droit Fordham à New York, estime que le jury a recherché une solution juste. "Ce n'est pas par compassion pour Moussaoui. Ils pensaient que c'était la peine que la plupart des victimes voulaient et qui serait la pire pour lui", explique-t-il.
Le verdict a été lu simultanément par la juge Leonie Brinkema, dans la salle d'audience, et par le porte-parole du tribunal d'Alexandria, Edward Adams, à l'extérieur de la salle, devant les caméras de télévision.

"Aucun juré n'a estimé que l'exécution de Zacarias Moussaoui ferait de lui un martyr des intégristes musulmans et d'Al Qaïda en particulier", a dit Adams. "Trois jurés ont estimé que le rôle de Zacarias Moussaoui dans l'opération du 11-Septembre, si tant est qu'il y en ait eu un, était mineur", a-t-il ajouté.
Neuf jurés ont également été sensibles à l'enfance difficile de Moussaoui et aux problèmes familiaux qu'il avait connus, arguments qu'avaient développés les avocats de la défense.
Des membres des familles des victimes, dont certains se trouvaient dans la salle à la lecture du verdict, se sont déclarés satisfaits de la sentence.
"Il restera en prison pour le reste de sa vie, ce qui est exactement ce que mérite cet homme", a déclaré Carie Lemack, dont la mère a péri dans l'un des avions qui s'est écrasé contre le World Trade Center à New York.

Publié dans Dépêches

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