Le refus de la mort (Le Monde)

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Zacarias Moussaoui est-il coupable ? A-t-il été le complice des terroristes qui, le 11 septembre 2001, ont provoqué la mort de 3 000 personnes, en lançant des avions contre le World Trade Center à New York et contre le Pentagone à Washington ? Se préparait-il à être le pilote d'un autre avion qu'il aurait écrasé sur une grande ville des Etats-Unis pour tuer le plus possible de ces Américains et de ces juifs qu'il prétend haïr ? C'est à ces questions, parmi une centaine d'autres, que douze jurés - neuf hommes et trois femmes - du tribunal fédéral d'Alexandria (Virginie) doivent répondre. Plus la question décisive : Zacarias Moussaoui doit-il être condamné à mort ? Le jury donnera sa réponse - qui doit être unanime - dans les prochains jours.

Une majorité d'Américains pense que la peine capitale est compatible avec les droits de l'homme. Ce n'est pas la conception qu'on en a en France, où la peine de mort a été abolie en 1981, ni dans toute l'Europe, qui a inscrit l'abolition dans sa Charte des droits fondamentaux.

On eût aimé que les autorités françaises le rappellent bien haut à l'occasion de ce procès. Elles affirment l'avoir répété dans des rencontres avec des officiels américains, comme elles disent avoir apporté à Moussaoui, citoyen français d'origine marocaine, l'aide judiciaire nécessaire. Au moins dans la mesure où l'accusé, qui rêve de devenir un martyr du djihad, l'acceptait. Elles reconnaissent aussi avoir fourni des éléments à charge à condition, ajoutent-elles, que ceux-ci ne soient pas utilisés pour justifier la peine de mort.

"L'excellente coopération" entre Paris et Washington dans la lutte contre le terrorisme, sur laquelle on reste discret du côté français pendant qu'on s'en félicite bruyamment du côté américain, explique-t-elle le silence public des dirigeants français ? On les a connus plus prompts à proclamer les grands principes.

Certes Moussaoui a tout fait, au cours de son procès, pour se rendre odieux, contrairement à d'autres détenus américains menacés de mort qui ont su, dans le passé, mobiliser à leur profit l'hostilité européenne au châtiment suprême. Il a même joué le jeu des autorités américaines qui avaient besoin de ce procès du "seul responsable vivant" des attentats du 11 septembre 2001 comme exutoire d'un choc insurmontable. Un des avocats de la défense l'a parfaitement dit : "Cette affaire porte plus sur ce que nous sommes que sur ce qu'il est."
Tout à la fois mythomane, provocateur, pitoyable, Moussaoui est le type du coupable idéal. Il est peut-être indéfendable et aussi bien ne s'agit-il pas d'expliquer ses actes et son comportement par des considérations psychologiques ou autres. Il s'agit de réaffirmer un principe : le refus de donner officiellement la mort vaut pour tous les coupables quels que soient les crimes dont ils sont accusés. Il vaut pour Moussaoui.
 
Article paru dans l'édition du 28.04.06

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