Les avocats américains qui ont relevé le défi Zacarias Moussaoui (AFP)

Publié le par Michaëla Cancela-Kieffer

La disparate équipe d'avocats américains de Zacarias Moussaoui, premier accusé en lien avec les attentats du 11 septembre, a bataillé pendant quatre ans contre «le pouvoir et les ressources du gouvernement américain» et surtout contre son propre client.

Le premier, Gerald Zerkin, est sensible et frêle. À 57 ans, cet avocat de confession juive occupe un poste, très respecté, de «défenseur public», c'est-à-dire d'avocat payé par la justice fédérale pour défendre les indigents.

Le deuxième, Edward MacMahon, grand brun de 45 ans au regard bleu perçant, proche des républicains, gouailleur et flamboyant, est très efficace pour malmener les témoins de l'accusation.


Le troisième, Alan Yamamoto
, 60 ans, fils de Japonais internés dans des camps américains pendant la seconde guerre mondiale, toujours souriant, est le seul qui arrive encore à communiquer avec Moussaoui.

Aucun des trois principaux avocats de la défense ne regrettera, après le procès, ce client qui les insulte depuis 2002: «geisha Yamamoto», «fasciste d'extrême-droite» MacMahon, «juif zélote» Zerkin.

Face à l'impossibilité de communiquer avec Zacarias Moussaoui, qui s'est montré persuadé qu'ils cherchaient à le tuer, ils ne pouvaient démissionner en bloc: aux États-Unis, un tel acte relève de l'«offense à la cour», passible de poursuites.

Mais ces avocats payés dans ce cas par le ministère américain de la Justice ont mis toute leur énergie dans l'affaire, selon Me François Roux, l'avocat français qui les a assistés.

«Le contribuable américain peut avoir la certitude que les fonds utilisés l'ont bien été», témoigne-t-il.

«J'ai vu des gens travaillant jusqu'à l'épuisement», ajoute-t-il en se souvenant des journées de «quatorze heures» passées sur les routes de France et du Maroc, sur les traces de Moussaoui et de son enfance, en préparation du procès.

Pour lui épargner la peine de mort, l'équipe a choisi une défense de rupture... contre son propre client, au risque de manquer de tact et au point de déplaire à la mère du Français, Aïcha el-Wafi.

Moussaoui, un membre d'Al-Qaeda, a ainsi été dépeint par sa défense comme une «caricature de terroriste», un raté, un mythomane schizophrène qui ne mérite par de mourir en «martyr».

Où cette équipe a-t-elle puisé son inspiration, alors que le Français mettait en pièces son travail, plaidant coupable contre son avis ou prenant la parole pour insulter juge et jurés ?

L'avocat américain Frank Dunham, premier défenseur de Moussaoui, qui avait embauché ses confrères, dispose sans doute de la réponse. Le trio l'évoque avec émotion, car il est très malade.

Me MacMahon a ainsi raconté avec admiration comment «Frank» a un jour ouvert son journal et décidé scandalisé qu'il fallait assurer la défense de Yasser Hamdi, Américain d'origine saoudienne détenu sans charges à Guantanamo.

«Lorsque je le défends, je vous défends tous», avait expliqué ce défenseur des libertés publiques lors d'une conférence.

Le même esprit semble animer les avocats de Moussaoui.

«C'est l'intégrité du système judiciaire qui me motive», a dit à l'AFP Edward MacMahon, dont le cabinet tourne au ralenti depuis qu'il a pris l'affaire.

Alan Yamamoto a indiqué à un quotidien qu'il estimait que Moussaoui, comme tout Américain, méritait une bonne défense.

Me Zerkin «est un grand Monsieur», raconte Me Roux: «Il a accompagné des gens à la mort et il veut à tout prix éviter ça», y compris contre leur volonté. «Il dit:+j'en ai trop vu qui par provocation, par dépit, bravent le jury et après se battent en appel+. Il sait ce qu'ils ne savent pas».

«C'est l'affaire d'une vie», avait confié Me Zerkin à l'AFP. «Moi, je n'en veux plus d'une autre comme ça», avait conclu avec humour Me MacMahon.

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