Moussaoui : des victimes prônent la compassion (le Figaro)

Publié le par Guillemette Faure

Les avocats de la défense ont appelé à la barre des proches de victimes des attentats du 11 septembre 2001.

 
 
AU TRIBUNAL, c'est la seule qui ne porte pas de costume sombre. Robe bleue électrique à col de dentelles blanches, Alice Hoagland a l'air d'une petite fille de 50 ans. «Mon fils était un professionnel de la communication, il m'a appris à m'exprimer librement.» Il est mort le 11 septembre 2001 dans l'avion qui s'est écrasé dans un champ de Pennsylvanie.
 
C'est à ce titre qu'elle a décidé de prendre la parole à la barre des témoins parmi ceux qui défendent des circonstances atténuantes pour Zacarias Moussaoui. Elle n'est pas systématiquement opposée à la peine de mort, mais souhaite, dans le cas du Français accusé de complicité avec les auteurs des attaques du 11 Septembre, qu'il soit condamné à une peine de prison à perpétuité «pour faire preuve de plus de compassion qu'il ne nous en a montré.» C'était déjà, en ouverture du procès, l'argument de l'avocat de la défense Edward MacMahon : demander aux jurés un verdict qui soit significatif «de ce que nous sommes plus que de ce qui il est».
 
Les proches des victimes cités ne peuvent pas directement appeler les jurés à un verdict, mais la présence d'Alice Hoagland à la barre aura du poids. Son fils n'est pas une victime anonyme des attentats : Mark Bingham, 31 ans, faisait partie du quatuor parti à l'assaut du cockpit du vol 93. Les jurés ont entendu l'enregistrement de la dernière demi-heure du vol, leurs efforts et ceux des terroristes pour déstabiliser l'appareil et se débarrasser d'eux. D'autres proches ont déjà commencé à présenter à la barre un autre visage du deuil du 11 Septembre que celui qu'avaient montré les victimes citées par l'accusation. «On veut tous que quelque chose de positif sorte de ce qui est arrivé à Josh» tué dans les attentats, a expliqué sa mère, Marilynn Rosenthal.
 
«J'ai eu l'impression d'être face à une statue de cire»
 
Elle organise une conférence annuelle pour comprendre les origines des attaques. Sa famille fait aussi des petits gâteaux qui portent le surnom du disparu. «J'aurais dû vous en apporter» dit-elle aux jurés, provoquant un éclat de rire.
 
Lundi, Fabrice Guillin et Gilles Cohen, deux amis de Zacarias Moussaoui étaient venus de France raconter leurs souvenirs de jeunesse avec lui. «J'ai eu l'impression d'être au Musée Grévin, face à une statue de cire», a raconté Gilles Cohen, «glacé» en sortant de la salle du tribunal après avoir essayé en vain de croiser le regard de l'accusé. Fabrice Guillin s'est effondré en larmes après son témoignage. Une femme d'une cinquantaine d'années s'est approchée d'eux et les a pris dans ses bras. «Je trouve ça tellement courageux de leur part de ne pas laisser le passé se faire empoisonner par ce qui est arrivé depuis», a expliqué Phyllis Rodriguez, dont le fils Greg a été tué au World Trade Center. «Embrassez Aïcha de ma part, leur a-t-elle demandé à propos de la mère de Moussaoui. Mon fils à moi est mort ; je suis obligé d'aller de l'avant. Tandis qu'Aïcha est coincée.» Orlando Rodriguez, son mari, a aussi l'intention de témoigner dans le cadre des circonstances atténuantes pour la défense.
 
Guillemette Faure

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