Comme Moussaoui, par Michaël Prazan

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Cette semaine, les jurés de la cour fédérale d'Alexandria rendront leur verdict dans le procès du terroriste français lié au réseau Al-Qaida, Zacarias Moussaoui. Durant son procès, Zacarias Moussaoui, en dépit d'un ultime revirement, n'a cessé de réclamer vouloir mourir en martyr. Il n'a montré aucun signe de remords ou de compassion à l'égard des victimes, et a même appelé de ses voeux d'autres attentats de grande ampleur.

En dépit de l'absence de preuves convaincantes concernant sa participation aux attentats du 11-Septembre, l'attitude provocatrice de Zacarias Moussaoui jouera certainement en faveur d'une condamnation à mort.

Pourtant, un cas similaire dans l'histoire déjà ancienne du terrorisme international a trouvé une issue toute différente. Celui de Kozo Okamoto, une recrue âgée de 22 ans de l'Armée rouge japonaise qui participa, le 30 mai 1972, à un attentat à l'arme automatique dans le hall de l'aéroport de Lod-Tel Aviv. Après le massacre (26 morts et une centaine de blessés) revendiqué par le FPLP (Front populaire de libération de la Palestine), il était prévu que les trois Japonais de l'ARJ retournent leurs armes contre eux. Car seule leur mort sacrificielle, prévue dès la préparation de l'attentat par le commandement de l'ARJ - et avec le consentement des exécutants -, eût signifié l'accomplissement de leur mission.

Mais, à la différence de ses deux camarades qui périrent au cours de la fusillade, Kozo Okamoto, à court de munitions, survécut. Arrêté, interrogé des jours entiers par la police militaire israélienne, il monnaya ses aveux contre l'autorisation d'emprunter l'arme du général Rehavam Zeevi, l'officier chargé de son interrogatoire (lui-même exécuté par le FPLP le 16 octobre 2001), pour se donner la mort afin d'achever sa mission. Le marché passé entre Zeevi et Okamoto (l'arme n'était pas chargée) provoqua même un scandale en Israël.
Lors de son procès, le jeune terroriste japonais ne cessa de répéter qu'il désirait la peine capitale. Il ne prenait la parole que pour réclamer la mort, ou pour prévenir le monde que d'autres attentats de l'Armée rouge étaient en préparation et qu'il s'en réjouissait d'avance. Il n'y avait cependant aucune haine dans son discours parsemé de métaphores poétiques ou mystiques. Il déclara par exemple en plein tribunal : "Je crois que les personnes que nous avons abattues sont devenues des étoiles dans le ciel. La révolution continuera et il y aura beaucoup d'autres étoiles encore."
Si la peine de mort n'est pas appliquée en Israël pour les crimes de droit commun, elle existe cependant pour le terrorisme. Cette disposition légale date de l'occupation britannique qui, en son temps, l'avait promulguée pour faire face aux attentats des nationalistes juifs. En raison de cette loi, Kozo Okamoto pouvait bien espérer une condamnation à mort. Mais sa volonté ostensible et répétée de mourir, non pas pour laver son crime mais pour assumer jusqu'au bout sa mission, irrita tellement les juges israéliens qu'ils décidèrent de condamner Kozo Okamoto à perpétuité. Pourtant, contrairement à Zacarias Moussaoui, Kozo Okamoto avait bien participé au carnage dont il était accusé. Par la suite, Okamoto servit de monnaie d'échange lors de tractations avec l'OLP.

Il se révéla finalement plus utile vivant que mort. Les jurés américains du procès de Zacarias Moussaoui seraient bien inspirés de se souvenir du jugement de Kozo Okamoto avant de remettre leur verdict.

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