Moussaoui: les jurés délibèrent, la juge évoque un accusé très difficile (AFP)

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ALEXANDRIA (AFP) - Les jurés au procès de Zacarias Moussaoui ont entamé lundi leurs délibérations pour décider si le Français de 37 ans doit être condamné à mort, alors que la juge chargée de l'affaire a évoqué après leur départ, l'accusé "le plus difficile" de sa carrière.

"Il n'y a jamais eu un accusé aussi difficile que celui-ci", a dit Leonie Brinkema, après que les jurés aient quitté la salle d'audience du tribunal fédéral d'Alexandria (Virginie, est), peu après 18h30 GMT.

"Il n'appréciera probablement jamais les efforts que vous avez fait", a-t-elle aussi dit à la défense, qui défend le Français, accusé de complicité avec les auteurs des attentats du 11-Septembre, en dépit de ses insultes.

"En dépit de tous les commentaires de médias sur cette affaire, je pense que ce procès était équitable", a-t-elle ajouté. En quittant la salle, Moussaoui a pour sa part applaudi et affiché un grand sourire ironique. Pour le condamner à la peine de mort, les jurés doivent être unanimes. Si l'un seul d'entre eux refuse de voter pour, il sera condamné à la prison à vie. Les procureurs qui tentent d'obtenir sa condamnation à mort ont fait "un extrêmement bon boulot", a estimé Abraham Scott, dont la femme Janice est morte au Pentagone. Le verdict "va apporter un soulagement, cela va aider à faire le deuil, mais pas complètement", a-t-il ajouté. Auparavant, la juge a longuement expliqué aux jurés la démarche à suivre en droit. Ces neuf hommes et trois femmes devront décider si l'accusation a prouvé au moins une des trois circonstances aggravantes imposées par la loi fédérale pour qu'une personne soit condamnée à mort: que l'acte a mis en danger la vie de personnes autres que les victimes, qu'il a été prémédité, qu'il a été commis de manière particulièrement cruelle. L'accusation a présenté sept autres circonstances aggravantes "non statutaires". La défense a pour sa part listé 23 circonstances atténuantes, en particulier le rôle vague ou marginal de Moussaoui dans les attentats du 11-Septembre et l'absence des commanditaires des attentats et son éventuelle schizophrénie. Dans la matinée, défense et accusation avaient présenté leurs derniers arguments. "Il est temps de mettre fin à cette haine et à ce venin. Le temps est venu de condamner à mort Zacarias Moussaoui", a lancé David Raskin, qui avait joué jusque-là le rôle du "tendre" dans l'équipe des procureurs, aux jurés du tribunal fédéral d'Alexandria (Virginie, est). "Il n'y a pas de place sur cette bonne planète pour Zacarias Moussaoui", a-t-il encore asséné: "lui et Al-Qaïda ont assassiné 2.972 innocents". "Il a souligné que l'accusé n'éprouvait que "plaisir" face à la douleur des victimes. Le 3 avril, les douze jurés avaient estimé que le Français était passible de la peine de mort pour la complicité qu'il revendique avec les auteurs des attentats du 11 septembre 2001, trois semaines après son arrestation dans le nord des Etats-Unis. Le procureur a rejeté toutes les circonstances atténuantes avancées par la défense, notamment l'éventuelle schizophrénie de Moussaoui: "Le fait que nous ne pouvons simplement pas comprendre ce type d'esprit diabolique ne veut pas dire qu'il (l'accusé) est fou". L'avocat de la défense Gerald Zerkin a pourtant longuement évoqué cet argument, mais il s'exprimait avec hésitation et s'est plusieurs fois perdu dans ses notes. Il a tenté une dernière fois de convaincre les jurés qu'en condamnant Moussaoui à l'injection mortelle, ils lui donneraient exactement ce qu'il cherche. "Il est venu en Amérique pour mourir et vous êtes sa dernière chance...", a affirmé l'avocat, en rappelant aux jurés: "Vous pouvez le confiner à une existence misérable jusqu'à sa mort". Les deux parties ont tenté d'attendrir les jurés en faisant référence aux enfants. M. Zerkin a imploré les jurés de songer à l'héritage qu'ils laisseraient aux plus jeunes. "Comment un être humain peut-il se réjouir de la mort de cette petite fille qui se rendait à Disneyland", a dit pour sa part le procureur David Novak, en montrant la photo de Christine Hanson, la plus jeune victime des attentats, morte à l'âge de deux ans et demi. "Les Etats-Unis n'accepteront pas qu'une bande de brutes qui invoquent Dieu massacrent des milliers de personnes", a conclu David Novak, lors du "droit de réponse" final dont disposait l'accusation. Pour condamner Moussaoui à la peine de mort les jurés doivent être unanimes. Si l'un seul d'entre eux refuse de voter pour, il sera condamné à la prison à vie.

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