"Ce n’est pas le "bon" procès" (Nouvel Obs.com)

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Par François Roux, avocat de Zacarias Moussaoui

Zacarias Moussaoui a souvent qualifié d'ennemis ses avocats américains. Comment a-t-il reçu votre nomination d'office ? Quels contacts entretenez-vous avec lui ?

- Je suis intervenu dans cette affaire à la fin de 2001 à la demande d’Aïcha el Wafi, la maman de Zacarias Moussaoui.
Très vite, j’ai été intégré à l’équipe d’avocats américains commis d’office à sa défense, comme leur correspondant en France, avec ma collaboratrice Dorothée le Fraper du Hellen.
Mais n’étant pas avocat américain, je n’ai jamais été autorisé à rencontrer comme avocat Zacarias Moussaoui et vu les relations qu’il a avec ses avocats américains je ne sais pas s’il connaissait, avant de me voir à l’audience, mon rôle dans son affaire. C’est une situation très inconfortable de ne pas pouvoir m’entretenir avec lui, comme ce le sera de ne pas pouvoir prendre la parole à l’audience pour les mêmes raisons d’extranéité ; mais c’était convenu dès le début et je l’ai accepté puisque c’était la seule façon pour un avocat français de pouvoir participer à sa défense et essayer d’empêcher la peine de mort.

J’ajoute qu’étant donné l’absence totale de coopération de Zacarias Moussaoui, notre équipe n’aurait pu mener nombre de ses investigations en France et au Maroc sans l’aide constante et dévouée de sa maman, de son vieux répertoire téléphonique usé par les ans …et de sa valise en carton dans laquelle elle avait conservé tous les documents de l’enfance de ses quatre enfants ! Je veux dire toute ma reconnaissance et celle de l’équipe d’abord à elle, mais également aux différents témoins que nous avons rencontrés et interrogés pendant ces quatre années et qui nous ont, chacun et chacune à leur manière, apporté une aide fondamentale.

Est-ce que son système de défense, souvent à contre-courant des plaidoiries de ses avocats, vont le desservir ou au contraire appuyer l'expertise de schizophrénie à son égard ?

- Le système de défense adopté pas Zacarias Moussaoui depuis le début est –hélas pour lui- révélateur de son désordre mental (cf.
ses déclarations incohérentes, ses rêves fous, ses changements constants de stratégie, ses injures proférées à la Juge, aux avocats et même aux victimes) mais, en l’espèce, ce désordre peut le sauver si les jurés acceptent qu’il souffre bien de schizophrénie comme le disent nos experts et s’ils considèrent cela comme une circonstance atténuante de nature à lui éviter la peine de mort.

Quelle est votre analyse du climat ambiant aux Etats-Unis, autour du procès ? Est-ce qu'il est très relayé médiatiquement, créant l'attente d'un jugement exemplaire ? Est-ce que le maintien de la procédure, malgré la violation des droits de la défense, n'est pas le signe que l'issue du procès est jouée d'avance ?

- Ce procès est suivi aux Etats-Unis mais sans excès, comme si l’opinion publique savait bien que ce n’est pas le « bon » procès du 11 Septembre puisque il est connu que le Gouvernement américain détient depuis plusieurs années les grands responsables et ordonnateurs de ces attentats et qu’il refuse tant de les juger que de les amener au procès de Zacarias Moussaoui alors qu’ils le disculpent de tout rôle dans les attentats.
J’espère évidemment que les jurés ne seront pas dupes de la stratégie du Gouvernement qui a cherché à couvrir ses propres erreurs gravissimes en faisant de Zacarias Moussaoui le "bouc-émissaire" de la tragédie du 11 Septembre. Cette tragédie aurait mérité un tout autre procès ; il reste à faire.

Propos recueillis par Justine Charlet (lundi 24 avril 2006)

Publié dans Interviewes

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