L'affaire "Etats-Unis contre Moussaoui" bientôt entre les mains des jurés (Tageblatt)

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Moussaoui a parlé. L'accusation et la défense aussi, les uns pour convaincre les jurés de le condamner à mort pour l'atrocité de ses crimes. Les autres pour les implorer d'épargner ce »schizophrène». Lundi, l'affaire sera entre les mains des jurés.

»Reposez-vous», leur a dit jeudi marternellement Leonie Brinkema, la juge chargée de l'affaire au tribunal fédéral d'Alexandria (Virginie, est).
Zacarias Moussaoui, seul accusé devant la justice fédérale américaine en lien avec les attentats du 11-Septembre, risque la peine de mort ou la prison à vie, après avoir plaidé coupable de complicité avec les auteurs de ces attaques.
Les six semaines d'audience consacrées à cette affaire ont été une véritable montagne russe de surprises procédurales et d'émotions: violation des droits de la défense et exclusion de témoins importants pour l'accusation, images inédites des attentats avec des victimes désespérées se jetant des tours jumelles ou cris d'angoisse avant la mort, à bord du vol 93.
Les plus grandes surprises sont sans doutes venues de Moussaoui lui-même, membre d'Al-Qaïda qui est accusé d'avoir causé la mort en niant être un terroriste et avoir des complices, lors de son arrestation en août 2001.
Mais la défense de Zacarias Moussaoui avait un atout considérable: il était en prison le jour des attentats pour infraction à la législation sur le séjour.
Quant à savoir s'il préparait peut-être quelque chose, l'accusation n'a rien pu prouver même si Moussaoui prenait des cours de pilotage et avait reçu 14.000 dollars d'Al-Qaïda.
Mais Zacarias Moussaoui, 37 ans, a décidé le 27 mars de s'incriminer, en affirmant qu'il devait projeter un avion contre la Maison Blanche le 11-Septembre, alors qu'il avait toujours nié devoir participer à ces attaques.
Le 13 avril, il a calmement exprimé son "dégoût" pour les victimes et son souhait de nouveaux attentats argumentant ses propos de réflexions antisémites et criant sa haine pour l'Amérique.
Malgré cette violence, des proches des victimes ont témoigné pour la défense, tentant de convaincre les jurés de ne pas ajouter une autre mort aux morts, et d'entrer dans un cycle de »vengeance».
Lundi, les procureurs présenteront leurs réquisitions finales, puis la défense plaidera. L'accusation a le droit de prendre une dernière fois la parole, après les plaidoiries.
La juge livrera ensuite ses instructions aux jurés qui portent sur la démarche à suivre en droit et qui ont été rédigées avec l'accord des deux parties où chaque mot a été pesé.
Une audience s'est tenue à huis-clos sur ce sujet vendredi.
Pour condamner à mort Zacarias Moussaoui, les jurés doivent estimer que le ministère public a prouvé au moins une de ces trois "circonstances aggravantes": que le Français a entraîné un risque grave de mort d'au moins une personne (en dehors des victimes), que son crime a été commis de manière particulièrement »cruelle ou dépravée», au point d'entraîner "la torture" des victimes ou que son acte a été prémédité.
Pendant leurs délibérations, les jurés devront aussi examiner des circonstances atténuantes: une maladie mentale de Moussaoui, son enfance difficile, son rôle marginal.
"Le seul verdict qui rende justice aux victimes, aux familles, à la Nation, le seul verdict, la seule punition à la mesure de ce crime est la peine de mort", avait martelé le procureur Robert Spencer il y a deux semaines.

"Nous allons vous demander ce qu'il (Moussaoui) croit impossible parce que vous êtes Américains et que nous croyons possible pour la même raison: une peine de prison à vie", avait plaidé Me Gerald Zerkin.
Les jurés de ce premier procès du 11-Septembre aux Etats-Unis n'ont pas de limite dans le temps pour délibérer.

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