11-Septembre: l'"étrange" procès de Zacarias Moussaoui touche à sa fin (AFP)

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ALEXANDRIA (AFP) - Le procès de Zacarias Moussaoui touche à sa fin, alors que les parties ont terminé la présentation de leurs argumentaires, ouvrant la voie aux réquisitions et plaidoiries finales lundi, puis aux délibérations du jury pour décider s'il doit être condamné à mort.
"Etrange": c'est l'adjectif utilisé par une proche de victime des attentats, Marilynn Rosenthal, pour qualifier ce procès dont les débats ont commencé le 6 mars au tribunal fédéral d'Alexandria (Virginie, est).
Dans la presse aussi, le mot "bizarre" a été employé: le Français de 37 ans, membre d'Al-Qaïda qui comparaît pour complicité avec les auteurs des attentats du 11-Septembre a en effet semblé tout faire pour être condamné à l'injection mortelle, allant jusqu'a se proposer comme "témoin à charge" de l'accusation.

Pour le défendre, ses avocats ont d'abord tenté de mettre le FBI (police fédérale) sur le banc des accusés: selon eux, même si Moussaoui, arrêté en août 2001, n'avait pas "menti" pour permettre à ses complices de mener à bien les attaques, comme l'a affirmé l'accusation, la police n'aurait rien évité.

L'ancien chef de la section chargée du terrorisme international Michael Rolince, a ainsi fait piètre impression en avouant son ignorance d'un rapport de l'agent qui avait arrêté Moussaoui l'alertant sur ce présumé "terroriste" disposé à "détourner un avion".

Mais le 27 mars Moussaoui a mis en pièces sa défense en affirmant qu'il aurait dû participer aux attentats en attaquant la Maison Blanche avec son ami Richard Reid, l'homme qui a tenté de faire sauter un vol Paris-Miami à l'aide de chaussures piégées en décembre 2001.

Les jurés ont estimé, lors d'un premier verdict le 3 avril, qu'il était "passible de la peine de mort". Le 13, Moussaoui a encore clamé sa joie face à la "souffrance", alors que l'accusation venait d'exposer le calvaire des quelque 3.000 victimes des attentats et de leurs proches, justifiant selon les procureurs, sa mort. "J'ai vu deux personnes (se jeter d'une tour) en se tenant par la main. De tous les souvenirs que j'ai (...) c'est celui-là qui revient, chaque jour", a notamment raconté devant les jurés l'ancien maire de New York Rudolph Giuliani. Les avocats ont ensuite exposé les circonstances atténuantes qui doivent selon eux épargner la peine de mort à Moussaoui, dont son éventuelle schizophrénie. Ce "paranoïaque" n'a-t-il pas affirmé que ses avocats voulaient le tuer ? Ou encore que George W. Bush va le libérer, "délire de grandeur", qui s'inscrit dans sa maladie ? Dans un ultime effort pour l'humaniser, la défense a fait témoigner d'anciens amis, Fabrice Guillin et Gilles Cohen, venus de France pour rendre hommage au Moussaoui d'avant, "plein de vie", d'humour.

Des proches de victimes ont aussi témoigné pour la défense, incitant les jurés à ne pas céder à la "haine" pour les venger.

Les avocats ont terminé jeudi leur démonstration avec la présentation de documents résumant des informations classifiées. Le premier atteste que "rien n'indique" que Richard Reid "devait participer à une opération en coordination avec Moussaoui", discréditant au moins en partie l'affirmation du Français selon laquelle il devait mener une attaque contre la Maison Blanche. Puis Me Gerald Zerkin a lu la liste des huit terroristes présumés, dont six ont été capturés par les Etats-Unis, qui ne comparaissent pas au procès, malgré leur implication parfois très directe dans les attentats, s'efforçant ainsi de démontrer le rôle mal défini et marginal de Moussaoui. Lundi les parties présenteront leurs réquisitions et plaidoiries finales.
Ensuite les jurés se retireront pour décider si le Français doit être condamné à la prison à vie ou à la peine de mort.

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