Des familles de victimes du 11 septembre se prononcent contre l'exécution de Moussaoui (Le Monde)

Publié le par Eric Leser

Après avoir ferraillé plus de deux jours avec l'accusation sur la santé mentale de Zacarias Moussaoui, la défense est revenue, mercredi 19 avril, sur le 11 septembre 2001. Devant les jurés de la cour fédérale d'Alexandria, en Virginie, qui décideront de la vie ou de la mort de l'accusé, les avocats ont fait à nouveau témoigner des proches de victimes des attaques contre New York et Washington.

Mais cette fois, au lieu, comme les procureurs, de mettre en scène les peines et les souffrances, il s'agissait, par contraste, de souligner l'absence de haine, la volonté de ne pas céder au désir de vengeance de familles opposées à la peine de mort. L'exercice est délicat, car les témoins n'ont pas le droit de donner leur opinion sur la sentence. Il fallait faire passer auprès du jury un message presque subliminal.

Robin Theurkauf y est parvenue avec un mélange de sincérité, de spontanéité et d'émotion retenue. Mère de trois enfants, son mari Tom, analyste financier, a été tué dans l'effondrement de la tour sud du World Trade Center (WTC), à New York. Elle a reconnu "avoir traversé des années difficiles" et "toujours su que l'espèce humaine est capable du pire". "Mais nous sommes tous des enfants de Dieu, aimés par Dieu." A la sortie du tribunal, redevenue libre de ses propos, elle s'est déclarée "catégoriquement opposée à la peine de mort".
Alternant humour et gravité, Orlando Rodriguez, professeur de criminologie, a évoqué devant le jury son fils Greg, mort lui aussi à New York. "Je veux me souvenir de lui comme d'une personne capable d'établir facilement un contact avec tout le monde. Il considérait les gens avant tout comme des êtres humains, indépendamment de leurs origines, leurs croyances et leurs pensées."
"CHERCHER DES EXPLICATIONS"
Un pasteur, Donald Bane, a, chose rare, fait rire le tribunal en parlant des plus jeunes années de son fils Michael Andrew qui "était dans l'école, mais pas à l'école". Après une fugue, des petits boulots, Michael Andrew reprendra des études, passera des diplômes universitaires et finira vice-président du courtier en assurances Marsh McLennan, qui avait des bureaux au WTC. "Je ne voulais pas m'enfermer dans les sentiments de peine, de rage, de colère, et les nourrir. Vous ne pouvez pas nier ressentir cela, mais vous pouvez le surmonter. Vous avez le choix. En commençant par chercher des explications." M. Bane appartient aujourd'hui à un programme de dialogue entre chrétiens et musulmans. "Il ne s'agit pas seulement de parler de religion, mais de ce que nous avons en commun comme êtres humains."

Marilynn Rosenthal, sociologue médicale dont le fils Josh a péri dans le WTC, a aussi voulu comprendre. "Nous avons tous eu ce sentiment dans ma famille qu'il nous fallait dépasser cette immense peine. Nous avons voulu comprendre qui étaient les pirates de l'air, ce qu'est Al-Qaida et quelle doit être la réponse politique au terrorisme." Hors du tribunal, elle a ajouté : "Moussaoui n'est pas le bon coupable. Il y a des personnes aux mains du gouvernement américain qui sont les vrais organisateurs du 11-Septembre." Mme Rosenthal a entrepris d'écrire un livre mêlant les destins de son fils et du terroriste qui a précipité l'avion sur la tour où il se trouvait.
Anthony Aversano a perdu son père à New York le 11 septembre 2001. "J'ai décidé de ne pas donner une autre victoire à la terreur en cédant à la peur et à la haine."
Le procès ayant pris du retard, le jury ne commencera pas à délibérer avant lundi 24 avril.
Eric Leser

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