Au procès de Moussaoui, l'examen du "magnifique cerveau d'un terroriste" (AFP)

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ALEXANDRIA (AFP) - Les jurés au procès de Zacarias Moussaoui ont continué mardi à examiner le "magnifique cerveau d'un terroriste", selon l'expression du Français, dont les avocats s'efforcent de démontrer la schizophrénie afin de lui éviter la peine de mort.

"A beautiful terrorist mind!" (un magnifique cerveau de terroriste), a lancé Zacarias Moussaoui lors d'une suspension d'audience au tribunal fédéral d'Alexandria (Virginie, est), après le départ de la juge et des jurés.

Le psychologue américain d'origine cubaine Xavier Amador, appelé par la défense, venait de passer plus d'une heure à démontrer que Moussaoui est atteint de schizophrénie, comme ses deux soeurs aînées. Cette schizophrénie, si elle était confirmée, pourrait permettre à l'accusé de bénéficier de "circonstances atténuantes" et lui épargner une condamnation à mort.

Le Français de 37 ans, qui risque la peine de mort ou la prison à vie pour complicité avec les auteurs des attentats du 11-Septembre, a repris à son compte, en le déformant, le titre d'un film américain "A beautiful mind" (Un homme d'exception). L'un de ses avocats, Gerald Zerkin, y avait fait référence le 6 avril, expliquant aux jurés que comme John Nash, le mathématicien prix Nobel d'économie dont le film raconte la vie, on pouvait être doté d'une intelligence supérieure, avoir l'air normal, et être atteint de schizophrénie. Thèse reprise mardi par Xavier Amador: parfois, Moussaoui "est complètement normal, comme en ces moments", a-t-il noté en le regardant, alors que l'accusé, toujours en combinaison verte, écoutait sans s'énerver le spécialiste le décrire comme un "paranoïaque" et un "mégalomaniaque". Moussaoui a toujours nié être atteint de la moindre maladie mentale et refuse de s'entretenir avec les médecins qui lui sont adressés par ses avocats commis d'office. Il a en revanche accepté de rencontrer un psychiatre travaillant pour l'accusation. Bien qu'il ait pris la parole à deux reprises au cours de son procès, le 27 mars et le 13 avril, de manière froide et posée, tout indique qu'il est malgré tout malade, selon Xavier Amador. Ainsi, la négation de la maladie est l'un des symptômes classiques, a-t-il expliqué, de même que le fait que Moussaoui soit persuadé que ses avocats cherchent à le tuer. En 2002, a-t-il expliqué, Moussaoui n'acceptait les documents provenant de ses avocats que s'ils avaient transité d'abord par le bureau du ministère public, autre exemple de son mental tortueux. Moussaoui avait à l'époque tenté d'assurer seul sa défense, alors que même le "manuel du terroriste d'Al-Qaïda" conseillait à ses membres d'accepter des avocats commis d'office. Le psychologue a aussi affirmé avoir assisté à une scène pendant laquelle Moussaoui a eu un comportement "psychotique". Il se trouvait alors dans une cellule du tribunal, où il avait été amené pour une audience. Moussaoui parlait dans sa barbe, murmurant notamment "j'ai le droit de me protéger". Lorsque le psychologue a tenté d'instaurer un dialogue avec lui, il a craché de l'eau sur lui, à de nombreuses reprises, avant d'affirmer que les gardes avaient cherché à le tuer. Lors du contre-interrogatoire, un des procureurs, David Novak a tenté de déstabiliser M. Amador en mettant en avant son manque d'honnêteté vis-à-vis des règles du tribunal interdisant aux experts des parties de s'exprimer publiquement. Or, a démontré M. Novak, le psychologue s'est exprimé à quatre reprises dans les médias. L'accusation pourrait se servir de cette démonstration pour porter atteinte à la crédibilité de ce témoin clef de la défense. L'audience devait se poursuivre toute la journée. Les délibérations des jurés devraient commencer dès cette semaine.

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