Moussaoui a propulsé son procès vers de nouveaux sommets d'horreur (AFP)

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ALEXANDRIA (AFP) - Le procès de Zacarias Moussaoui a atteint de nouveaux sommets cette semaine alors que le Français, passible de la peine de mort en lien avec les attentats du 11-Septembre, a répondu aux larmes des victimes par du dégoût et de la haine.

"Cela me fait plaisir de voir que leurs familles souffrent et j'espère qu'il y aura plus de souffrance", a dit très calmement jeudi Zacarias Moussaoui, installé dans le box réservé aux témoins de la chambre 700 du tribunal fédéral d'Alexandria (Virginie, est).

La veille encore et pendant quatre journées d'audience, des proches de victimes et rescapés étaient venus s'installer dans ce même box pour évoquer les attentats qui ont fait près de 3.000 morts de quinze nationalités.

Mardi, le lieutenant Nancy McKeown, météorologiste à la Marine, a fait preuve, dans un premier temps, d'un sang-froid tout militaire. Bardée de médailles et sans jamais quitter ses gants blancs, cette femme frêle a ensuite sangloté en parlant de ses "gars", les deux jeunes militaires qu'elle supervisait ce matin-là. Le lieutenant les a cherchés dans l'obscurité d'un bureau du Pentagone, frappé par l'un des avions du 11-Septembre. Elle a survécu. Pas eux. "C'était dégoûtant de la part d'une militaire de prétendre qu'ils n'auraient pas dû être tués dans un acte de guerre", a commenté Moussaoui, après avoir longuement disserté sur la guerre "contre les juifs et les croisés" d'Al-Qaïda, à laquelle il a dit avoir adhéré sans hésiter.

Les procureurs avaient fait revivre les attentats du 11-Septembre au tribunal, en lui montrant notamment des vidéos de gens se jetant dans le vide des tours jumelles de New York, pour échapper aux flammes. Moussaoui n'a exprimé que fierté face au drame. "J'aurais juste souhaité que cela se produise aussi le 12, le 13, le 14, le 15, le 16, le 17 (septembre)... et je peux continuer", a commenté le Français. Paradoxalement,

Moussaoui a déclaré qu'il ne cherchait pas à être condamné à mort. "Vous n'aurez jamais mon sang car je serai libre", a-t-il dit, en assurant que le président George W. Bush ordonnerait sa libération. Le public assistant régulièrement au procès a quitté la salle, entre incrédulité et horreur, sans comprendre où l'accusé, qui risque la peine de mort ou la prison à vie, veut en venir. Des spécialistes estiment que le Français aspire à la mort, en dépit de ses déclarations. "Il veut l'immortalité", a déclaré Harold Bursztajn, psychiatre et expert auprès des tribunaux. Moussaoui est un "narcissique destructeur", car il semble ne se "sentir bien qu'en traitant les gens qui ne partagent pas son idéologie avec mépris", estime-t-il. Son narcissisme l'amène peut-être à considérer qu'il peut "manipuler" les jurés en leur faisant croire qu'il ne veut pas être un martyr... pour obtenir justement qu'ils le condamnent à l'injection mortelle. Son avis est partagé par Jeffrey Frederick, spécialiste en psychologie des jurés: "Il ne faut pas oublier qu'au départ, il souhaitait participer à un attentat suicide", note-t-il avant d'estimer qu'après son témoignage "la probabilité qu'il ne soit pas condamné à mort est très faible". En dépit des insultes de Moussaoui, qui a été jusqu'à souhaiter l'"extermination" des juifs en regardant son avocat Gerald Zerkin, lui-même juif, la défense n'a pas jeté l'éponge. Elle évoquera la semaine prochaine des "circonstances atténuantes", dont une probable schizophrénie de Moussaoui, pour lui épargner l'injection mortelle. "Nous défendons ce garçon contre lui-même", a résumé Me François Roux, l'avocat français qui a assisté ses défenseurs américains. Les délibérations des jurés en vue d'un verdict commenceront dès la semaine prochaine, a indiqué la juge chargée de l'affaire.

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