Zacarias Moussaoui témoigne pour sa défense (AP)

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ALEXANDRIA, Virginie (AP) -- Zacarias Moussaoui a pris la parole à son procès jeudi, après une semaine de témoignages à charge souvent éprouvants et contre l'avis de ses avocats qui tentent de lui éviter la peine capitale. L'unique inculpé aux Etats-Unis pour le 11-Septembre assure qu'il ne cherche pas à torpiller sa défense.

Celle-ci devrait s'appliquer dans les prochains jours à démontrer que le Français d'origine marocaine n'a joué qu'un rôle limité dans les attentats de 2001, qu'il s'agit d'un malade mental et que l'exécuter reviendrait à réaliser son rêve de martyre.

Mais l'attitude et les invectives de l'accusé ne facilitent pas leur tâche. Il s'est encore écrié jeudi "Victoire pour Moussaoui! Dieu vous maudisse tous!", et s'est moqué des larmes d'une femme de la Marine quand elle avait décrit la mort de deux de ses subordonnés. "C'est dégoûtant pour un militaire. C'est une militaire, elle devrait s'attendre à ce que les gens avec qui elle est en guerre veuillent la tuer", a-t-il raillé.

Qu'éprouve-t-il au sujet du 11-Septembre? "Ni regret, ni remords." Voudrait-il que cela se reproduise? "Tous les jours jusqu'à ce que nous vous ayons eus." Pourquoi haïr les Américains? Pour leur soutien à Israël, et parce que l'islam doit dominer. "Nous devons être la superpuissance. Vous devez être soumis. Nous devons être au-dessus de vous. Parce que vous, les Américains, vous êtes la superpuissance, vous voulez nous éradiquer", s'est-il justifié en feuilletant un Coran pour y trouver des versets à l'appui de ses propos.

A Me Gerald Zerkin qui lui demandait s'il pensait servir sa cause en affirmant, lorsqu'il a témoigné la première fois contre l'avis également de ses conseils, qu'il aurait participé au 11-Septembre en précipitant un avion contre la Maison Blanche, Moussaoui a répondu que "d'un point de vue islamique, oui".

Il a reconnu que des non-musulmans pourraient ne pas comprendre mais a expliqué que, ayant réfléchi aux conséquences de son témoignage sur son rôle dans les attentats, il avait "décidé de placer (sa) confiance en Dieu, de dire la vérité, et d'attendre de voir". Il a toutefois admis avoir menti depuis son arrestation lorsque cela l'arrangeait. Mais, a-t-il ajouté, "ces quatre dernière années, j'ai lutté" contre la peine de mort.

Et d'accuser ses avocats de ne pas poursuivre le même objectif. "Vous avez servi votre intérêt personnel en gardant ce dossier entre vos mains, au détriment de mon intérêt à sauver ma vie!", leur a-t-il lancé, critiquant leur "non-assistance criminelle".

Zacarias Moussaoui leur a aussi reproché de n'avoir pas demandé le transfert du procès, alors que le jury risque d'être plus enclin à infliger la peine de mort en raison de la proximité du Pentagone, attaqué en même temps que le World Trade Center de New York. Le département de la Défense se trouve en effet à Arlington, à quelques kilomètres du tribunal d'Alexandria, en Virginie.
Cette requête avait été l'une des premières qu'avait présentée le Français lorsqu'il avait obtenu le droit d'assurer sa propre défense en 2002 avant de se voir imposer des avocats pour le conseiller. Il a estimé qu'un avocat musulman aurait proposé de l'échanger contre des militaires américains prisonniers et s'est dit convaincu que le président américain George Bush le remettrait en liberté avant la fin de sa peine pour qu'il rentre à Londres.
Avant que leur client n'intervienne, les avocats avaient entamé leur plaidoirie en cherchant à convaincre les 12 jurés d'envoyer Moussaoui finir sa vie dans une prison fédérale de haute sécurité d'où il ne pourrait jamais sortir.
Ils ont fait témoigner un expert des questions carcérales qui a confirmé que l'accusé serait "dans une enveloppe de sécurité aussi longtemps qu'il vivrait". James Aiken a néanmoins admis lors du contre-interrogatoire que Moussaoui était un détenu difficile: "il ne sera pas le prisonnier de l'année." AP

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