Larmes, douleurs et émotion au procès de Zacarias Moussaoui (Le Monde)

Publié le par Eric Leser

Comment expliquez-vous à un petit garçon de 4 ans que sa mère ne reviendra jamais à la maison ?" La question a été posée, lundi 10 avril, les larmes aux yeux, par John Creamer, 35 ans, devant la Cour fédérale d'Alexandria, en Virginie, qui doit déterminer si Zacarias Moussaoui sera ou non condamné à mort.

Proviseur d'un lycée dans le Massachusetts, M. Creamer a expliqué que, le 11 septembre 2001, pour la première fois depuis longtemps, sa femme Tara avait quitté Colin, 4 ans et Nora, 1 an, pour aller travailler en Californie. Elle se trouvait dans l'avion qui s'est écrasé sur la tour nord du World Trade Center.

Lundi 10 avril, une quinzaine de proches des victimes du 11-Septembre et des rescapés ont raconté à la barre leurs vies, leurs joies, leurs souffrances, étouffant avec peine des sanglots à la vue de photographies banales de mariages, de naissances, de sorties familiales. Dans la salle, les familles des personnes assassinées mais aussi les jurés, les procureurs, les avocats de la défense ont eu du mal à contenir leur émotion. Seul Zacarias Moussaoui est resté presque indifférent.
C. Lee Hanson, un vieux monsieur digne de 73 ans, est venu expliquer que son fils Peter, sa belle-fille d'origine coréenne Sue Kim et sa petite fille Christine, 2 ans et demi, se trouvaient à bord du vol 175 d'United Airlines qui s'est abattu sur les tours jumelles. Au petit matin, ce jour-là, il a reçu un appel de Peter, depuis son téléphone portable, lui demandant de prévenir d'urgence la compagnie que "l'avion (avait) été détourné et (que) quelqu'un (avait) reçu des coups de couteau". Peter l'a rappelé quelques minutes plus tard : "Je crois qu'ils vont faire s'écraser l'appareil sur un bâtiment. Ne t'inquiète pas, papa, si cela arrive, ce sera rapide. Oh, mon Dieu ! Oh, mon Dieu !". Ce furent ses dernières paroles.
Harry Waizer, 55 ans, se trouvait, lui, dans l'ascenseur de la tour nord du World Trade Center à 8 h 46, au moment où elle a été percutée. Il se rendait dans les locaux de sa société, Kantor Fitzgerald. Il a été grièvement brûlé aux jambes, aux bras et au visage. Mais ses 658 collèges sont morts. Après deux ans et demi passés dans les hôpitaux et de multiples opérations, M. Waizer a repris son travail chez Kantor Fitzgerald. Ses anciens collègues "ont tous disparu. Je travaille avec ceux qui ont pris leur place. Je me sens coupable", a-t-il déclaré. Suzan Simon a perdu à New York son mari, Arthur, et un fils, Ken, qui travaillaient dans la tour sud. Elle se souvient avoir vu, du New Jersey, sur l'autre rive de l'Hudson, "les tours s'effondrer. Je voulais croire qu'ils avaient réussi à s'échapper".
L'accusation a fait de ces témoignages un reflet de la diversité américaine : victimes noires, portoricaines, d'origine chinoise, irlandaise ou du Bangladesh, comme la fille de Harim Shariff, Shakila. M. Shariff est musulman. En pleurs au souvenir de sa fille, dont il était si fier de la réussite universitaire, il a revendiqué sa foi dans l'islam, "mais le Coran interdit de tuer des innocents", a-t-il insisté. En sortant de la salle, il a regardé Zacarias Moussaoui droit dans les yeux.
Eric Leser

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