Procès Moussaoui : la juge tente de contenir l'émotion (Le Figaro)

Publié le par Guillemette Faure

L'accusation s'est engagée à ne pas montrer plus de cinq photos par victime et à ne pas les faire parler plus d'une demi-heure chacune.

 
 
EN DÉBUT de journée, la juge Leonie Brinkema a demandé à l'accusation de ne pas trop cultiver l'émotion de ses témoins. «C'est tellement écrasant que cela peut affecter la capacité de raisonnement du jury.» En fin de journée, le procureur montrait une vidéo des deux tours du World Trade Center en feu le matin du 11 septembre 2001, à côté de laquelle était affichée la photo d'un homme, tandis que la salle du tribunal l'écoutait appeler les services d'urgence. «On est jeune, on ne veut pas mourir.» La salle entendait ses difficultés à respirer. Et puis un cri, «oh ! mon Dieu...», perdu dans le vacarme de l'immeuble qui s'effondre. Puis la ligne coupée. Les 17 jurés avaient eu droit à la mort en direct.
 
Images quasi inédites
 
La juge Brinkema a du mal à définir les bornes de l'acceptable face à l'accusation engagée par tous les moyens à illustrer les circonstances aggravantes qui pourraient valoir la peine de mort à Zacarias Moussaoui. En ouverture, l'accusation avait fait diffuser une vidéo montrant des occupants des tours se jetant dans le vide.
 
Les images étaient quasi inédites : après les avoir brièvement diffusées en direct, les chaînes de télé américaines ne les avaient plus jamais montrées. Après ces vidéos, le procureur avait montré des clichés de petits tas de restes humains jonchant la chaussée. «Ça suffit, là» l'avait coupé la juge.
 
Lorsque les avocats de Zacarias Moussaoui ont déposé leur requête pour limiter les témoignages trop dramatiques, un terrain de compromis a été trouvé : l'accusation s'engageant à ne pas montrer plus de cinq photos par victime et à ne pas les faire parler plus d'une demi-heure chacune.
 
Elle a effectivement respecté ces consignes. C'est en moins de 30 minutes qu'un homme qui avait aidé une grande brûlée proche de la mort s'est souvenu s'être aperçu seulement ensuite que sa soeur et sa nièce étaient dans l'avion responsable de l'explosion qu'il venait d'entendre. Du grand brûlé témoignant à la barre, l'accusation n'a montré que deux photos. Le procureur a passé la voix d'une femme bloquée dans la fournaise du 83e étage. «Je vais mourir là ? C'est ça ?» C. Lee Hanson, un grand-père de 73 ans, raconte sa dernière conversation avec son fils à bord du vol AA 175 : «Il a dit «oh ! mon Dieu, oh ! mon Dieu, oh ! mon Dieu», je me suis tourné vers la télévision et j'ai vu un avion percuter l'immeuble.» Il a détaillé «une des pires choses que j'ai faites dans ma vie» : ramasser des cheveux, des brosses à dents pour permettre l'analyse ADN et recevoir ensuite dans une boîte un os de quelques centimètres, «tout ce qu'il me restait de mon beau rouquin de fils».
 
Entre les lignes, la juge Brinkema avait fait comprendre qu'il était dans leur intérêt de limiter les débordements dramatiques. «Vous pourrez en payer le prix plus tard», a-t-elle dit en allusion aux procédures d'appel.
 
 

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