Moussaoui écoute les témoins du 11-Septembre, ricane et chante (Le Monde.fr)

Publié le par Alain Salles

Elles sont dans la salle d'audience, enveloppées dans un drap blanc, comme un linceul. Quand l'ancien maire de New York, Rudolph Giuliani s'assoit au banc des témoins, jeudi 6 avril, le procureur David Novak demande de dévoiler sa première pièce à conviction : une maquette des tours jumelles du World Trade Center. La reproduction est placée sur une table à côté des témoins. Pendant toute la journée, ils parlent à l'ombre des deux tours disparues. C'est le début d'une longue série de témoignages poignants qui plongent la salle et le jury quelques années en arrière, vers un jour jamais oublié : le 11 septembre 2001.

Avec la deuxième phase du procès de Zacarias Moussaoui, le Français membre d'Al-Qaida, jugé passible de la peine de mort, lundi 3 avril, c'est le procès du 11-Septembre qui commence. "Maintenant, il est temps pour vous d'entendre ces voix", déclare aux jurés du tribunal fédéral d'Alexandria le procureur Robert Spencer. Celles des familles qui viennent à la barre, celles des victimes qui téléphonent avant que l'avion ne s'écrase et même la voix de Mohammed Atta, le chef des pirates de l'air, dont les instructions au passager ont été enregistrées, une dizaine de minutes avant qu'il n'atteigne la première tour : "Nous revenons à l'aéroport, n'essayez pas de faire de mouvements stupides !"

Rudolph Giuliani retrace son jour le plus long. "Ça ressemblait à une zone de guerre". Autour du World Trade Center, il regarde en l'air pour éviter les débris qui tombent des tours : "C'est alors que j'ai vu un homme vers le 104e étage." Il montre avec une règle l'endroit où il a vu cet homme. "J'ai alors réalisé que je voyais un homme qui tombait. A peu près là", ajoute-t-il en désignant sur la maquette l'endroit où il s'est écrasé. "J'ai vu plusieurs personnes sauter. Il y en avait deux qui semblaient se donner la main. C'est une des images qui me revient tous les jours." Sur les écrans on voit ces corps qui tombent, mais aussi leur impact sur le sol, plus rarement montré. L'ancien pompier Anthony Sanseverino est venu parler de son collègue Danny Suhr, mort le 11 septembre 2001 après avoir reçu un de ces corps sur la tête.
Mais Rudolph Giuliani n'était pas seulement là pour retracer la journée de l'ancien maire-courage, devenu aujourd'hui un candidat potentiel du Parti républicain à l'élection présidentielle de 2008. Il a raconté une histoire personnelle : celle d'un pompier, Terence Hutton, qui était le mari de son assistante, et surtout celle de leur fille "Little Terrie", née après le 11-Septembre. Le jour de sa mort, le couple ne savait pas qu'il attendait un enfant. "C'est une histoire multipliée par des milliers", commente M. Giuliani.
L'accusation a décidé de raconter quelques-unes de ces histoires. Quarante-cinq témoins vont venir à la barre pour témoigner de leur vie brisée. M. Moussaoui écoute avec attention ces témoignages. Il prend quelques notes. Plus la journée avance, moins il rit. Il ricanait le matin, quand son avocat Gerald Zerkin expliquait, parmi les circonstances atténuantes, qu'il souffrait de paranoïa schizophrénique. Il riait encore en regardant les images des avions qui s'écrasent sur les tours. En sortant pour la première pause, il a fredonné, en modifiant les paroles de la chanson de Bruce Springsteen, "Born (né) in the USA" : "Burn (brûlé) in the USA !"

Alain Salles

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