11-Septembre: plongées dans le vide, restes humains et désespoir au procès Moussaoui (AFP)

Publié le

ALEXANDRIA (AFP) - Le récit poignant de l'ancien maire de New York  Rudolph Giuliani, des images de personnes se jetant des tours jumelles et de restes humains éparpillés, une lettre de suicide: jeudi au procès de Zacarias Moussaoui, l'accusation a fait vivre aux jurés toute l'horreur du 11-Septembre.

Le procureur Robert Spencer, dans ses remarques préliminaires, avait prévenu: "vous allez voir ce qu'Al-Qaïda et l'accusé ont fait ce jour-là. L'horreur des meurtres, l'énormité des attaques", qui ont tué près de 3.000 personnes.

L'accusation a commencé par appeler l'ancien maire (1994-2001) de New York Rudolph Giuliani, 61 ans. M. Giuliani a raconté les cauchemars qui reviennent le hanter et la perte de son ami pompier Terry Hatton, qu'il avait lui-même marié à l'une de ses plus proches assistantes, Beth Hatton.

"Il est parti", lui a dit Beth ce jour-là, très peu de temps après le drame.

Cinq jours après, elle a appris qu'elle attendait un enfant, a raconté M. Giuliani, l'une des personnalités préférées des Américains pour son énergie au moment du drame.

Puis, dans la chambre 700 du tribunal fédéral d'Alexandria (Virginie, est), les jurés ont visionné des images inédites filmées depuis le 35e étage d'un hôtel jouxtant les tours jumelles. Des silhouettes se jettent dans le vide. La bâche d'une tente située au pied du World Trade Center en est transpercée plusieurs fois. Les victimes "organisaient leur saut en visant la bâche", qui n'a pu les sauver, a expliqué en pleurs Tami Rosbrook, qui a filmé la scène avec son mari. La caméra se concentre ensuite sur l'esplanade au pied des tours, parsemée de tâches rouges: les restes de ceux qui ont préféré sauter pour échapper l'enfer des flammes et du kérosène. La salle est frappée d'effroi et Moussaoui sourit. A 14h15, un pompier, Anthony San Seviro, vient raconter la perte de l'un d'entre eux, son ami Danny Suhr. "Tout en lui était joie, tout était famille, et les pompiers de New York", s'est-t-il souvenu. Une demi-heure plus tard, un policier venu en uniforme comme le pompier, prend le relais. James Smith a perdu sa femme Moira, policière aussi. Patricia, leur fillette de deux ans à l'époque, apparaît en photo dans une robe rouge qui lui arrive jusqu'aux pieds, arborant la médaille, bien trop grande pour elle, décernée à titre posthume à sa mère. Les récits de tristesse se sont ainsi enchaînés tout l'après-midi. Une des des avocates de Moussaoui, Anne Chapman, un juré, et plusieurs spectateurs n'ont pu contenir leurs larmes. Cinq proches de victimes ont parlé, jusqu'au dernier, Chandra Sekhar Kalahasthi, 30 ans. Il a perdu sa soeur Prasanna Kalahasthi, 25 ans, à cause du 11-Septembre. Prasanna, a-t-il expliqué, n'a pas supporté la mort de son mari Pendyala Vamsikrishna, à bord du vol 11 d'American Airlines qui s'est écrasé contre la tour nord: Chandra a immédiatement pris l'avion pour Los Angeles depuis l'Inde pour la réconforter. Mais, en octobre, il a dû s'absenter quelques jours. Le 19, un appel lui a annoncé le suicide de sa soeur, dont il a lu la lettre d'adieu en pleurant: "Mon cher frère... Je suis désolée pour ce que j'ai fait... je suis désolée de te faire du mal... je veux être avec mon amour, je suis égoïste". L'audience doit reprendre lundi. Le procès de Zacarias Moussaoui a commencé le 6 février. Les jurés l'ont jugé "passible de la peine de mort" et une nouvelle phase s'est ouverte jeudi pour l'examen de circonstances aggravantes, comme la souffrance des victimes, et atténuantes, notamment une éventuelle schizophrénie du Français. Ce n'est qu'ensuite, fin avril, qu'ils décideront s'il doit ou non être condamné à mort.


vendredi 7 avril 2006, 7h59

Publié dans Dépêches

Commenter cet article