11-septembre: l'ex-maire de New York raconte l'horreur, Moussaoui moqueur (AFP)

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ALEXANDRIA (AFP) - L'ancien maire de New York Rudolph Giuliani a été le premier à témoigner jeudi au procès du 11-Septembre contre Zacarias Moussaoui, en décrivant l'horreur vécue personnellement, devant le Français qui n'a pas renoncé à son attitude provocatrice.

Rudolph Giuliani, 61 ans, devenu héros national pour sa présence tout au long des journées qui ont suivi les attentats, est la plus haute personnalité citée depuis le début des débats au fond dans ce procès, destiné à décider si Moussaoui doit être condamné à mort.

L'ancien maire de New York (1994-2001) a pris place dans le box des témoins au tribunal fédéral d'Alexandria, près de Washington, à côté d'une grande maquette des tours jumelles, dévoilée devant les jurés.

Le 11 septembre 2001, arrivé aux abords du World Trade Center avant même que le deuxième avion, le vol 175 de United Airlines, ne s'écrase contre la tour Sud, le "maire de l'Amérique", comme certains le surnomment depuis, s'est approché en regardant en l'air pour éviter les débris. Son regard a soudain capturé une silhouette. "J'ai réalisé que j'étais en train de regarder un homme se jeter dans le vide", a dit M. Giuliani. "J'ai vu plusieurs personnes (...) J'ai vu deux personnes (se jeter dans le vide) en se tenant par la main. C'est sans doute le souvenir qui me revient chaque jour" depuis la tragédie, a-t-il ajouté. Dans les bancs du public, au troisième rang, des familles de victimes ont retenu leur souffle. Au deuxième, une femme a serré son mouchoir. Au fur et à mesure du témoignage de l'ancien maire, l'accusation a diffusé des extraits de vidéos des avions percutant les tours, de silhouettes se jetant dans le vide. Zacarias Moussaoui a observé les films en laissant flotter sur ses lèvres un sourire indéfinissable, approuvant d'un signe de tête l'effondrement de la seconde tour et baillant ostensiblement devant les images des ruines fumantes. Juste après avoir échappé au nuage de débris et de poussière et bataillé pour établir un centre de commandement, Rudolph Giuliani est revenu sur les décombres. "Je n'avais jamais rien vu de pire de toute ma vie. Il y avait des bâtiments en feu, on pouvait voir des corps, des morceaux de corps, des mains, des jambes... des gens grièvement blessés...", a-t-il raconté jeudi, en rappelant que les flammes avaient continué à brûler en sous-sol pendant 90 jours.

Auparavant, accusation et défense avaient résumé l'argumentation qu'elles s'efforceront de présenter dans les semaines qui viennent, consacrées aux circonstances "aggravantes" et "atténuantes" de la complicité que Moussaoui revendique avec les auteurs des attentats qui ont fait près de 3.000 morts. "Vous verrez ce qu'Al-Qaïda et l'accusé ont fait ce jour-là: l'horreur des meurtres, l'énormité des attaques", a déclaré le procureur Robert Spencer.

Après lui, l'un des avocats de Zacarias Moussaoui, Gerald Zerkin, a expliqué que la défense prouverait que Moussaoui est atteint d'une schizophrénie, circonstance atténuante. "Au final, je vous demanderai ce que Moussaoui croit impossible parce que vous êtes Américains et que nous estimons être possible pour la même raison: une condamnation à la prison à vie", a-t-il plaidé. En quittant la salle lors d'une suspension d'audience, le Français a entonné la chanson de Bruce Springsteen "Born in the USA". Beaucoup de spectateurs, écoeurés, ont cru entendre "Burn in the USA" (Brûlé aux Etats-Unis) et non "Born" (Né). "Amérique, tu peux aller en enfer", a lancé Moussaoui lors de la suspension suivante.

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