L'accusation fait revivre aux jurés toute l'horreur du 11-Septembre (Le Monde avec AFP Reuters)

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Lors de l'audience du jeudi 6 avril au procès de Zacarias Moussaoui, l'accusation a frappé les jurés en faisant témoigner Rudolph Giuliani et a présenté des enregistrements vidéo du 11-Septembre, montrant des sauts dans le vide d'occupants des tours jumelles. Dès le début de l'audience, le procureur Robert Spencer, dans ses remarques préliminaires, avait prévenu : "Vous allez voir ce qu'Al-Qaida et l'accusé ont fait ce jour-là. L'horreur des meurtres, l'énormité des attaques", qui ont tué près de 3 000 personnes.

L'accusation a commencé par appeler l'ancien maire (1994-2001) de New York Rudolph Giuliani, 61 ans. M. Giuliani a raconté ses cauchemars, son arrivée à "Ground Zero" quelques heures après les attaques : "Il y avait des bâtiments en feu. On pouvait voir des corps, des morceaux de corps humains, des mains, des jambes... des gens grièvement blessés". Avec un responsable médical, il évoque la gestion des blessés, mais le médecin répond empreintes ADN, identification. "[Le médecin] a dit : "l'afflux des blessés va cesser. Les gens ont été vaporisés". Je ne comprenais pas. Pour moi, c'était impossible à imaginer", a confié l'ancien maire.

Puis, les jurés ont visionné des images inédites filmées depuis le 35e étage d'un hôtel jouxtant les tours jumelles. Des silhouettes se jettent dans le vide. La bâche d'une tente située au pied du World Trade Center en est transpercée plusieurs fois. Les victimes "organisaient leur saut en visant la bâche", qui n'a pu les sauver, a expliqué en pleurs Tami Rosbrook, qui a filmé la scène avec son mari. La caméra se concentre ensuite sur l'esplanade au pied des tours, parsemée de tâches rouges : les restes de ceux qui ont préféré sauter pour échapper à l'enfer des flammes et du kérosène. La salle est frappée d'effroi et Moussaoui sourit.

"TOUT IRA BIEN, RESTEZ TRANQUILLES"
Un peu plus tard, l'accusation a fait entendre l'enregistrement de la voix de Mohammed Atta à bord du Boeing 767 d'American Airlines, le vol 11 qui s'est écrasé contre la tour nord à 8 h 46. Cet enregistrement avait été diffusé lors des auditions devant la commission nationale d'enquête sur le 11-Septembre. "Nous avons des avions... Que personne ne bouge, tout ira bien, restez tranquilles" : à deux reprises Atta a fait entendre sa voix aux contrôleurs de la tour de Boston, en croyant s'adresser aux passagers.
En début d'après-midi, un pompier raconte la perte de l'un des siens. Puis c'est au tour d'un policier de prendre le relais. James Smith a perdu sa femme Moira, policière aussi. Les récits de tristesse se sont ainsi enchaînés tout l'après-midi. Une des avocates de Moussaoui, Anne Chapman, un juré, et plusieurs spectateurs n'ont pu cacher leur émotion.
 
Pendant l'audience, Moussaoui passait d'un sourire à un hochement de tête en regardant les images vidéo du double attentat contre New York. Lorsque le jury et la juge Leonie Brinkema se sont retirés après la séance du matin, il a entonné à pleine voix "Burn in the USA" (brûler aux Etats-Unis) - paraphrase apparente de la chanson de Bruce Springsteen Born in the USA. Moussaoui, qui risque la peine de mort, a souri et quitté la salle jeudi après-midi en lançant "no pain, no gain, America" (pas de souffrance, pas de victoire, Amérique). L'audience doit reprendre lundi.
Avec AFP et Reuters

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