Giuliani témoigne contre Moussaoui (le Figaro)

Publié le par Guillemette Faure

L'ancien maire de New York témoignait à charge hier contre le Français, qui risque la peine de mort pour complicité dans les attentats du 11 Septembre.

 
Rudolph Giuliani (ici sur le site de Ground Zero) a fait entendre «la voix des victimes» du 11 Septembre. (Photo AP/Frank Franklin II)QUI MIEUX que l'ancien maire de New York, Rudolph Giuliani, peut faire un panorama de l'horreur vécue par la métropole nord-américaine le 11 septembre 2001 ? C'est lui que l'accusation a appelé en premier, hier, pour illustrer les circonstances aggravantes qui pourraient valoir la peine de mort à Zacarias Moussaoui. Dans le tribunal fédéral d'Alexandria, près de Washington, il reboutonne sa veste, traverse la salle et chausse ses lunettes. «Vous avez été maire de New York», commence le procureur. «Pour deux mandats», précise l'intéressé, souriant. Il est à l'aise, avec derrière lui une carrière de procureur avant d'entrer en politique.
 
A ses côtés, une curieuse sculpture sous un drap dont ne sort qu'une pointe. C'est l'antenne du World Trade Center, comprend-t-on lorsque le tissu est levé. Une maquette géante des tours jumelles, au milieu de la salle d'audience. «Rudi» Giuliani raconte les gratte-ciel qu'il a vu construire. Il rend vie aux immeubles, décrit les petits commerçants du rez de chaussée, le restaurant Windows on the World tout en haut, les gens pressés d'aller au travail, la plaque tournante des transports en commun en sous-sol. Le procureur lui fait raconter sa matinée du 11 Septembre. Passe une série de clips vidéo montrant les avions frappant les tours, sous tous les angles. Giuliani a interrompu son petit-déjeuner pour foncer dans le sud de Manhattan.
 
L'ancien maire explique qu'il n'y croyait pas quand on lui a parlé de ceux qui se jetaient dans le vide. Une vidéo montre des corps en train de tomber. «Mon regard a tout d'un coup saisi la silhouette d'un homme. Cela devait être au 100eétage, ou au-dessus... J'ai réalisé que j'étais en train de regarder un homme se jeter dans le vide... J'ai vu plusieurs personnes, je ne me souviens plus combien... J'ai vu deux personnes (se jeter dans le vide) en se tenant par la main. C'est sans doute le souvenir qui me revient chaque jour.» La juge décrète une pause, le public reprend sa respiration. Moussaoui sort en chantant Burn in the USA (brûlé en Amérique) sur l'air de Born in the USA.
 
Candidat potentiel pour la présidentielle
 
Hier, l'accusation voulait faire entendre «les voix des victimes» aux jurés, pour les convaincre de condamner à mort Moussaoui, accusé de ne pas avoir dit à la police fédérale ce qu'il savait des attentats en préparation. Aux Etats-Unis, Giuliani fait figure d'autorité. Le jour des attaques, cet homme est devenu «le maire de l'Amérique», rassurant et déterminé lorsque George W. Bush restait au second plan. Il est toujours populaire. Les sondages le présentent aujourd'hui, de loin, comme le meilleur candidat potentiel du Parti républicain pour la présidentielle de 2008. Giuliani a promis qu'il attendrait les prochaines élections parlementaires de novembre pour faire savoir s'il comptait se lancer ou non dans la course à la succession de Bush. Jusqu'à présent, aucun de ses prédécesseurs à la mairie de New York n'a jamais réussi une carrière nationale en politique à la sortie de «City Hall».
 

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