Voix d'outre-tombe au procès Moussaoui (AP)

Publié le par Matthew Barakat

ALEXANDRIA, Virginie (AP) -- Le procès de Zacarias Moussaoui est entré dans une deuxième phase, celle des larmes et de l'émotion. Les jurés chargés de sceller le sort de l'unique inculpé aux Etats-Unis dans les attentats du 11-Septembre ont commencé à entendre jeudi des témoignages à forte charge émotionnelle, en particulier les enregistrements des appels des victimes des tours jumelles.

Le jury doit soupeser les circonstances aggravantes et atténuantes qui permettront de dire si le Français d'origine marocaine mérite la mort ou la réclusion à perpétuité. Les voix des victimes et celles de leurs correspondants tout aussi angoissées à l'autre bout du fil sont les seules choses que les 12 jurés ont besoin d'entendre pour décider de la peine à infliger à ce membre d'al-Qaïda, estime l'accusation.

Vedette incontestable de cette journée, Rudolph Giuliani, qui était maire de New York en 2001, a été appelé à la barre en tant que témoin de premier plan de ces événements dramatiques.
Son attitude exemplaire lors de ces événements dramatiques avait été saluée à l'époque.

M. Giuliani a raconté que le souvenir de deux personnes sautant ensemble d'une des tours jumelles du World Trade Center, se tenant apparemment par la main, le hantait encore. Lorsqu'il est arrivé sur les lieux, l'adjoint de Rudolph Giuliani lui a expliqué combien la situation était dramatique. Des occupants des tours jumelles, percutées par des avions de ligne détournés, sautaient dans le vide pour échapper aux flammes. "J'ai conclu ou espéré qu'il se trompait", a déclaré M. Giuliani.

Il s'est vite rendu compte que son collaborateur ne mentait pas. "J'ai été glacé. J'ai pris conscience du revirement, en quelques secondes, de mes pensées, de mes sentiments. Nous étions en territoire inconnu".

Les jurés devaient aussi entendre les récits de proches des victimes. L'accusation a en effet souhaité que le tribunal et l'accusé écoutent les récits des peines et des souffrances endurées par ceux qui ont été les plus durement touchés. Le procureur Rob Spencer a évoqué l'enregistrement de l'appel au secours d'une femme bloquée au 82e étage de la seconde tour: "L'étage est complètement englouti. Nous sommes sur le sol et nous ne pouvons pas respirer (...) Je ne vois plus d'air (...) Je vais mourir, n'est ce pas?"

Mercredi, la juge Leonie Brinkema avait donné son accord à la diffusion dans l'enceinte du tribunal des enregistrements des voix dans la cabine de pilotage du vol 93 de la compagnie United, qui devait s'écraser dans un champ de Pennsylvanie à la suite de la mutinerie d'une partie des passagers contre les pirates de l'air.

Les bandes magnétiques n'ont jamais été diffusées en public. Cet épisode est considéré aux Etats-Unis comme un acte de résistance particulièrement héroïque et le président George W. Bush ne s'est pas privé de l'évoquer à maintes reprises. Cette révolte a empêché que l'avion ne soit précipité sur Washington, probablement sur le Capitole.

Devaient aussi être entendus les enregistrements des appels au service téléphonique d'urgence (le 911) en ce matin du 11 septembre 2001.
L'accusation souhaite aussi présenter le témoignage des familles des victimes. "Je veux qu'il soit mis à mort tout simplement pour qu'il soit effacé de ce monde", déclarait jeudi matin sur la chaîne CBS Abraham Scott, dont l'épouse, Janice, est morte dans le Pentagone. "Ma femme me manque vraiment".

Mais Alice Ann Hoagland, dont le fils Mark est mort dans le vol 93, souhaite que Moussaoui ne soit pas exécuté, "pour montrer que nous sommes une nation de miséricorde". "S'il est exécuté, il sera considéré comme un martyr (...) Je ne veux pas qu'il devienne un martyr", a-t-elle déclaré à la chaîne de télévision CBS. AP

Publié dans Dépêches

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