Moussaoui bientôt confronté aux victimes du 11 septembre (AFP)

Publié le par Michaëla Cancela-Kieffer

Le procès du Français Zacarias Moussaoui pour complicité avec les auteurs des attentats du 11 septembre reprend jeudi avec des audiences qui vont être marquées par les témoignages de proches des victimes.

«Il est fini. Il sera certainement condamné à mort», a déclaré à l'AFP Andrew McBride, ancien procureur au tribunal fédéral d'Alexandria (Virginie, est) où Zacarias Moussaoui, jugé lundi passible de la peine capitale, comparaît depuis le 6 février.

Si Andrew McBride ne s'embarrasse pas de conditionnels, il n'en résume pas moins l'avis de nombreux observateurs: bien que personne n'ait été condamné à mort par ce tribunal depuis que cette peine a été à ré-instaurée, les avocats de Moussaoui vont au devant d'un défi presque insurmontable.

Alors que la première partie du procès, très théorique, avait pour but d'analyser si le gouvernement «aurait pu» éviter les attentats si Moussaoui avait révélé lors de son arrestation être un membre d'Al-Qaeda, cette deuxième étape destinée à examiner des circonstances aggravantes et atténuantes ne sera qu'émotion.

L'accusation compte exposer les attaques du 11 septembre, dans toute leur monstruosité: photos inédites, appels au secours désespérés.

Les attentats ont fait près de 3.000 morts et des blessés «défigurés», «handicapés à vie», que les procureurs pourraient appeler à la barre.

Une quarantaine de proches de victimes viendront raconter leur détresse.

Et l'accusation évoquera les «millions» de mètres carrés de bureaux détruits, la Bourse fermée pendant plusieurs jours, les lignes coupées, le métro paralysé.

Pour toutes ces raisons, assurera-t-elle, Moussaoui, jugé passible de la peine capitale pour avoir «directement» entraîné la mort d'au moins une des victimes en mentant, doit être condamné à l'injection mortelle.

S'il est égal à lui-même, les neuf hommes et trois femmes qui le jugent auront face à eux un accusé froid et narquois.

Le 27 mars le Français d'origine marocaine a revendiqué un rôle dans les attentats - projeter un avion contre la Maison-Blanche - ce qu'il n'avait jamais fait auparavant.

Devant le jury, il a répondu volontiers aux questions du procureur Robert Spencer, qui a souligné les facettes les plus choquantes de sa personnalité.

Ainsi, sur la destruction des tours jumelles: «Vous étiez ravi?», lui a demandé le procureur. «Parfaitement», a-t-il répondu. Cet échange pourrait se répéter car Zacarias Moussaoui a le droit de témoigner une deuxième fois et fait apparemment tout pour être condamné.

Que reste-t-il a ses brillants avocats commis d'office, menés pendant cette seconde étape par l'abolitionniste Gerald Zerkin ?

«Les circonstances sont les plus défavorables», estime Michael Mello, professeur de droit dans l'État du Vermont (nord-est), qui souligne que le comportement à l'audience de Zacarias Moussaoui ne semble en rien confirmer la «probable schizophrénie», qu'ils envisagent de plaider.

«Les sous-titres de son témoignage c'était: "je ne suis pas un fou. Je suis un soldat et c'est ainsi que se comportent les combattants d'Al-Qaeda faits prisonniers par l'ennemi", a estimé M. Mello.

Les avocats tenteront toutefois de convaincre les jurés de ne pas faire de lui un martyr, et qu'il n'est pas l'homme à condamner.

Des témoins de France raconteront son enfance troublée. Les spécialistes de l'islam Farhad Khosrokhavar et Dominique Thomas expliqueront la plongée dans l'intégrisme, le «londonistan».

Cette deuxième phase est organisée comme la première: après des remarques préliminaires des procureurs et avocats, les débats seront menés par l'accusation, puis la défense.

Le verdict final ne devrait pas être rendu avant la fin avril, au plus tôt.

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