La défense tente de sauver Moussaoui malgré lui (Le Figaro.fr)

Publié le par Guillemette Faure

Les jurés examineront à partir de demain les circonstances aggravantes ou atténuantes du crime.

«C'EST ta version MacMahon», «Yamamoto, menteur», «Que Dieu te maudisse Zerkin...» Chaque avocat de Zacarias Moussaoui a déjà eu droit à sa part d'insultes de l'accusé dans la salle du tribunal. Depuis l'ouverture du procès où il joue sa tête, le Français ignore, en revanche, le procureur. Cette différence de traitement résume le défi auquel font face ses avocats : comment sauver un homme qui cherche à être exécuté ?
 
Pour l'accusation, la première partie du procès était la plus difficile : convaincre un jury populaire que même s'il était en prison au moment des faits, Moussaoui avait bien une responsabilité dans les attentats contre le World Trade Center du 11 septembre 2001, qui ont fait 3 000 victimes. Elle y est parvenue grâce au témoignage volontaire de l'accusé. Le Français de 37 ans a tout fait pour convaincre les jurés que Ben Laden lui avait réservé un rôle majeur dans les attaques : écraser un cinquième avion sur la Maison-Blanche.
 
La seconde partie du procès débute demain. Les jurés doivent peser les circonstances aggravantes et atténuantes du crime pour décider si Moussaoui doit passer le reste de ses jours en prison ou s'il doit être exécuté. L'accusé peut à nouveau prendre la parole. «On se prépare à cette situation sans pouvoir anticiper sur le contenu», indiquait-on hier du côté de la défense. Moussaoui servira-t-il à nouveau l'accusation ?
 
Une proie facile
 
La loi dit qu'un crime commis de «manière atroce, cruelle ou perverse» constitue une circonstance aggravante. Pour l'illustrer, le procureur a prévu de présenter des vidéos des sauts dans le vide de ceux qui se trouvaient dans les tours du World Trade Center au moment des attaques. Il a préparé 45 survivants ou proches des victimes du 11 Septembre, qui pourront venir témoigner de l'impact des attentats sur leur vie, et compte aligner autant de noms et de photos de victimes que possible. L'accusation entend aussi souligner la loyauté de Moussaoui pour la cause d'al-Qaida et d'Oussama Ben Laden.
 
Quand son tour viendra, la défense tentera, elle, de convaincre les jurés que Moussaoui était une proie facile pour al-Qaida. Ses avocats évoqueront une enfance douloureuse, un enfant victime du racisme, fils d'une mère battue par son mari. Fahrad Khosrokhavar, directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales et auteur des Nouveaux Martyrs d'Allah viendra expliquer en quoi les immigrants de deuxième génération peuvent être facilement manipulés par des associations terroristes. Dominique Thomas, un autre chercheur français spécialiste de l'islamisme, mettra lui l'accent sur le recrutement d'al-Qaida dans les mosquées de Londres.
 
Diatribes incontrôlables
 
La défense évoquera aussi la santé mentale de Moussaoui. Une psychiatre spécialiste de schizophrénie pourrait venir témoigner. Le sujet a déjà fait l'objet de discussions. En juin 2002, quand Moussaoui avait demandé à congédier ses avocats pour se défendre seul, la juge Leonie Brinkema avait demandé une évaluation de ses capacités mentales. Elle l'avait jugé compétent et l'avait autorisé à être son propre avocat avant de révoquer ce droit un an et demi plus tard, justement à cause de ses mauvais comportements.
 
De Moussaoui, les douze jurés ne connaissent pas l'homme aux diatribes incontrôlables des quatre premières années de procédure. Chaque jour, il attend que les douze aient quitté la salle avant de lancer ses cris provocateurs («un 747 pour le paradis !», «la victoire pour Moussaoui !»). Depuis l'ouverture de son procès, les jurés ne l'ont encore vu qu'assis, silencieux et attentif pendant les audiences et lorsqu'il s'est installé à la barre le 27 mars, ils ont entendu un homme calme, précis, à l'opposé de celui que dépeignent ses avocats.
 
La juge Brinkema doit examiner aujourd'hui les recours des deux parties cherchant à limiter les témoignages présentés par le camp adverse.

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