Le procès du Français éclaire le 11 Septembre d'un nouveau jour (Le Figaro)

Publié le par G.F.

Des témoignages de détenus d'al-Qaida permettent de mieux comprendre la préparation des attentats de 2001.

 
 
«NOUS ne soumettons pas de rapports écrits à nos supérieurs. J'ai conduit l'opération du 11 Septembre uniquement avec des communications orales.» Ce sont les dernières lignes qui ont été lues au procès de Zacarias Moussaoui du témoignage de Khaled Cheikh Mohammed (dit «KSM» aux Etats-Unis), un responsable d'al-Qaida considéré comme le cerveau des attaques de 2001. Son récit a mis en lumière la simplicité des moyens d'al-Qaida face à la lourdeur de la bureaucratie américaine. Quelques jours plus tôt, l'un des premiers témoins du procès, l'agent du FBI Harry Samit, dressait la liste des mémos, courriels et autres procédures qu'à 70 reprises, il a employées pour persuader la police fédérale de s'intéresser à l'homme qu'il détenait depuis le mois d'août dans le Minnesota.
 
Parce que le gouvernement a refusé de produire les «ennemis combattants» qui pourraient témoigner à décharge pour Moussaoui, c'est un jeune employé de la défense en costume qui, la semaine dernière, a lu d'un trait les 58 pages synthétisant les dépositions de «KSM» arrêté au Pakistan en 2003. Convaincu que «la simplicité était la clé du succès», KSM mentionne la préparation des pirates de l'air à l'utilisation du couteau suisse sur un mouton et un chameau en Afghanistan. Deux pirates de l'air, Nawaf al-Hazmi et Khalid al-Midhar, débarquent à San Diego parce que KSM a trouvé un annuaire des pages jaunes de la ville au marché de Karachi. Parlant mal l'anglais, ils sont chargés de passer pour des touristes «dans les musées et les parcs d'attraction.»
 
Un «bédouin un peu simplet»
 
KSM doit cependant composer avec sa hiérarchie. Il dit dans son témoignage avoir menti ou désobéi à plusieurs reprises à Oussama Ben Laden. Son patron «croit qu'apprendre à piloter un avion c'est comme d'apprendre à conduire une voiture». On découvre un Ben Laden bavard. KSM se dit «préoccupé par ses indiscrétions».
 
KSM organise l'opération en anticipant les mesures qui seront prises à l'égard des ressortissants de pays musulmans après le 11 Septembre. Il garde un groupe d'Européens, dont Moussaoui, pour une deuxième vague d'attaques. Même si ce dernier a signé ses aveux en 2005 du terme «le 20e pirate de l'air», le FBI ne croit pas qu'il y ait jamais eu de numéro 20. KSM affirme que, vu leurs difficultés à obtenir des visas, le nombre de pirates de l'air prévu pour le 11 Septembre était bien dix-neuf. Pourtant, la lecture de la déposition d'un autre détenu, Mustafa al-Hawsawi, trésorier présumé de l'opération, indique qu'un Saoudien, Mohammad al-Qahtani, devait être le vingtième. KSM parle d'al-Qahtani comme d'un «bédouin un peu simplet» jamais inclus dans le projet. Aujourd'hui à Guantanamo, le Saoudien a confirmé dans son témoignage s'être fait refuser l'entrée aux Etats-Unis le 4 août 2001. Mohammed Atta, pilote coordinateur de l'opération, l'attendait effectivement ce jour-là à l'aéroport d'Orlando en Floride. Ces contradictions ont relancé les questions sur la valeur de ces témoignages, recueillis en détention secrète.
 

Publié dans Articles de presse

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