Zacarias Moussaoui se rapproche de la peine de mort (Le Figaro)

Publié le par Guillemette Faure

Le Français est passible de la peine capitale. La suite du procès devra déterminer s'il doit être exécuté ou non.

 
Hier soir, Edward Adams, le porte-parole de la cour de justice d'Alexandria, a annoncé à la presse que Zacarias Moussaoui était éligible à la peine de mort. (Photo AP/Dana Verkouteren)
MÊME S'IL ÉTAIT en prison au moment des attaques du 11 septembre 2001, les mensonges de Zacarias Moussaoui sont bien responsables «de la mort d'au moins une des victimes des attentats». C'était la question cruciale à laquelle devait répondre le jury. Le Français de 37 ans est donc éligible pour la peine capitale. «Vous n'aurez pas mon sang ! a-t-il crié en sortant de la salle. Que Dieu vous maudisse tous !»
 
Ce verdict répond aux voeux du procureur, et surtout à ceux de Moussaoui lui-même, qui, en demandant à témoigner, a abondé dans le sens de l'accusation qui peinait à démontrer qu'en mentant au FBI trois semaines avant les attaques il avait assuré le déroulement des attentats. Le Français avait plaidé coupable en avril 2005 de complicité avec les auteurs des attaques tout en niant jusque-là faire partie du complot. «Tout le monde sait que je n'ai pas de lien au 11 Septembre», avait-il même déclaré l'an dernier.
 
Revenant sur ses dires le 27 mars dernier, il avait pendant le procès prétendu qu'il devait piloter un cinquième avion à la date fatidique, affirmant tenir ses ordres de mission directement d'Oussama Ben Laden. En détention dans le Minnesota, poursuivait-il, il savait que des attaques auraient lieu «après le mois d'août» et que deux avions percuteraient les tours du World Trade Center.
 
Dans sa plaidoirie, son avocat Edward MacMahon a vainement tenté de le décrédibiliser, soulignant que cette nouvelle version contredisait toutes les informations de l'enquête du gouvernement : son client avait «tenté de réécrire l'histoire pour s'y donner un rôle quand la vérité est qu'il n'était qu'un parasite d'al-Qaida».
 
En conséquence, selon le droit fédéral, le procès passe à sa deuxième étape : décider de la condamnation à mort ou à perpétuité. Dans les semaines qui viennent, les jurés vont entendre un nouveau débat contradictoire : les témoignages porteront cette fois-ci sur les circonstances aggravantes et atténuantes. L'absence de repentir et l'ampleur du crime, à charge pour Moussaoui, seront appuyées par les familles de victimes. Plus d'une quarantaine de témoins sont déjà appelés à la barre par le procureur. La défense de Moussaoui, en revanche, cherchera à démontrer son instabilité mentale et forcera le trait sur son désir d'être élevé au rang de martyr. Des témoins français pourraient intervenir dans ce cadre.
 
«Quelque chose de pathétique»
 
Depuis l'ouverture du procès, l'accusation et la défense préparaient leurs munitions pour cette deuxième partie. Le 27 mars, le procureur a longuement interrogé Moussaoui sur ses réactions au carnage du 11 Septembre. «Vous avez déclaré que cela vous avait donné un moment d'extase ?» «Correct», a-t-il froidement approuvé. Il a en revanche systématiquement refusé les perches que lui tendaient ses propres avocats pour démontrer ses problèmes mentaux. Pour couper l'herbe sous le pied de la défense, le procureur a demandé à plusieurs témoins qui avaient côtoyé Moussaoui dans des écoles de pilotage s'ils l'avaient trouvé normal.«Oui» ont-ils tous dit. «Sympathique», a approuvé l'instructeur de l'école de pilotage qui avait alerté le FBI.
 
Un des éléments clés de cette seconde phase du procès sera les éventuels rêves de martyr de Moussaoui. L'argument a permis aux auteurs des attentats en 1998 des ambassades américaines en Afrique d'obtenir des peines de prison à vie. Le procureur l'a prévu. Il a déjà essayé, pendant la première phase du procès, de faire dire à l'accusé que mourir en prison entre les mains du gouvernement américain ne correspondait pas un destin de martyr. «C'est plus compliqué que ça», l'a corrigé Moussaoui.
 
«S'il était vraiment au coeur du complot, le jury ne tiendrait pas compte de cette défense», assure Robert Precht, qui a défendu l'auteur des attentats du World Trade Center de 1993. «Mais qu'il ait plaidé coupable, qu'il soit en désaccord évident avec ses avocats, qu'il proclame son importance et qu'il essaie de jouer les héros, ça aide. L'argument du martyr fonctionne pour la défense quand l'accusé a quelque chose de pathétique.»
 

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