Alexandria : le jury délibère pour savoir si Moussaoui est passible de la peine de mort (Le Monde AFP Reuters)

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Les douze jurés au procès Zacarias Moussaoui aux Etats-Unis se sont retirés, mercredi 29 mars, pour délibérer afin de décider si le Français de 37 ans, poursuivi pour complicité avec les auteurs des attentats du 11 septembre, est ou non passible de la peine de mort. Le verdict pourrait tomber jeudi.

Dans la journée, l'accusation et la défense avaient tenté une dernière fois de convaincre les jurés siégeant au tribunal fédéral d'Alexandria d'épouser leur vues. "Zacarias Moussaoui est venu dans ce pays pour tuer autant d'Américains que possible. Dans ce procès, vous l'avez entendu dire lui-même que c'est exactement ce qu'il a fait", a déclaré le procureur David Raskin, en recommandant que la peine de mort lui soit appliquée.

"La plus grande enquête de l'histoire américaine n'a pas permis d'apporter la preuve que Moussaoui a été en contact" avec les terroristes du 11 septembre, a rétorqué l'avocat de la défense Edward MacMahon. "Il n'était pas impliqué dans l'opération, quoi qu'il en dise", a-t-il dit, dénonçant son arrogance.
Les deux parties sont toutefois convenues d'un point : Moussaoui est un menteur. Pour l'accusation, il a menti au FBI après son arrestation en août 2001 et sa dissimulation des projets d'Al-Qaida a empêché les autorités de déjouer les attentats contre New York et Washington. Pour la défense, Moussaoui, qui a plaidé coupable de six chefs d'inculpation, dont trois sont passibles de la peine de mort, a menti lorsqu'il s'est présenté au cours de son procès comme le pilote d'un cinquième avion qui aurait dû être précipité sur la Maison Blanche le 11 septembre 2001.

"VOUS ÊTES DES JUGES"
 
Si le jury, composé de neuf hommes et trois femmes, estime que Moussaoui est passible de la peine de mort, le procès entrera dans une seconde phase consacrée à l'examen de circonstances aggravantes ou atténuantes. C'est seulement à l'issue de cette seconde phase qu'il sera, ou non, condamné à l'injection mortelle. Si le jury considère qu'il n'est pas passible de la peine de mort, le Français sera automatiquement condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.
Sur les 17 personnes sélectionnées pour ce jury, cinq ont été désignées mercredi de manière aléatoire pour jouer uniquement le rôle de suppléants, et ne devraient donc pas participer aux délibérations. Une femme noire qui avait souri aux blagues de Me Edward MacMahon était parmi les suppléants, de même qu'une femme née en Iran, de confession musulmane. "Vos conclusions doivent être unanimes", a expliqué la juge en charge de l'affaire, Leonie Brinkema, avant de lever l'audience.
"Vous ne représentez ni l'accusation, ni la défense, ni les personnes touchées par le 11-Septembre : vous êtes des juges", a aussi prévenu la magistrate. Les jurés doivent estimer que l'accusation a prouvé "au-delà de tout doute raisonnable" que le Français a "participé de manière intentionnelle à un acte ayant pour but de tuer" en mentant lorsqu'il a été arrêté en août 2001, et nié être un terroriste pour "protéger ses frères d'Al-Qaida".
L'accusation doit aussi avoir convaincu les jurés que l'accusé a participé à cet acte en sachant qu'il "ôterait la vie d'une personne" et que son acte a "directement entraîné" la mort d'"au moins une victime". Les procureurs affirment qu'en mentant Moussaoui a empêché que les attentats soient déjoués, du moins en partie, ce qui en fait "un tueur".
"Victoire pour Al-Qaida et Moussaoui", a lancé le Français au public, alors que les jurés avaient déjà quitté la salle.

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