Défense kamikaze puor Moussaoui (Liberation.fr)

Publié le par Pascal Riche

Prenant la parole lors de son procès, le Français a assuré qu'il devait piloter un avion-suicide le 11 septembre 2001.

«Vous êtes votre pire ennemi», a déclaré un jour la juge Leonie Brinkema à Zacarias Moussaoui, ce militant français d'Al-Qaeda jugé pour avoir comploté et caché au FBI, après son arrestation, que l'organisation de Ben Laden se préparait à écraser des avions sur New York ou Washington.

Hier, après avoir insisté, le pire ennemi de Moussaoui a témoigné, au grand désespoir de ses avocats qui jusqu'au bout ont tenté de l'en empêcher. D'une voix grave, avec un fort accent français, Moussaoui a affirmé qu'il était au courant d'un complot de grande ampleur prévu «après le mois d'août» et auquel il participait. «Je devais piloter un avion sur la Maison Blanche», a-t-il déclaré. L'un de ses équipiers, a-t-il assuré, devait être Richard Reid, qu'il a connu en Angleterre et qui s'est fait arrêté, en décembre 2001, alors qu'il tentait de déclencher un explosif caché dans sa chaussure, à bord d'un avion. Moussaoui a affirmé, pour la première fois, qu'il était au courant que deux avions devaient s'écraser sur le World Trade Center, «en plus de mon avion», mais n'avait pas d'information sur le reste de l'opération. Dans un récit plein de contradictions, il n'a pas précisé si la «mission» dont il était chargé devait avoir lieu le même jour que le complot contre le World Trade Center. Pris de court, l'avocat de la défense Gerald Zerkin n'a pas réussi, par ses questions, à souligner le flou d'un accusé très calme et répondant avec précision. Le procureur Spencer a, lui, profité à fond de la situation.
«Avez-vous menti à l'agent Samit (du FBI, qui l'a arrêté en août 2001, ndlr) pour que la mission puisse se poursuivre ?
- C'est juste.
- Vous saviez qu'il y avait deux autres cibles ?
- Correct.
- Vous saviez que ces détournements auraient lieu à l'aide de couteaux ?
- C'était une possibilité, oui.
- Vous saviez que des avions seraient transformés en missiles ?
- Correct.»
Depuis trois semaines, la défense gagnait des points. Elle avait réussi à jeter un sérieux doute sur la solidité des arguments de l'accusation, en mettant en évidence que le gouvernement avait, avant le 11 septembre 2001, autant d'informations que le terroriste ­ sinon plus ­ sur les projets d'Al-Qaeda. Le témoignage de Moussaoui détricote tout le travail de ses avocats commis d'office ­ qu'il récuse. Les observateurs parlent maintenant de «suicide judiciairement assisté». Le jury devrait délibérer à la fin de la semaine sur la première question qui lui est posée : l'accusé encourt-il la peine de mort ?
Pascal Riche

Publié dans Articles de presse

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