Moussaoui revendique un rôle dans le 11 septembre (AFP)

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ALEXANDRIA (AFP) - Le Français Zacarias Moussaoui a affirmé lundi à son procès aux Etats-Unis qu'Oussama Ben Laden lui avait demandé d'attaquer avec un avion la Maison Blanche, le 11 septembre 2001, mettant en pièces les arguments de sa défense visant à lui éviter la mort.

Interrogé par son avocat, Gerald Zerkin, pour savoir s'il devait participer aux attentats de 2001, Moussaoui, 37 ans, qui a plaidé coupable de complicité avec les auteurs des attentats, a répondu en anglais: "Oui (...) Je devais projeter un avion sur la Maison Blanche".

 

"L'un des membres définitifs de mon équipe était Richard Reid", a-t-il aussi indiqué. Ce Britannique qui avait tenté de faire exploser sa chaussure piégée à bord d'un vol Paris-Miami, le 22 décembre 2001, purge une peine de prison à vie aux Etats-Unis.

 

Moussaoui a aussi précisé qu'il savait que les attentats auraient lieu "après le mois d'août" 2001 et qu'il avait guetté les informations dans la prison où il était détenu pour un visa périmé: "Lorsque j'ai vu le World Trade Center en flammes, j'ai immédiatement su".

 

Le Français a parlé calmement, interrogé pendant trois heures par la défense et l'accusation, assis dans le box des témoins sur la gauche de la salle, face aux jurés.

 

Le procureur, renforcé par les déclarations de Moussaoui, lui a posé la question au moins cinq fois: "La raison pour laquelle vous avez menti était de permettre le déroulement des opérations ?". "C'est correct", a répondu le prisonnier en combinaison verte.

 

Il a aussi déclaré qu'il savait que "les deux tours du World Trade Center" seraient visées et que l'emploi de couteaux pour détourner les avions était "probable".

 

Il a dit "oui" lorsqu'il lui a demandé s'il avait souhaité tuer des Américains et "correct" lorsque le procureur lui a demandé s'il se "réjouissait" des morts et de la destruction entraînés.

 

"Vous étiez prêt à utiliser un couteau pour trancher la gorge d'un passager ou d'une hôtesse?", a ajouté le procureur. "Oui", a répondu Moussaoui, "trancher la gorge de quelqu'un n'est pas difficile".

 

Le Français est cependant resté très vague lorsque la défense et l'accusation ont tenté de savoir s'il souhaitait la peine de mort pour mourir en martyr.

 

Inculpé en décembre 2001 et jugé depuis le 6 février au tribunal fédéral d'Alexandria (est), Moussaoui avait jusqu'à présent déclaré qu'il savait qu'Al-Qaïda prévoyait "de projeter des avions contre des immeubles des Etats-Unis", mais que son opération contre la Maison Blanche devait avoir lieu plus tard.

 

Les jurés ont observé la scène avec attention, sans manifester d'émotion particulière.

 

La déposition du Français devant ces derniers complique singulièrement la tâche de sa défense, qui tente de convaincre les jurés que Moussaoui disposait de bien moins d'informations sur les attentats que les autorités américaines.

 

Après sa déposition, les avocats ont aussi présenté les déclarations le disculpant du cerveau présumé des attentats, le Pakistano-koweïtien Khalid Cheikh Mohammed, détenu au secret par les Etats-Unis et qui a dit à plusieurs reprises que le Français devait participer à une seconde vague d'attaques.

 

Mais il s'agissait d'un texte et non d'un témoignage en direct.

 

La défense a en outre tenté juste avant la fin de l'audience de convaincre la juge de mettre fin au procès. Les avocats estiment avoir été lésés par l'interdiction de sept témoins en matière d'aviation, après une violation des droits de la défense par une avocate qui a cherché à les influencer. La juge a rejeté leur requête. L'audience doit reprendre mardi.

 

Leonie Brinkema a par ailleurs déclaré aux jurés qu'il seraient certainement amenés à délibérer en fin de semaine sur l'issue à donner à cette première partie du procès, destinée à déterminer si Zacarias Moussaoui est "passible" de la peine de mort.

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