Le FBI accuse Zacarias Moussaoui d'avoir entravé l'enquête sur le 11-Septembre (Le Monde)

Publié le par Alain Salles

Zacarias Moussaoui s'est réveillé. "Je témoignerai, Zerkin, que tu le veuilles ou non !", a-t-il lancé, jeudi 23 mars, à l'un de ses avocats, au moment d'une suspension d'audience. Son témoignage pourrait intervenir dès la semaine prochaine. Il s'est même "exprimé" (sans toutefois dire un mot) : à deux reprises, il a secoué la tête pour signifier "non" quand un témoin évoquait d'éventuels contacts avec ses avocats lorsqu'il a plaidé coupable, en avril 2005. Il refuse de leur parler et les insulte régulièrement.

En général, le Français membre d'Al-Qaida, qui risque la peine de mort pour complicité avec les auteurs des attentats du 11 septembre 2001, semble peu concerné par ce qui se passe dans la salle. Il somnole, marmonne, ricane, baille, s'étire, se tourne vers le public d'un air méchant et prépare sa saillie pour maudire l'Amérique. Jeudi, il s'est montré plus attentif. Il a pris quelques notes, a eu l'air d'apprécier quand la juge Leonie Brinkema a gentiment - mais fermement - remis à sa place son avocat, Edward MacMahon.

Zacarias Moussaoui s'est réveillé pour le bouquet final de son dossier d'accusation : un long témoignage de l'ancien agent du FBI Aaron Zebley, chargé de l'enquête sur Moussaoui après le 11-Septembre et qui s'applique à montrer au jury ce qu'aurait pu faire le FBI si Zacarias Moussaoui avait plaidé coupable au lendemain de son arrestation, le 16 août 2001. C'est un trentenaire qui manie avec aisance les présentations PowerPoint et donne du FBI une image d'efficacité qui avait peu transparu depuis le début du procès. Il reconstitue toute l'enquête à partir de deux feuilles d'un bloc-notes appartenant à Moussaoui et contenant les numéros de téléphone en Allemagne de Ramzi Ben Al-Shaiba, qui a organisé les transferts d'argent aux pirates de l'air. A partir de ce numéro de téléphone, Aaron Zebley remonte la piste de l'argent d'Al-Qaida, des Emirats arabes unis à la Floride ou à l'Oklahoma en passant par l'Allemagne. Il montre les connexions téléphoniques entre les pirates. Il montre enfin comment une publicité pour des écoles de pilotage dans un journal aéronautique, trouvée dans les affaires de Moussaoui, lui aurait permis d'identifier les endroits où les terroristes du 11-Septembre ont appris à piloter.
A chaque élément nouveau, le procureur Robert Spencer demande : "Cette enquête aurait-elle pu être réalisée en août 2001 ?" Aaron Zebley répond : "Oui." La veille, un témoin de l'agence de sécurité des transports avait également estimé que les aveux de Moussaoui auraient pu permettre un accroissement des mesures de sécurité dans les aéroports et les avions.
Dans son contre-interrogatoire, Edward MacMahon brandit le dossier contenant les 70 demandes de perquisition, toujours refusées, de l'agent Harry Samit, qui a arrêté Zacarias Moussaoui, et qui auraient permis de découvrir le carnet du Français et ses numéros de téléphone. Il souligne qu'aucun des pirates n'a eu de contact avec lui. L'accusation a accumulé les revers depuis le début du procès. Tout un pan du dossier sur l'aviation, considéré comme capital, a été réduit à un seul témoignage, pour cause de violation des droits de la défense, et la plupart des témoins de l'accusation se sont retournés contre elle.

Alain Salles

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