Procès Moussaoui: trois semaines de montagne russe (AFP)

Publié le par YKB

ALEXANDRIA (AFP) - En huit jours de débats au fond sur trois semaines, l'accusation au procès de Zacarias Moussaoui a failli échouer d'office avant de "sauver" in extremis un procès qualifié par certains de nouvel exemple de l'"incompétence" de l'administration Bush.

Le Français est le seul prévenu à comparaître pour le premier procès aux Etats-Unis en lien avec les attentats du 11 septembre 2001, ouvert depuis début février au tribunal d'Alexandria (Virginie, est). Quelque 500 victimes ou proches de victimes peuvent assister aux audiences par le biais d'un système sophistiqué de diffusion vidéo en circuit fermé dans six salles de la côte est.

Pour ce procès, uniquement destiné à décider si Zacarias Moussaoui doit être exécuté ou condamné à la prison à vie pour sa complicité avec les auteurs des attentats, "des milliers de témoins ont été interrogés et des millions de documents assemblés", a affirmé l'accusation.

Le tout pour prouver que ce membre d'Al-Qaïda de 37 ans "a causé la mort de près de 3.000 personnes, la destruction des tours du World Trade Center, d'une partie du Pentagone, de quatre avions", bien qu'il fut en prison ce jour-là, car il avait caché les projets de ses complices lors de son arrestation en août 2001.

Les procureurs disposaient d'une dizaine de journées d'audience pour convaincre les jurés, qui doivent d'abord déterminer si Zacarias Moussaoui est "passible" de la peine de mort. Mais à mi-parcours, la machine accusatoire s'est grippée. Le 13 mars, la juge en charge de l'affaire a annoncé sans cacher sa colère qu'une avocate du gouvernement avait tenté d'influencer des témoins à venir, avant d'interdire le lendemain ces témoignages pour compenser cette "monumentale" erreur. L'interdiction annulait de fait la "moitié" de la démonstration du gouvernement, portant sur la sécurité aérienne.

"Sans une solution, franchement, je pense que continuer n'a pas de sens pour nous", lachait alors, le 15 mars, le procureur Robert Spencer, presque prêt à jeter l'éponge. Un compromis a finalement été trouvé le 17, permettant aux procureurs de présenter un témoin en matière d'aviation. Mais pour certains observateurs, le mal était fait: "Même ça, ils n'y arrivent pas!", a lancé le chef de l'opposition démocrate au Sénat Harry Reid. L'affaire "a tout juste survécu au dernier accès d'incompétence du gouvernement", a écrit lundi le Washington Post. Les audiences ont repris, avec l'interrogatoire de l'agent du FBI Harry Samit qui a arrêté Zacarias Moussaoui et tenté sans succès à "70 reprises" d'alerter sa hiérarchie avant le 11-Septembre sur ce suspect qui voulait "détourner un avion": c'était au tour de la police fédérale d'être en procès. "Soixante dix ? C'est à peu près autant de vierges qui attendent Moussaoui au Paradis. Mais compte tenu de la performance désastreuse de l'accusation, les vierges devront attendre", ironisait une éditorialiste du New York Times mercredi.

Les deux derniers jours semblent avoir remis l'accusation sur les rails, selon les spécialistes. "Je pense que l'accusation a bien réussi", a déclaré Me Andrew McBride, lui-même ancien procureur au tribunal d'Alexandria. Le ministère public a interrogé un ancien responsable de l'Administration fédérale de l'aviation (FAA), Robert Cammarato, qui a expliqué que des mesures auraient pu être prises pour empêcher les kamikazes d'accéder aux avions ou d'embarquer avec des couteaux si Moussaoui avait parlé. Puis le témoin-phare de l'accusation s'est exprimé, jeudi: l'ancien agent du FBI Aaron Zebley a tenté de démontrer qu'avec des aveux "onze des 19 pirates de l'air auraient été repérés". La parole est désormais à la défense, qui affronte une tache ardue: neutraliser face aux jurés les déclarations à venir de Zacarias Moussaoui, qui a promis de "témoigner" et souhaite tous les jours que "Dieu maudisse l'Amérique".

Publié dans Dépêches

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