Les "négligences criminelles" du FBI au procès Moussaoui (Le Monde)

Publié le par Alain Salles

Harry Samit est un agent du FBI consciencieux. Entre le jour où il a arrêté Zacarias Moussaoui, le 16 août 2001, à Minneapolis (Minnesota), et le 11 septembre, jour des attaques d'Al-Qaida contre New-York et Washington, il a demandé presque quotidiennement un mandat de perquisition pour fouiller l'ordinateur du prisonnier. Il a tiré la sonnette d'alarme, fait part de ses soupçons sur les activités terroristes du Français. L'agent Samit a glané beaucoup d'informations, qu'il a transmises à sa hiérarchie. En vain.

Car Harry Samit s'est heurté à tous les obstacles au sein du Bureau d'enquête fédéral (FBI). Et l'un des avocats de Zacarias Moussaoui, Edward Mac Mahon, s'est plu, pendant près de six heures, lundi 20 mars, à mettre en évidence les dysfonctionnements du FBI un mois avant les attentats du 11-Septembre. M. Samit a accusé ses supérieurs immédiats au siège du FBI à Washington de "négligence criminelle", d'"obstructions" et de "carriérisme".

L'agent de Minneapolis était pourtant un témoin du gouvernement. Dans la première partie de son témoignage, le 9 mars, il avait répondu aux questions de l'accusation sur les mensonges de Moussaoui. Changement de registre, lundi : "Est-ce que c'est le seul moyen qu'a le FBI de défendre notre pays que d'attendre qu'un terroriste reconnaisse qu'il est un terroriste ?", s'exclame M. Mac Mahon, visant la thèse du gouvernement qui estime que les silences et les mensonges de Moussaoui sont responsables des morts du 11-Septembre.

Me Mac Mahon a essayé d'établir tout ce que l'agent savait, et qui est resté lettre morte. Dès le 18 août, Harry Samit a rédigé un long mémo dans lequel il fait part du fondamentalisme religieux de Moussaoui, de ses sources de revenus mystérieuses, des couteaux qui étaient en sa possession et des livres et logiciels de pilotage. "Tout cela nous amène à penser qu'il prépare un acte terroriste aux Etats-Unis". Trois jours après, il souligne les risques de détournement d'avion : "S'il détourne un avion d'Heathrow à New York, il aura assez de carburant pour aller jusqu'à Washington." Le 22 août, la France révèle un lien entre M. Moussaoui et un martyr de la cause tchétchène. Réaction à Washington : demander au bureau du FBI à Paris d'éplucher les pages blanches des annuaires pour chercher combien il y a de Zacarias Moussaoui en France. M. Samit suggère de placer un agent arabophone dans la cellule de Moussaoui. Refusé.

A chaque information de M. Samit, tombé dans les oubliettes du FBI, Edward Mac Mahon demande, comme une litanie : "Vous vouliez que les gens à Washington soient au courant de ce fait ?

- Oui.

- Quelqu'un a-t-il essayé de vous rappeler ensuite ?

- Non. Pas avant le 11-Septembre."

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