Le dossier contre Zacarias Moussaoui s'amincit (Le Figaro)

Publié le par Guillemette Faure

Après l'invalidation de témoignages cruciaux, l'accusation aura du mal à réclamer la peine de mort contre le Français d'al-Qaida.

LE DOSSIER de l'accusation contre Zacarias Moussaoui n'a jamais été aussi affaibli. «Franchement, avec la décision que vous avez prise, nous ne savons pas si cela vaut la peine de continuer», a déclaré mardi soir le procureur Robert Spencer à la juge Leonie Brinkema. Craignant de «faire perdre son temps aux jurés et à la cour», il lui a demandé de pouvoir réfléchir jusqu'à lundi. La juge Brinkema venait de lui interdire d'utiliser les témoignages relatifs aux mesures de sécurité aérienne après avoir découvert qu'une avocate de l'Administration de la sécurité des transports avait tenté de manipuler les témoins au profit de l'accusation.

Pour que Moussaoui soit passible de la peine de mort, l'accusation doit établir qu'au moins une des victimes du 11 Septembre est morte «en résultat direct des actions» de l'accusé. A l'ouverture du procès, le 6 mars, le procureur Robert Spencer avait expliqué comment il comptait le prouver. Il entendait d'abord montrer que Moussaoui avait menti, en août 2001, lors de son interrogatoire par les agents du FBI. Il voulait ensuite prouver que si le prévenu avait dévoilé son lien avec al-Qaida et les raisons de ses cours de pilotage, des mesures de sécurité telles auraient été prises que les attentats n'auraient pas pu se produire le 11 septembre.
Le procureur aura désormais beaucoup de mal à poursuivre sa démonstration, puisqu'il ne peut plus mentionner la sécurité aérienne. En outre, la première semaine du procès avait révélé d'autres fêlures dans le dossier de l'accusation. Shohaib Kassam, instructeur de sa première école de pilotage, a reconnu que Moussaoui était un élève «en dessous de la moyenne», incapable après 57 heures d'apprentissage de voler en solo quand les autres étudiants y parvenaient après une quinzaine d'heures. Bien qu'appelé à la barre par le procureur, son témoignage a donné du grain à moudre à la défense, pour qui le Français aurait été incapable de mener des attentats.
La CIA et la tour Eiffel visées
Le procureur a aussi rencontré des difficultés en tentant de prouver que des révélations de Moussaoui auraient mis le FBI en alerte et, de ce fait, empêché les événements du 11 septembre. Un expert du FBI a en effet admis, en contre-interrogatoire, que la police fédérale avait eu connaissance, bien avant les attentats, de projets d'al-Qaida de faire s'écraser des avions sur le siège de la CIA et sur la tour Eiffel. Le procureur a jusqu'à lundi pour interjeter appel de la décision de la juge devant la cour d'appel fédérale de Richmond. Réputée conservatrice, cette cour avait déjà, en 2003, rétabli le droit pour le gouvernement de réclamer la peine de mort contre Moussaoui, lorsque la juge l'avait interdite, au motif que des chefs d'al-Qaida détenus par les Etats-Unis et susceptibles de témoigner à décharge ne pouvaient pas être interrogés dans le cadre du procès.

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