Au procès Moussaoui, le FBI admet avoir su que des terroristes s'entraînaient aux Etats-Unis (Le Monde)

Publié le par Eric Leser

Au deuxième jour du procès de Zacarias Moussaoui, mardi 7 mars, la défense a marqué des points, tandis que l'accusé semblait toujours aussi absent. Selon sa mère, Aïcha El Wafi, assise dans la salle du tribunal d'Alexandria, trois rangs derrière son fils : "Ils lui ont donné des calmants pour qu'il reste tranquille et n'embête personne. Il n'est pas dans son état normal, il ne réagit pas."

Zacarias Moussaoui s'est tout de même laissé aller lors des pauses, après la sortie du juge et des jurés, à des commentaires à voix haute. "Dieu maudisse Zerkin et MacMahon (ses avocats). Dieu maudisse l'Amérique. Dieu bénisse Oussama Ben Laden", a-t-il lancé au moment du déjeuner. Tout au long de la journée, l'accusé n'a pas adressé le moindre regard à sa mère et lui a même tourné ostensiblement le dos. Selon elle, il lui reproche de "parler avec ses défenseurs". M. Moussaoui rejette ses avocats commis d'office et avait encore demandé, lundi, à assurer seul sa défense, ce qui lui a été refusé par la juge Léonie Brinkema.

Témoin de l'accusation, l'agent du FBI Michael Anticev, l'un des meilleurs spécialistes d'Al-Qaida de la police fédérale américaine, a plutôt renforcé la thèse de la défense. Celle-ci affirme que le gouvernement américain en savait plus que Zacarias Moussaoui sur les intentions d'Al-Qaida avant les attaques du 11 septembre 2001.

M. Anticev a confirmé que les Etats-Unis connaissaient l'existence, depuis le milieu des années 1990, de camps d'entraînement d'Al-Qaida en Afghanistan. Les djihadistes y apprenaient à préparer des attentats, à éviter d'être repérés et à combattre avec de petits couteaux et des cutters. C'est de ce type d'armes que se sont servis les pirates de l'air pour prendre le contrôle de quatre avions de ligne le 11 septembre 2001.

CONTRE-INTERROGATOIRE

Toujours selon l'expert du FBI, entre 1996 et 1998, le gouvernement américain a traqué plusieurs dirigeants d'Al-Qaida et même tenté de capturer Khaled Cheikh Mohammed. Ce dernier est considéré, aujourd'hui, comme le cerveau du 11-Septembre. L'opération aurait eu lieu "quelque part au Proche-Orient". Elle a échoué, car Khaled Cheikh Mohammed avait été prévenu au dernier moment.

Aux Etats-Unis, la police fédérale savait que des membres d'Al-Qaida avaient appris à piloter des avions à Norman, dans l'Oklahoma. Zacarias Moussaoui s'est inscrit dans la même école, la Airman Flight School de Norman, à son arrivée aux Etats-Unis, en février 2001. M. Anticev a aussi admis que le FBI avait appris, avant le 11 septembre 2001, qu'Al-Qaida avait l'intention de détourner des avions de ligne, mais de façon "conventionnelle". "Je ne pense pas que quiconque imaginait l'utilisation d'avions comme armes", a-t-il dit.

Mais, soumis ensuite à un contre-interrogatoire de Me MacMahon, il a reconnu que la police fédérale avait été informée de projets d'Al-Qaida de faire s'écraser un avion sur la tour Eiffel, à Paris, sur la cathédrale de Strasbourg, et sur le quartier général de la CIA, à Langley, en Virginie.

 
Eric Leser

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