Moussaoui , le « trophée terroriste » privé de témoins, « détenus au secret » aux USA (L'Opinion)

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Le procès de Zacarias Moussaoui, se déroule en l’absence de l’« organisateur » des attaques et de membres d’al-Qaïda bien plus gradés, pourtant détenus par les Etats-Unis. Il est un nom que nul n’ignore : Khalid Cheikh Mohammed.

« Nous avons capturé le cerveau des attentats du 11 septembre contre notre pays », s’était félicité après son arrestation le 1er mars 2003 à Rawalpindi (Pakistan), le président Bush. Ce Pakistano-koweïtien a imaginé et proposé à Oussama ben Laden, en 1996, les attaques qui ont fait plus 3.000 morts, selon la commission américaine d’enquête sur les attentats. « KSM », comme le surnomment les spécialistes, devenu plus tard « numéro 3 » d’al-Qaïda, aurait aussi veillé au recrutement des kamikazes, à leur entraînement, et bien sûr à leur financement. Il aurait pour cela reçu l’aide d’un deuxième grand absent du procès de Zacarias Moussaoui, le Yéménite Ramzi ben al-Shaiba. Selon la commission, l’ex-étudiant en Allemagne aurait participé aux attaques s’il avait obtenu un visa pour les Etats-Unis. Faute de papiers, il aurait aidé « KSM », notamment en faisant parvenir messages et argent aux pirates de l’air. IL a été capturé en septembre 2002 au Pakistan, comme un troisième « gradé », Abou Zoubeida, détenu depuis mars 2002.

Ce dernier aurait notamment été en charge du camp d’entraînement au jihad de Khalden, en Afghanistan, par lequel Moussaoui est passé. Les déclarations des deux premiers pourraient être citées au procès, puisqu’ils ont livré leur version sur le rôle, peu défini, de Moussaoui dans le complot. Et pourtant ils ne comparaîtront pas. Comme d’autres « prisonniers fantômes » de haut rang les trois hommes restent détenus au secret par la CIA, qui, interrogée par l’AFP, a refusé « tout commentaire » sur la question. En matière de « terrorisme », « certains sont poursuivis, d’autres sont à Guantanamo (Cuba) et d’autres ne voient jamais la lumière du jour », souligne le professeur de droit Jonathan Turley. Pourquoi garder les gradés au secret ? « Il serait difficile d’utiliser de quelconques déclarations contre Khaled Cheikh Mohammed et Ramzi bin al-Shaiba, obtenues par le biais de techniques d’interrogatoire allant au-delà de ce que prévoit le système pénal », explique à l’AFP John Radsan, conseiller juridique de la CIA entre 2002 et 2004. Selon certains journaux américains, Khalid Cheikh Mohammed a été torturé. « Moussaoui est devenu une sorte de « trophée terroriste »... et au final, son procès sera une page noire (d’histoire) pour les Etats-Unis », accuse le professeur Turley. Michael Mello, professeur de droit dans le Vermont , estime pour sa part que si Moussaoui avait été arrêté plus tard, on l’aurait certainement remis aux militaires ou à la CIA et non à la justice civile.

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