Le proces du 11 septembre (le Journal hebdomadaire)

Publié le par Clément Prunières

Quatre ans et demi après les attentats du 11 Septembre, s'est ouvert le procès de Zacarias Moussaoui, seul accusé par la justice américaine. Enjeux d'un procès très particulier qui risque de mettre l'Amérique face à ses responsabilités.

Il est parfois des procès qui sortent de l'ordinaire. Celui de Zacarias Moussaoui qui s'est ouvert lundi 6 février aux Etats-Unis est de ceux-là. On pourrait même dire qu'il sent déjà le soufre tant ses enjeux dépassent maintenant le simple jugement d'un homme qui demeure encore à ce jour l'unique accusé par la justice américaine pour les attentats du 11 septembre 2001. Depuis le 22 avril 2005, et sa décision -contre l'avis de ses avocats - de plaider coupable pour les six chefs d'accusation retenus contre lui, les jurés n'auront d'ailleurs que deux alternatives dans leurs délibérations : la peine de mort ou la prison à vie. Ce jour-là, il avait en effet reconnu avoir participé à la préparation « d'actes de terrorisme, de piraterie aérienne, de destruction d'avions, d'utilisation d'armes de destruction massive, d'assassinat de fonctionnaires américains et de destruction de propriété ». Mais il avait également affirmé qu'il ne faisait pas partie de l'opération 11 Septembre, précisant ainsi qu'il devait attaquer la Maison- Blanche lors d'une autre série d'attentats.

vers la peine de mort ?

Autant dire que les charges qui pèsent désormais sur lui sont considérables. Le ministre de la Justice, Alberto Gonzales, n'a d'ailleurs pas hésité à confirmer « vouloir la peine de mort dans cette affaire ». D'où le choix effectué, il y a quatre ans par le département de la justice, de faire juger cette affaire à Alexandria, banlieue chic de Washington située de l'autre côté du fleuve Potomac et non loin du Pentagone : les jury de Virginie sont, statistiquement, les plus sévères du pays. C'est d'ailleurs la longue procédure de sélection des 18 futurs jurés (12 jurés et leurs suppléants) qui vient de débuter cette semaine. Les 500 personnes convoquées par tirage au sort ont ainsi rempli le questionnaire de la juge Leonie M. Brinkema qui les interrogera ensuite oralement à partir du 15 février. Le véritable procès ne débutera donc normalement que le 6 mars. Les multiples appels et reports successifs du procès depuis décembre 2001 ont, en tout cas, illustré l'incapacité de la justice américaine à poursuivre des terroristes devant une juridiction civile. Mais le gouvernement américain tenait absolument à prouver au monde, après les polémiques sur Guantanamo et les prisons secrètes de la CIA, qu'il est capable de mener une procédure jusqu'au bout et dans les règles, contre un membre du mouvement djihadiste Al-Qaïda. Un bémol de taille cependant, les dirigeants du réseau directement impliqués dans les attaques du 11 septembre 2001, dont le cerveau présumé, Khaled Cheikh Mohammed, et l'organisateur et responsable de la « cellule de Hambourg », Ramzi Ben Al-Shaiba - capturés en 2002 et en 2003 - seront les grands absents des audiences. Mardi 7 février, un porte-parole du ministère régional de la justice de Hambourg a par ailleurs annoncé la prochaine remise en liberté du Marocain Mounir Al-Motassadeq, membre présumé de cette cellule et condamné en août 2005 en Allemagne à sept ans de prison pour son implication dans les attentats du 11 Septembre.

La défense contre-attaque

Des audiences qui risquent forcément de susciter une grande émotion au sein de la société américaine car, pour la première fois, des familles d'une quarantaine de victimes du 11 Septembre témoigneront devant un tribunal. Le Washington Post résumait d'ailleurs leurs différents états d'esprit par une phrase : « Certains veulent la justice, d'autres la vengeance pour la mort de leurs proches ». La plupart suivront donc ce procès par le biais des moyens de retransmission installés dans cinq tribunaux de la côte Est du pays (Boston, Manhattan, Newark, Philadelphie et Long Island à New York). Zacarias Moussaoui n'a, quant à lui, pas attendu le véritable coup d'envoi des débats pour se faire remarquer. « Je suis Al Qaïda, ils ne me représentent pas, ils sont américains, ce sont mes ennemis », a-t-il ainsi affirmé dès la première journée d'audience en désignant ses avocats, avant de s'exclamer, « ce procès, c'est du cirque ! ». Des déclarations qui lui ont valu au total d'être expulsé quatre fois du tribunal fédéral. Si ces frasques sont pour de nombreux observateurs le reflet de la santé mentale défaillante de l'accusé, elles sont en tout cas en totale contradiction avec la ligne de conduite choisie par ses avocats. « La défense veut contre-attaquer en rappelant aux jurés les multiples autres indices que le gouvernement aurait pu remarquer et être ainsi averti du complot », écrivait à ce propos le Los Angeles Times en début de semaine. « Par exemple, les responsables du FBI à Washington n'ont jamais accepté d'ouvrir l'ordinateur de Moussaoui qui aurait pu leur fournir des détails précieux. De même, le bureau fédéral a également négligé un mémo rédigé par un de ses agents à Phoenix qui s'inquiétait du fait que des hommes originaires du Moyen-Orient prenaient des leçons de pilotage en Arizona ».

Défaillances des services

Edward McMahon, principal défenseur de Moussaoui et chef de file des abolitionnistes, va donc tenter de démontrer que la thèse des procureurs, à savoir que Zacarias Moussaoui a permis le 11 Septembre en se taisant, est absurde car le FBI, la CIA et l'ensemble du renseignement américain en savaient beaucoup plus que lui sur les projets d'attentats terroristes. Si la défense parvient ainsi à convaincre la juge d'interroger toutes les administrations concernées pour qu'elles dévoilent ce qu'elles savaient vraiment, il y a fort à parier que le cas de Zacarias Moussaoui passera au second plan et que l'attention de ce procès se portera alors sur les multiples défaillances des services de renseignements américains. Une telle tournure ne pourrait d'ailleurs qu'affaiblir un peu plus l'administration Bush au moment même où cette dernière vient de présenter son projet de budget pour l'année fiscale 2007. Projet dont l'essentiel des crédits supplémentaires est alloué au financement de la « guerre contre le terrorisme » au détriment des programmes sociaux qui verront leurs dotations nettement diminuées. Quatre ans et demi après les attentats du 11 septembre qui ont engendré une nouvelle donne géopolitique, nombreux sont ceux qui s'interrogent encore sur l'efficacité de ces choix politiques dans un objectif de bâtir un monde plus sûr.

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