Le jury du procès Moussaoui se profile (Le Figaro)

Publié le par Philippe Gélie

La sélection minutieuse des jurés vise à préserver l'option de la peine de mort

ZACARIAS MOUSSAOUI a décidé de se tenir à carreau. Dans sa combinaison verte de prisonnier, coiffé de la calotte blanche du musulman pratiquant, il se balance sur sa chaise en silence, laissant son visage traduire le mépris ou le sarcasme que lui inspire son propre procès. Ses diatribes lui avaient valu d'être exclu du tribunal jusqu'à l'ouverture des débats, le 6 mars prochain : dans une note adressée à la juge Leonie Brinkema, il a fait amende honorable. L'accusé veut regarder dans les yeux ceux qui vont disposer de sa vie.

La peine de mort au centre des débats

Le préprocès du seul individu jugé aux États-Unis pour les attentats du 11 septembre 2001 ressemble à un sondage sur la peine de mort. Il s'agit de sélectionner le jury qui devra choisir entre seulement deux peines : la prison à vie sans libération possible, ou l'exécution capitale. Déclaré coupable en avril 2005, après avoir admis six accusations de complot terroriste, le Français de 37 ans s'est fait la tête de l'emploi : empâté par le régime de la prison, le cheveu et la barbe touffus, il scrute ceux qui l'entourent avec un regard noir et une moue de dédain. Face à lui, la présidente a des airs de grand-mère de dessin animé, un petit chignon gris relevé sur le crâne. Sur le banc de droite, trois procureurs, la quarantaine fringante, sont là pour obtenir la tête du coupable. A gauche, trois avocats commis d'office, que Moussaoui a copieusement injuriés les jours précédents, font leur travail d'un air las.

La juge Brinkema veut réunir un jury «impartial» à Alexandria, à un jet de pierre du Pentagone, où périrent 189 personnes le 11 septembre 2001. Un «réservoir» de 500 personnes a été convoqué le 6 février pour remplir un questionnaire de 50 pages. Depuis mercredi, ceux que leurs réponses n'ont pas disqualifiés d'emblée sont interrogés un par un. La présidente procède avec minutie, autorité et bonhomie. Elle veut savoir ce que ces citoyens connaissent du sujet et de ses ramifications, s'ils ont une opinion arrêtée de l'affaire et s'ils sont prêts à appliquer la loi sur la peine de mort, même si elle leur pose un cas de conscience. Au terme du premier jour, 15 jurés potentiels sur 24 sont retenus. Les audiences se poursuivront jusqu'à ce qu'ils soient 85 : le 6 mars, chaque camp pourra en éliminer 30, le groupe final comprenant 12 titulaires et 6 remplaçants.

Cette procédure permet déjà d'esquisser le profil du jury populaire. Côté accusation, les avocats généraux ne posent qu'une seule question, pour s'assurer que chaque juré se sent bien capable de voter la mort. Portant le n° 24, un jeune employé fédéral hésite : «C'est un sujet difficile, moralement et religieusement, dit-il. Mais je serais en mesure d'appliquer la loi.» Un autre a consulté son prêtre sur la question. Ils sont retenus, alors que trois individus opposés par principe à la peine capitale sont «excusés» par la cour. Mme Brinkema ne cache pourtant pas sa préférence pour ceux qui ont des doutes. «Je suis un peu nerveuse sur le sujet», dit le juré n° 3, une femme dans la cinquantaine, qui avant le 11 Septembre «n'aurait pas vu de cas où ce pourrait être une punition appropriée». «Elle sera un excellent juré», commente la présidente.

«Evitez toute information»  

La défense, elle, insiste pour que les citoyens retenus soient aussi détachés que possible des événements jugés. Ce n'est pas facile puisqu'il s'agit des pires attentats jamais commis sur le sol américain. La présidente définit, là aussi, une ligne nette : elle récuse un homme qui a travaillé avec une victime du 11 Septembre, donnant raison à Me Gerald Zerkin : «Quiconque connaît la victime ne saurait siéger dans un jury d'assises, même s'il y a eu 3 000 victimes.» En revanche, elle refuse de disqualifier un ancien militaire, spécialiste de la sécurité des aéroports, tout en le mettant en garde contre «le rôle d'expert fantôme au sein du jury». «Je ne vais pas écarter tous ceux qui connaissent un employé au Pentagone, prévient-elle. Il faut des circonstances plus dramatiques.» Une jeune enseignante qui rêvait d'entrer au FBI et croit que tous les membres d'al-Qaida ont subi «un lavage de cerveau» est qualifiée.

Deux musulmans font également partie de cette première esquisse du jury. Moussaoui les toise tandis que la juge Brinkema leur recommande : «Jusqu'au 6 mars, évitez toute information sur l'affaire et sur la guerre antiterroriste.»

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pour toi connard 17/02/2006 18:23

va te faire inculer toi et moussaoui et sa mere la putr a