ÉTATS-UNIS - Le procès de Zacarias Moussaoui ou l'échec du renseignement américain (Courrier International)

Publié le par Philippe Randrianarimanana

En plaidant coupable des accusations d'appartenance à Al-Qaida et d'implication dans le 11 septembre 2001, le Français d'origine marocaine risque la peine de mort. Son arrestation avant même les attentats n'avait pas empêché leur réalisation. Son procès pourrait mettre au jour les carences du FBI et de la CIA.

"Peut-on requérir la mort contre un homme qui n'a pas tué ?" s'interroge le Temps. Le quotidien genevois s'intéresse au cas de celui que l'on a surnommé pendant un temps le "vingtième terroriste" des commandos du 11 septembre 2001. Arrêté en août 2001 pour un problème de visa, le Français Zacarias Moussaoui, 37 ans, est la seule personne à être traduite en justice aux Etats-Unis en relation avec ces attentats. Ayant plaidé coupable de six chefs d'accusation, dont quatre sont passibles de la peine de mort, son procès s'est ouvert lundi 6 février à Alexandria, dans l'Etat de Virginie.

"Le procès qui commence ce lundi n'est pas une instruction. Puisque Moussaoui plaide coupable, les douze jurés devront seulement dire s'il est passible de la peine capitale que demande l'Etat et, dans un deuxième temps, décider à l'unanimité de la mort ou de la prison à vie", résume le journal suisse.

La première tâche à réaliser consiste à choisir un jury de douze membres et six suppléants, ce qui a débuté le 6 février avec la convocation de près de 500 personnes tirées au sort et originaires de la région d'Alexandria pour répondre au questionnaire de la juge Leonie M. Brinkema, qui leur décrira brièvement l'affaire en présence de Moussaoui, de ses avocats et des procureurs. A partir du 15 février, la juge questionnera individuellement les jurés potentiels. Or "le nord de la Virginie est une banlieue de Washington où se trouve le Pentagone ainsi que des milliers de familles de militaires et d'employés du gouvernement. Néanmoins, la juge estime pouvoir former un jury équitable", précise le Los Angeles Times. Le 6 mars devrait avoir lieu la sélection finale des jurés. "Le jury de Virginie décidera de la vie ou de la mort de Moussaoui", titre le New York Times.

Pour les procureurs fédéraux, Moussaoui "devrait être exécuté non pas pour son rôle dans la réalisation des attentats du 11 septembre 2001, mais plutôt pour n'avoir rien fait pour les empêcher", note le Los Angeles Times. Une stratégie exposée dans une lettre adressée aux victimes et proches des quelque 3 000 personnes tuées.

Le
Washington Post se penche pour sa part sur les familles des victimes, dont environ 1 100 membres ont déclaré au ministère de la Justice qu'ils comptent suivre le procès. "La plupart le feront à travers le réseau de retransmission télévisée installé dans cinq endroits, au sein des tribunaux de Boston, Manhattan, Newark, Philadelphie et Long Island à New York. Tous ne seront pas des observateurs silencieux. Les procureurs envisagent de convoquer à la barre des membres des familles des victimes pour témoigner devant les jurés de la façon dont les attentats ont affecté leur vie."

Le grand quotidien de la capitale révèle les attentes divergentes des uns et des autres. "Certains de ceux qui seront spectateurs du procès à Alexandria seront remplis de colère alors que d'autres se demandent ce que le gouvernement savait avant les attentats et si le pire aurait pu être évité. Il y en a qui souhaitent que cela se termine au plus vite. Certains veulent la justice, d'autres la vengeance pour la mort de leurs proches."

Reste que la stratégie adoptée par les procureurs en vue de condamner Moussaoui à la peine de mort pourrait avoir des effets inverses. "La défense veut contre-attaquer en rappelant aux jurés les multiples autres indices que le gouvernement aurait pu remarquer et être ainsi averti du complot", note le Los Angeles Times. "Par exemple, les responsables du FBI à Washington n'ont jamais accepté d'ouvrir l'ordinateur de Moussaoui, qui aurait pu leur fournir des détails précieux. De même, le bureau fédéral a également négligé un mémo rédigé par un de ses agents à Phoenix qui s'inquiétait du fait que des hommes originaires du Moyen-Orient prenaient des leçons de pilotage en Arizona."

"Pour Edward McMahon, principal défenseur et ténor abolitionniste, la tâche est rude, mais pas impossible. Il va tenter de démontrer que la thèse des procureurs, à savoir que Moussaoui a permis le 11 septembre 2001 en se taisant, est absurde car le FBI, la CIA et l'ensemble du renseignement américain en savaient beaucoup plus que lui sur les projets d'attentats terroristes", rapporte Le Temps. L'avocat de la défense compte exiger la production de documents secrets du renseignement et, surtout, vient de demander la comparution d'un élu républicain à la Chambre des représentants, Curt Weldon, qui accuse depuis plusieurs mois le Pentagone d'avoir dissimulé des informations qu'il détenait.

En définitive, "la juge Brinkema paraît déterminée à obtenir de l'administration qu'elle dise tout ce qu'elle savait et la magistrate n'aime pas qu'on lui oppose des raisons de sécurité nationale. Si la défense parvient à ouvrir la brèche, le procès prendra une autre tournure, inattendue. Zacarias Moussaoui passera au second plan et l'attention se concentrera sur les étrangetés du renseignement américain avant le 11 septembre 2001", prédit Le Temps.

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