La mère de Zacarias Moussaoui veut que son fils soit uniquement jugé sur ses actes (AP)

Publié le par Anne Devailly

MONTPELLIER (AP) Aïcha el-Wafi, la mère de Zacarias Moussaoui, seule personne inculpée aux Etats-Unis dans le cadre des attentats du 11 septembre 2001, a confirmé mardi qu'elle se rendra début mars au procès de son fils à Alexandria (Virginie), réclamant qu'il soit jugé seulement sur ses actes.


Alors que le procès doit s'ouvrir le 6 février avec la sélection des jurés, avant d'entrer dans le vif du sujet un mois plus tard, la mère de Zacarias Moussaoui a estimé que son fils "a accepté de plaider coupable pour avoir la paix", ajoutant, les procureurs américains ont "bien manipulé les choses".
Lors d'une conférence de presse à Montpellier avec son avocat, Me Patrick Baudouin, Aïcha el-Wafi a insisté pour que son fils soit "jugé et condamné pour ce qu'il a fait, et non parce que c'est un Arabe ou un islamiste". "La dernière fois que je l'ai vu", a-t-elle encore précisé, "c'était il y a 18 mois et je ne l'ai pas reconnu. Aujourd'hui, je ne sais vraiment pas dans quel état il doit être, après quatre ans et demi à l'isolement".

Me Baudouin a précisé que lui et sa cliente se rendront pour une semaine au procès à Alexandria, près de Washington, à partir du 6 mars. Si la justice estime que Zacarias Moussaoui peut encourir la peine de mort, elle retournera alors assister à la suite du procès en avril, et restera jusqu'au verdict qui devrait être prononcé dans le courant de ce mois.
Aïcha el-Wafi a refusé de se prononcer sur l'état mental de son fils, alors que ses avocats entendent faire valoir qu'il est schizophrène. "Fou? Je ne sais pas. Seuls les psychiatres pourront le dire. Mais quelqu'un qui est à l'isolement depuis quatre ans et demi ne doit pas voir les choses normalement", a-t-elle estimé.

Lors de sa conférence, elle a par ailleurs affirmé que des familles de victimes du 11-Septembre lui avaient écrit. "Ils savent que mon fils n'a rien à voir avec cela. Ils disent que ce n'est pas la peine de rajouter une victime à toutes celles qui sont déjà mortes", a-t-elle dit
Pour sa part, Me Baudouin a rappelé que Moussaoui a été arrêté le 16 août 2001, soit quatre semaines avant les attentats du 11-Septembre. La justice lui reproche de ne pas avoir donné d'informations qui auraient pu éviter les attentats, mais il était en prison au moment des attentats. Pour lui, si la justice américaine se prononce pour une peine de mort, "ce sera une première: on n'a jamais condamné aux Etats-Unis quelqu'un à la peine de mort qui n'avait pas lui-même donné la mort".

Le Français d'origine marocaine a plaidé coupable le 22 avril 2005 de six chefs d'accusation, dont celui de conspiration avec les 19 pirates de l'air du 11 septembre 2001 à New York et Washington.
Ce procès, a estimé l'avocat, "est bien plus que le procès de Zacarias Moussaoui. C'est celui de la peine de mort et de l'applicabilité de la peine de mort. Il ne faut pas que la justice américaine en fasse une victime idéale (...) Certes, Zacarias Moussaoui bénéficie d'avocats, mais on a l'impression que c'est un trompe-l'oeil, que le scénario est joué d'avance".

"Soit ce procès se tiendra dans des conditions acceptables, soit il sera dans la lignée des dérives que nous connaissons depuis plusieurs mois et dans ce cas, la mise à mort est programmée", a poursuivi Me Baudouin. "Nous souhaitons dire aux Américains: Zacarias Moussaoui joue la carte de la provocation. Ne tombez pas dans ce piège. N'en faites pas un martyr, une future image pour de nouveaux kamikazes".

Tout en s'avouant déçu de la faible implication des autorités françaises dans ce dossier, Me Patrick Baudouin a tout de même précisé que le ministère de la Justice avait pris un double engagement: surveiller de près le déroulement du procès par le biais des services consulaires et essayer d'obtenir le retour de Zacarias Moussaoui sur le territoire français s'il est condamné à la prison à perpétuité. AP

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